Deux partisans de l’EI abattus après avoir assassiné un prêtre en France

Par Kumaran Ira
28 juillet 2016

Deux partisans de l’État islamique (EI) ont assassiné un vieux prêtre de 86 ans, le Père Jacques Hamel, mardi, coupant sa gorge en criant « Allah Akbar » dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen dans le nord de la France. Une autre victime a été grièvement blessée. Les forces de polices spéciales (BRI) ont exécuté sommairement les deux au moment où ils ont quitté l’église.

Les assaillants sont entrés dans l’église alors que la messe se terminait, vers 9h30. Ils ont pris plusieurs fidèles et au moins une religieuse en otage, tandis qu’une autre bonne sœur s’est échappée. Une nonne, Sœur Danielle, a déclaré : « Dans l’église, tout le monde criait « mais arrêtez-vous ne savez pas ce que vous faites ». Ils ne se sont pas arrêtés. Ils l’ont forcé à se mettre à genoux, il a essayé de se défendre et c’est là que le drame a commencé ». Elle a dit qu’elle avait fui l’église alors que les terroristes assassinaient Hamel.

La Sœur Danielle a déclaré que les deux hommes ont filmé leur attaque. « ils ne m’ont pas vue sortir », a-t-elle dit à BFMTV. « Ils se sont enregistrés. Ils ont fait un peu comme un sermon autour de l’autel en arabe. C’est une horreur […] c’était un prêtre extraordinaire ».

L’EI aurait revendiqué l’assassinat par l’intermédiaire de son agence de presse Amaq. C’est la quatrième attaque revendiquée par l’EI en moins de deux semaines, après qu’un homme a lancé un camion dans une foule de gens fêtant le 14 juillet à Nice, tuant 84 personnes et en blessant plus de 300 ; une attaque au couteau sur un train à Würzburg, Allemagne, blessant 5 personnes ; et un attentat suicide dans un bar à vin dans la ville de Ansbach au Sud de l’Allemagne dimanche dernier, blessant 15 personnes.

Le procureur de la République François Mollins a déclaré que l’un des assaillants était Adel Kermiche de 19 ans, qui habitait à Saint-Étienne-du-Rouvray. Selon Mollins, « Adel Kermiche avait tenté à deux reprises de se rendre en Syrie en 2015, il était, depuis le 18 mars, sous contrôle judiciaire, avec assignation à résidence sous surveillance électronique. » Dans les conditions de son assignation à résidence il n’avait le droit de sortir qu’entre 8h30 et 12h30.

Les services de renseignement français avaient établi un « fichier S » sur Kermiche, ce qui l’a classé comme une menace pour la sécurité nationale française, après avoir été mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et tenté de se rendre en Syrie. Pour l’instant, l’identification du deuxième assaillant est toujours en cours.

L’incident est survenu au milieu d’un déploiement massif de la police et des forces armées à travers la France à la suite des attaques récentes. Depuis l’attaque terroriste déjouée sur deux églises près de Paris en avril 2015, qui a été préparée par un étudiant en informatique de 24 ans, franco-algérien, Sid Ahmed Ghlam, les églises et autres lieux de culte, y compris les mosquées et les synagogues, ont été placées en état ​​d’alerte.

Cette attaque dans une église est horrible et réactionnaire. Son principal bénéficiaire sera l’élite politique française, qui a exploité de telles attaques pour intensifier ses interventions militaires au Moyen-Orient et renforcer les mesures draconiennes, antidémocratiques de l’état d’urgence toujours en cours en France.

Imposée après les attentats du 13 novembre à Paris l’an dernier, l’état d’urgence a été prolongé de six mois, à la suite de l’attaque à Nice le 14 juillet. Il donne à la police des pouvoirs supplémentaires à effectuer des perquisitions administratives dans les domiciles privés de jour et de nuit, lancer des arrestations massives et prononcer des assignations à résidence surveillée. Après l’attaque de l’église d’hier, le gouvernement du Parti socialiste (PS) a promis de renforcer davantage les mesures sécuritaires et de donner encore plus de pouvoirs exceptionnels à la police et l’armée.

