Un été sans emploi pour la jeunesse américaine

Par Andre Damon
13 juillet 2015

Cet été, seulement un adolescent sur quatre aura un emploi aux États-Unis, comparé à un sur deux il y a quinze ans. Le déclin des emplois pour jeunes est une composante majeure du chômage de masse qui perdure dans la foulée de la crise financière de 2008. 

Malgré six ans de ce qui a été officiellement qualifié de «reprise» économique, la part des adolescents qui ont un emploi a peu changé depuis le pire de la récession. Une étude publiée par l'Université Drexten en mai démontre que malgré l'amélioration symbolique du taux de chômage officiel, la prévalence du chômage de masse pour les adolescents est symptomatique «de problèmes semblables à ceux connus durant la période de la Grande Dépression».

La campagne électorale présidentielle de 2016 étant déjà déclenchée, ni les médias ni les candidats des deux partis de la grande entreprise ne daignent mentionner qu'il n'y a pas d'emploi d'été pour des millions de jeunes et des taux de chômage pratiquement sans précédent pour les jeunes. En ce qui les concerne, ce n'est pas important.

Il n'y a pas si longtemps, les programmes d'emploi d'été, bien qu'inadéquats et limités, étaient considérés comme une responsabilité gouvernementale essentielle. Maintenant, de tels programmes sont presque disparus.

L'élimination de ces programmes, comme d'autres réformes sociales de l'ère de la Grande Société, est liée au déclin du capitalisme américain, au mouvement des deux partis de la grande entreprise vers la droite, à la désindustrialisation et à l'ascension d'une aristocratie financière parasitaire.

La part des jeunes entre 16 et 19 ans qui travaillent l'été est passée de presque 52 pour cent en 2000 à 27 pour cent aujourd'hui, d'après l'étude Drexel. L'emploi à l'année pour adolescents est passé de 45 à 27 pour cent durant la même période.

Le chômage chez les adolescents est particulièrement concentré parmi les jeunes de sections pauvres et des minorités de la population. Moins de 20 pour cent des jeunes d'un foyer au revenu annuel inférieur à 20.000 $ avaient un emploi d'été en 2014, comparé à 41 pour cent pour les foyers avec un revenu annuel supérieur à 100.000 $. L'année dernière, seulement 19 pour cent d'adolescents noirs avaient un emploi d'été, comparé à 34 pour cent d'adolescents blancs.

Plusieurs processus reliés sont à l'origine d'un déclin radical des emplois pour jeunes. Dans le contexte d'une pénurie persistante d'emplois et de salaires en baisse, des travailleurs plus âgés acceptent désespérément des emplois qui étaient auparavant disponibles aux jeunes. Les employeurs, demandant une productivité et une flexibilité toujours plus grandes de la part de leurs travailleurs, sont moins enclins à s'adapter aux horaires scolaires des jeunes, pendant qu'un nombre grandissant de ces derniers travaillent sans rémunération dans des stages.

Mais le facteur le plus important dans le déclin de l'emploi d'été est l'effondrement dans le financement des programmes d'emplois d'été, particulièrement au niveau fédéral. En 1999, les subsides fédéraux représentaient 82 pour cent du financement des programmes d'emplois d'été pour New York City. Cet été, la contribution du gouvernement fédéral est nulle.

Le président Obama, malgré sa campagne en tant que défenseur des jeunes, a permis que le financement pour le programme d'emploi soit réduit année après année, particulièrement depuis l'imposition des coupes budgétaires «de séquestre» en 2013.

Les conditions pour la jeunesse de milieux ouvriers de villes telles que Detroit, Baltimore, New York, Boston, Chicago, San Francisco et ailleurs, ne sont pas mieux que celles qui ont été brillamment décrites de façon si émouvante dans les romans de l'ère de la Grande Dépression tels que Native Son de Richard Wright.

Presque une personne sur quatre de moins de 18 ans aux États-Unis vit dans une famille qui se trouve en deçà du seuil de pauvreté fédéral. Un total de 16,3 millions d'Américains de moins de 18 ans vit dans la pauvreté, et un enfant sur 5 vit dans un foyer où la nourriture manque.

Les États-Unis sont un pays où le nombre de milliardaires augmente par bonds et le 1 pour cent supérieur monopolise une part toujours plus importante du revenu et de la richesse de la nation annuellement.

Les dépenses en éducation, telles que le financement de programmes d'emploi, sont réduites à tous les niveaux de gouvernement. En 2015, les États comptent dépenser 1805 $ par étudiant en éducation supérieure, soit 20 pour cent de moins qu'avant la récession. Cinq États ont coupé leur financement en éducation supérieure de plus de 25 pour cent depuis 2008, l'Arizona ayant réduit ses dépenses de 47 pour cent.

L'augmentation incessante des coûts de l'éducation supérieure rend l'université inaccessible à des millions d'étudiants à faible revenu. La dette étudiante a explosé et le finissant moyen terminera avec plus de 35.000 $ de dettes en 2015.

Est-ce étonnant si, dans de telles conditions de misère sociale et de chômage de masse, la violence urbaine et la violence provoquée par les gangs augmentent dans les quartiers urbains appauvris, tel que l'illustre la série de fusillades qui a fait huit morts la semaine dernière à Chicago?

Il n'est pas non plus difficile de cerner le lien entre de telles conditions et la transformation de la police locale en une force d'occupation militarisée, employant la violence mortelle pour réprimer la colère sociale qui bouillonne sous la surface de la société.

Le surintendant de la police Garry McCarthy a déclaré en réponse aux fusillades d'il y a une semaine que la police devait s'assurer que les «criminels... sentent les répercussions du système judiciaire». À Detroit, le chef de la police James Craig a traité les jeunes de la ville de «terroristes urbains». De telles déclarations reflètent l'inhabilité totale de l'ordre social présent de résoudre le moindre problème social.

La jeunesse d'aujourd'hui est la première génération aux États-Unis dont le niveau de vie a baissé, en termes absolus, comparativement à celui de ses parents. La santé d'une société peut être mesurée en fonction du futur qu'elle réserve à ses jeunes. Sous cet angle, les conditions auxquelles font face les jeunes en Amérique et à travers le monde témoignent de l'échec du système capitaliste.

(Article paru en anglais le 9 juillet 2015)