Elections régionales en France: nouvelle défaite du Parti socialiste au pouvoir

Par Kumaran Ira
15 décembre 2015

Le Parti socialiste (PS) a subi une nouvelle défaite au second tour des élections régionales de dimanche, alors que la participation était plus forte qu'au premier tour du 6 décembre. Le Front national néo-fasciste (FN), qui comptait gagner deux régions ou plus, n'en a remporté aucune. 

Le taux d'abstention de 42 pour cent fut inférieur à celui du premier tour (50 pour cent). Le taux de participation était plus fort dans les régions où le FN était susceptible de gagner, comme le Nord-Pas de Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte d'Azur. Un nombre important d'électeurs s’est mobilisé pour voter contre le FN dont les gains électoraux au premier tour avaient été importants, arrivant en tête dans six régions sur treize. Le FN était présent dans toutes les régions au second tour. 

Le PS a remporté cinq régions: Bretagne, Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Bourgogne-Franche-Comté et du Centre-Val de Loire. Le parti de droite Les Républicains (LR) en a remporté sept: Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, Auvergne-Rhône-Alpes , Normandie et Pays de la Loire. Une liste nationaliste corse a gagné en Corse.

Bien que le FN ne l'ait emporté dans aucune région, il a obtenu d'importants succès au premier comme au second tour. Il est en train d'apparaître comme une force centrale dans la politique bourgeoise conventionnelle et bénéficie directement de la politique réactionnaire du gouvernement du président PS François Hollande. Le FN est en position de faire un score important aux élections présidentielles de 2017 et même potentiellement de les gagner. 

Libération a fait ce commentaire avant la fin du décompte: « Alors qu'il reste environ un bulletin sur dix à dépouiller, le FN a déjà obtenu davantage de suffrages à ce second tour des élections régionales qu'au premier tour de la présidentielle de 2012 pour Marine Le Pen. Jamais le parti lepéniste n'avait obtenu autant de voix à un scrutin ». 

Après avoir subi un recul dévastateur au premier tour, le PS a appelé ses électeurs à voter pour les candidats LR dans les régions où il était arrivé en troisième position, soi-disant pour empêcher la montée du FN et défendre les «valeurs républicaines». 

Dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le PS a appelé à voter pour le candidat LR Xavier Bertrand contre la présidente du FN Marine Le Pen qui avait obtenu 43 pour cent des voix au premier tour. Dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, il a soutenu le candidat LR, le maire droitier de Nice Christian Estrosi, contre la candidate FN Marion Maréchal-Le Pen, la nièce de Marine Le Pen. 

Les tentatives du PS et de ses satellites comme le Parti communiste français stalinien de former un «Front républicain» avec LR ostensiblement pour défendre la démocratie et faire barrage à la montée du FN, n’étaient qu’une fraude cynique. Ces forces, comme l'ensemble de la classe dirigeante, oeuvrent à légitimer la politique du FN par leur promotion constante de la guerre, de mesures anti-musulmanes, de l'austérité et des attaques sur les droits démocratiques. 

Deux jours avant le scrutin, le premier ministre Manuel Valls avait une nouvelle fois appelé à faire barrage au FN: « Nous sommes à un moment historique. Il y a deux options: celle de l'extrême droite qui prône la division qui peut conduire à la guerre civile et celle de la République et de ses valeurs. Le Front national est un parti antisémite, raciste, qui n'aime pas la République et qui trompe les Français ».

C’est là de la part de Valls un cynique subterfuge politique. Si le FN défend sans aucun doute un héritage fondamentalement anti-ouvrier et anti-démocratique – le régime de Vichy collaborateur des nazis, la négation de l'Holocauste et le soutien à la guerre – la classe ouvrière est aussi confrontée au danger imminent venant des partis bourgeois traditionnels, surtout du PS. Le gouvernement de Valls renie les droits démocratiques fondamentaux et veut mettre en place un état ​​d'urgence permanent qui transformera la France en dictature présidentielle.

