La police hongroise réprime brutalement les réfugiés à la frontière

Par Chris Marsden
18 septembre 2015

La police hongroise a fait usage mercredi de gaz lacrymogènes et de canons à eau lors d'une attaque non provoquée de centaines de réfugiés qui tentaient de fuir en l’Europe.

La police a prétexté que certains d’entre eux avaient lancé des bouteilles en plastique sur les policiers sans blesser personne. Plus tard elle évoqua un jet de pierres et une « agression » qui aurait blessé 20 policiers. En réalité, on jeta les pierres après l’attaque des policiers.

L’on a également dénoncé des « tentatives de franchir » une barrière à la frontière, de 4 mètres de haut et surmontée de barbelés. La barrière a été complètement scellée lundi.

James Reynolds de la BBC en a fait un récit révélateur : « Pendant plus d’une heure, sous la chaleur de midi, un groupe de migrants et de réfugiés se tenaient à quelques centimètres d’une rangée de policiers anti-émeute hongrois près du portail fermant la frontière. Un canon à eau se trouvait derrière la police. ‘Ouvrez le portail, ouvrez le portail,’ a scandé le groupe… »

« Plusieurs personnes ont jeté des bouteilles d’eau vides en direction des hongrois. Quelques minutes plus tard, la police tirait à l’unisson des gaz lacrymogènes, La foule a reculé en courant en renversant presque des tentes. J’ai couru avec la foule, les yeux irrités par le gaz. Plusieurs réfugiés m’ont signalé un père portant un bébé – tous les avaient été rattrapés par le gaz… De l’arrière, nous avons vu la police hongroise qui utilisaient des canons à eau… »

Les reportages télévisés ont montré des blessures très sérieuses subies par les réfugiés, et des ambulances qui arrivaient du côté serbe, après que les tirs de gaz lacrymogènes et les canons à eau aient provoqué une bousculade parmi les réfugiés. Un grand nombre d’entre eux, dont des enfants, ont souffert des effets du gaz lacrymogène.

Des manifestants, surtout des jeunes, ont affronté la police devant les caméras, en s’arrosant les yeux avec de l’eau et en se couvrant le visage. Les gens reçurent des soins des services médicaux serbes. Deux enfants furent blessés lors d'affrontements après avoir été jetés par-dessus la barrière de sécurité, a dit un conseiller du premier ministre hongrois Viktor Orbán.

C'était à un poste frontière entre la ville hongroise de Röszke et Horgos en Serbie, l’un des principaux points de passage frontalier de l’Union européenne. Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Peter Szijjarto, a dit avoir demandé à la Serbie d’agir contre les migrants qui auraient « attaqué » la police. « La police a pris des mesures licites et adéquates pour protéger la frontière nationale de la Hongrie et la frontière extérieure de l’Union européenne, » déclarait un communiqué officiel hongrois.

La Serbie a protesté contre le tir de gaz lacrymogène sur son territoire, et la Hongrie a répliqué en fermant la traversée entre Röszke et Horgos pendant 30 jours.

373 personnes, dont 73 enfants, seraient entrées en Croatie depuis la Serbie, après la fermeture de la frontière hongroise. Selon le Guardian, des démineurs avaient été envoyés à la frontière croate « dans la crainte que des réfugiés pourraient involontairement s’aventurer » dans « les champs de mines hérités de la guerre en Croatie de 1991-95. »

La Hongrie s’est félicitée d’une baisse du nombre de migrants entrés dans le pays, de 9.380 lundi à 366 mardi. Ce jour-là, elle a déclaré un état d'urgence dans deux comtés au sud du pays. Orbán a dit au journal autrichien Die Presse que la Hongrie construirait maintenant une clôture le long de certaines parties de sa frontière avec la Croatie.

Le traitement brutal infligé aux réfugiés a été documenté par des agences carivatives et par la presse. Kabir Mias, un responsable de Muntada Aid, a dit : « Ce que nous avons vu à Röszke nous a choqué. Nous avons vu femmes, enfants, bébés et personnes âgées attroupées en plein champ, détenus des journées entières sans abri et exposés au froid et à la pluie ».

« Lundi soir, il pleuvait et les réfugiés ont brûlé tout ce qu’ils ont pu trouver, y compris des couvertures mouillées, pour se réchauffer. Les enfants souffraient de crises d’asthme à cause de la fumée. Des diabétiques en manque d’insuline étaient pris de malaises. Une personne crachait du sang. Il n’y avait pas de médecins présents. »

Selon Miah, la police n'avait donné à manger aux réfugiés, majoritairement musulmans, que des sandwichs au salami de porc, malgré des protestations répétées.

Zahir Habbal, un jeune Syrien de 29 ans, a dit que sa demande d’asile avait été sommairement refusée après quelques questions routinières. Il avait été l’un de 16 demandeurs d’asile dont les dossiers avaient été « traités » mardi ; tous ont été refusés après 20 minutes au plus.

Un rapport établi par la chambre allemande des psychothérapeutes estime que la moitié des réfugiés qui ont réussi à venir en Allemagne souffraient de « maladies psychologiques », telles le syndrome de stress post-traumatique. « Quarante pour cent ont déjà eu des pensées suicidaires ou ont tenté de mettre fin à leurs jours, » a rapporté l’organisation.

Quelles que soient les critiques officielles formulées contre la Hongrie, toutes les principales puissances européennes réagissent brutalement à la crise des réfugiés. La Grande-Bretagne tout comme l’Allemagne déploie des forces en Méditerranée pour traquer les passeurs. La frégate britannique HMS Richmond doit participer au blocus en Méditerranée, la deuxième étape, « plus agressive », de l’initiative navale de l’Union européenne.

L’Autriche a fermé sa frontière avec la Hongrie, et la compagnie ferroviaire autrichienne ÖBB a suspendu mercredi ses services entre Salzbourg et l’Allemagne. Ceci a été fait sur ordre de Berlin, qui a fermé ses frontières avec l’Autriche et la République tchèque en envoyant des centaines de gardes-frontières en Bavière.

La secrétaire britannique de l’Intérieur, Theresa May, a dit lundi au Parlement que Londres était contre tout quota proposé par l’Union européenne pour distribuer les réfugiés et répartir « 120.000 personnes se trouvant déjà en Europe. » Elle a préconisé la création de « centres de tri » là ou se trouvaient déjà les réfugiés – une approbation de fait des mesures adoptées par la Hongrie. « La demande d’asile ne pas être vue comme un moyen facile de réinsertion en Europe, » a-t-elle dit.

(Article original paru le 17 septembre 2015)