Tsipras dépose une demande auprès de l'Union européenne pour un nouvel accord d'austérité

Par Joseph Kishore
10 juillet 2015

Au lendemain de la victoire écrasante de dimanche du vote «non» lors du référendum grec sur les exigences d'austérité de l'Union européenne, le premier ministre Alexis Tsipras cherche désespérément à établir un nouvel accord d'austérité avec l'Union européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI). 

Lors d'une réunion avec les «institutions» européennes mercredi, Tsipras devait présenter ce qu'il a appelé, dans un discours devant le Parlement européen mercredi, «des réformes crédibles» pour une «solution équitable et viable» à la crise en Grèce. On entend par là un accord qui soit acceptable pour les institutions européennes, qui réclament des mesures d'austérité sévères en échange de fonds de sauvetage supplémentaires. 

Au moment même où Tsipras prononçait ces paroles, le nouveau ministre des Finances de Syriza, Euclide Tsakalotos, expédiait une lettre s'engageant à imposer «immédiatement» un «ensemble complet de réformes et de mesures visant à assurer la viabilité du budget, la stabilité des finances et la croissance économique à long terme». La lettre fait référence à des mesures «de réforme de taxes» qui n’ont pas été précisées et à des mesures «en matière de pensions»: c'est-à-dire l'augmentation des taxes de vente régressives et des coupes dans les prestations de retraite. 

Loin d'agir sur le mandat que l'écrasant vote «non» lui a donné, Tsipras poursuit la politique de retraite et de capitulation que son gouvernement dirigé par Syriza a commencée dès son premier jour à son arrivée au pouvoir. On imagine difficilement ce que le gouvernement aurait fait différemment si le peuple grec avait voté «oui» sur les exigences d'austérité de l'UE. 

La réaction du gouvernement démontre que le référendum lui-même a été conçu comme une manœuvre politique visant à créer des conditions plus favorables pour la mise en œuvre du programme d'austérité de l'UE. Malgré qu’ils aient officiellement appelé à voter «non», les dirigeants de Syriza avaient espéré que les conditions sous lesquelles le référendum se déroulerait – y compris les restrictions sur les retraits bancaires et une campagne d'intimidation dans les médias –produiraient un «oui», faisant ainsi de la population grecque la responsable de la capitulation de Syriza devant les banques européennes. 

Comme l'a écrit le World Socialist Web Site dans la période qui a précédé le référendum, «À entendre parler les dirigeants de Syriza, on conclut non seulement qu'ils s'attendent à une défaite, mais qu'ils la voudraient en quelque sorte.» 

Un article paru mercredi dans le Daily Telegraph britannique vient appuyer cette analyse. Le commentaire, écrit par le chroniqueur bien connu et rédacteur en chef des affaires internationales du journal, Ambrose Evans-Pritchard, fournit un compte-rendu remarquable des discussions au sein du gouvernement grec dans la période qui a précédé le référendum.

«Le premier ministre grec Alexis Tsipras ne s’attendait pas à remporter le référendum de dimanche sur les conditions de sauvetage de l'UEM [Union économique et monétaire], et encore moins se retrouver à la tête d’une révolte nationale enflammée contre le contrôle étranger», écrit Evans-Pritchard, en se fondant sur ​​des sources du cabinet du gouvernement grec. «Il a appelé au référendum à la hâte avec l'espoir et l'intention de le perdre. Le plan était de faire montre d’un combat courageux, accepter la défaite honorable et remettre les clés de la villa Maximos, laissant à d'autres la tâche de mettre en œuvre “l’ultimatum” du 25 juin [des institutions européennes] et subir l'opprobre.»

La stratégie a été conçue après que Syriza n’a pas réussi à trouver un compromis avec l'UE, où l'UE exigeait de Syriza qu’elle impose des mesures d'austérité au-delà de celles qu'elle avait déjà accepté de mettre en œuvre.

«L'ultimatum [pour faire accepter les nouvelles exigences] a été un véritable choc pour le cabinet grec», écrit Ambrose-Pritchard. «Ils pensaient qu'ils étaient sur ​​le point de conclure un accord, aussi mauvais fût-il.»

Parlant des résultats du référendum, Ambroise-Pritchard écrit: «La victoire a semé la consternation dans leurs rangs, provoquant le début de la révolte grecque de 2015... Ce qui aurait dû être une célébration le dimanche soir s’était transformé en deuil. M. Tsipras était déprimé, essayant de disséquer toutes les erreurs que Syriza avait faites depuis sa prise de pouvoir en janvier, discutant jusqu’au petit matin.»

Ambroise-Pritchard décrit les discussions au sein du cabinet de ministres grecs avant le référendum concernant les mesures d'urgence que le gouvernement pourrait appliquer en réponse à l'intransigeance de l'UE, y compris la « réquisition » de la Banque de Grèce et l’imposition unilatérale d’une décote sur les obligations grecques détenues par la BCE.

Toutes ces propositions ont été rejetées par Tsipras, dont le gouvernement s’est systématiquement opposé à toutes mesures qui allaient à l'encontre des intérêts de la classe dirigeante grecque et des créanciers internationaux du pays.

En ce qui concerne Syriza, la principale conséquence du vote «non» pour son plan d'action était la conclusion que Tsipras ne pouvait pas simplement remettre le pouvoir aux partis en faveur de l'austérité de l'UE. Cependant, Tsipras a rapidement agi en ce sens.

Syriza a immédiatement tenu une réunion avec les dirigeants des principaux partis en faveur de l’austérité de l’UE, tels que PASOK, Nouvelle Démocratie et To Potami, et a publié une déclaration commune en faveur de nouvelles négociations sur la base d'un nouveau plan d'austérité: un geste qui a été vu comme un pas vers un gouvernement «d'unité nationale».

L'accord avec les partis ouvertement pro-UE est aussi un signal que Tsipras se prépare à une scission au sein de Syriza. Dans un article publié mercredi, le Financial Times a noté la baisse d'influence des factions de «gauche» au sein de Syriza, citant le cas de Panayotis Lafazanis, le ministre de l'Énergie et de l'Environnement, qui a manifesté son opposition à un nouvel accord de sauvetage.

La vive opposition de Lafazanis aux actions du gouvernement après le vote «non» «signale que M. Tsipras sera quasiment certain d’être confronté à une scission au sein de son parti si un accord est convenu lors d'un sommet ce week-end des 28 dirigeants de l'UE», écrit le FT. «Le référendum de dimanche a donné à Tsipras un statut plus fort au sein du parti et le fait qu'il a coopté l'opposition lui offre plus d'options quand il s’agira de faire adopter l’accord par le parlement.»

La réaction de Tsipras au rejet populaire de mesures d'austérité est une tentative de restructurer le gouvernement afin qu'il se base plus ouvertement sur ​​une alliance avec les partis pro-austérité comme le PASOK et la Nouvelle Démocratie. Cela permettrait aussi à une section de Syriza de s’éloigner de Tsipras afin de mieux se présenter comme adversaire de l'austérité.

Que Syriza réussisse ces manœuvres et parvienne à un accord sur une nouvelle série d'attaques contre la classe ouvrière grecque reste à voir. Le gouvernement va soumettre des propositions détaillées et les ministres des Finances de la zone euro et les dirigeants de l'UE se réuniront ce week-end pour décider d'approuver un autre plan de sauvetage ou de forcer la Grèce à sortir de la zone euro.

(Article paru en anglais le 9 juillet 2015)