Les élections régionales ont eu lieu un mois après les attaques terroristes du 13 novembre ayant tué 130 personnes à Paris. A leur suite, le PS a annoncé son intention d'abolir les droits démocratiques fondamentaux. Il a imposé un état ​​d'urgence de trois mois lui permettant d’interdire et de réprimer les manifestations, d’effectuer fouilles et saisies arbitraires et de mettre en résidence surveillée, sans procès, quiconque est accusé par la police d'être une menace potentielle pour l'ordre public. Il veut modifier la constitution pour donner au président ces pouvoirs d'urgence indéfiniment.

Les attaques contre les droits démocratiques fondamentaux vont de pair avec une politique d'austérité draconienne et d'escalade guerrière que le PS a appliquée dès son arrivée au pouvoir en 2012, soutenu par ses alliés de la pseudo-gauche comme le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), et par les syndicats.

En l’absence d’opposition organisée contre le PS depuis la gauche, alors que ses alliés de la pseudo-gauche et des syndicats suppriment toute opposition de la classe ouvrière et soutiennent les mesures d'état policier, le FN émerge comme le principal bénéficiaire des mesures d'état policier préconisées par le PS après les attentats du 13 novembre. Il exploite aussi la désillusion de masse par rapport au PS et à LR.

La dirigeante du FN Marine Le Pen a pointé la capacité du FN à mettre le PS en déroute se vantant de ce qu'en triplant le nombre de ses conseillers régionaux, «le FN sera la première force d'opposition dans la plupart des conseils régionaux ».

Remerciant les électeurs, elle a dit, «Merci et bravo, chers amis, de vous êtres affranchis de mots d'ordre indécents, de campagnes de calomnie et de diffamation décidés dans les palais dorés de la République.» Accueillant «l'éradication d'un Parti socialiste local particulièrement malfaisant», elle a parlé d’une «montée inexorable, élection après élection, du courant national ».

Tout en saluant le second tour comme une victoire, tant le PS que LR ont souligné qu'ils considéraient la montée du FN comme inévitable.

Valls a dit, « Ce soir, aucun soulagement, aucun triomphalisme, aucun message de victoire. Le danger de l'extrême droite n'est pas écarté, loin de là. Je n'oublie pas les résultats du premier tour et des élections passées. »

Le dirigeant de LR, l'ancien président Nicolas Sarkozy a déclaré, « Cette mobilisation en faveur de nos candidats du second tour ne doit cependant sous aucun prétexte faire oublier les avertissements qui ont été adressés à tous les responsables politiques, nous compris, lors du premier tour des régionales ».

L'ex-premier ministre Alain Juppé s’est montré inquiet de la désillusion croissante avec les partis officiels. Il a dit, « Nous devons maintenant tirer les leçons de ce scrutin qui met en évidence la défiance d'un grand nombre de nos concitoyens envers les partis. Ne nous lançons pas dans un débat vain pour savoir si notre positionnement a été trop à droite ou pas assez, trop au centre ou pas assez ».

La préoccupation principale de Juppé n’est pas la montée du FN, le produit des politiques d'austérité, des guerres et de l’excitation du chauvinisme qui sont le fait tant du PS que de LR, mais la colère sociale croissante de la classe ouvrière.

La pseudo-gauche pour sa part a réagi au second tour du scrutin avec son jargon cynique, saluant les appels du soi-disant «Front républicain» à tous les électeurs anti-FN de s’unir derrière le candidat non-FN en tête pour empêcher le parti néofasciste de l’emporter au second tour. Mais tous ces partis soutiennent tacitement les mesures anti-démocratiques d’état policier imposées par le PS.

Le dirigeant du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon a déclaré, « Ce soir, une catastrophe a été évitée de justesse. Il faut en remercier les millions de personnes qui ont voté avec des bulletins de vote pourtant contraires à leurs convictions les plus profondes », faisant apparemment référence aux électeurs PS ayant voté pour les candidats LR afin d’empêcher des victoires FN.

(Article paru en anglais le 14 décembre 2015)