Le PS a également intensifié la guerre au Moyen-Orient, prétendument pour lutter contre l’EI. Juste avant l’attaque de Nice, il avait déjà annoncé que le porte-avions Charles De Gaulle se rendrait au Moyen-Orient. Après les événements de Nice, le président François Hollande a annoncé que la France enverrait de l’artillerie lourde en Irak dès le mois prochain, pour soutenir la lutte contre l’EI.

Après l’assassinat à Saint-Étienne-du-Rouvray, Hollande l’a décrit comme « un ignoble attentat terroriste. […] Nous sommes face à un groupe, Daesh, qui a déclaré la guerre et nous devons mener cette guerre. Nous devons prendre conscience que les terroristes ne renonceront à rien tant que nous ne les arrêterons pas. Les Français doivent savoir qu’ils sont menacés. Ce ne sont pas les seuls, il y a l’Allemagne aussi. Mais leur force tient à leur cohésion ».

D’autres chefs d’État ont également utilisé l’attaque pour terroriser le public et demander des mesures sécuritaires encore plus fortes.

Parlant depuis Downing Street, le Premier ministre britannique Theresa May a déclaré : « Nous sommes tous confrontés à une menace terroriste. Si vous regardez le niveau de menace nationale ici au Royaume-Uni, il est à sévère. Cela signifie qu’une attaque terroriste est très probable. Ce qu’il faut, c’est que nous travaillions tous ensemble, et que nous soyons aux côtés de la France. Nous leur offrons tout le soutien que nous avons dans ce domaine et de faire front à cette menace à laquelle ils sont confrontés comme nous tous ».

En France, le Premier ministre Manuel Valls a insisté sur l’idée que, « Nous avons aujourd’hui tous les outils pour lutter contre le terrorisme. À chaque attentat, nous n’allons pas inventer une nouvelle loi », avertissant que « les Français doivent intégrer que nous sommes dans une guerre » et qu’ « il faut changer son rapport à la sécurité ».

« Il y aura peut-être de nouveaux attentats. Nous ferons tout pour l’éviter mais avec les armes du droit, pas en mettant en cause notre démocratie », a déclaré Valls.

En fait, le PS a abrogé les droits démocratiques en imposant l’état d’urgence, et il y a des appels croissants au sein de l’establishment politique pour des mesures encore plus drastiques de maintien de l’ordre. En juin, des législateurs de droite ont appelé à des « centres de rétention » pour les islamistes radicaux après l’assassinat brutal d’un policier et de son partenaire à leur domicile.

Après l’assassinat d’hier, Marine Le Pen du Front national d’extrême droite a demandé des mesures dignes d’un état policier. Son communiqué réclame : « fermeture des mosquées salafistes, expulsion des imams prêcheurs de haine, contrôles à nos frontières nationales, arrêt de l’immigration, veto à la politique allemande d’accueil des migrants, rétablissement d’une pleine et entière double peine, mise hors d’état de nuire des fichés S, renforcement des moyens de nos forces de l’ordre, de notre renseignement, de notre armée, réforme du code de la nationalité, renforcement des sanctions judiciaires et application effective des peines, construction de prisons. »

Il y a eu des appels répétés des politiciens de droite pour permettre à l’État de détenir indéfiniment des individus ciblés pour les « fichiers S. » Entre 10 000 et 11 000 personnes en France ont fait l’objet d’un fichier S, mais elles n’ont pas toutes des sympathies djihadistes. Dans la mesure où les services de renseignement peuvent ouvrir à volonté des fichiers S sur les individus, cette proposition reviendrait à donner à l’État un chèque en blanc pour emprisonner indéfiniment toute personne dont les opinions politiques lui déplaisent.

(Article paru en anglais le 27 juillet 2016)