Theresa May nouveau leader du Parti conservateur et prochain premier ministre britannique

Par Robert Stevens
13 juillet 2016

La ministre de l’Intérieur Theresa May, sera le prochain chef du Parti conservateur et premier ministre de la Grande-Bretagne suite à la décision prise lundi par Andrea Leadsom de se retirer de la course à la direction du parti.

On a accéléré la procédure de sélection du nouveau leader afin d’unifier le parti et d’assurer la stabilité financière et politique suite au résultat-choc du référendum du 23 juin en faveur d’une sortie britannique de l’Union européenne (UE) et à la démission du premier ministre David Cameron.

La gagnante d’une course qui était passée de cinq prétendants initiaux à deux, May et Leadsom, devait être désignée par les quelques 150.000 membres du Parti Tory et le résultat annoncé le 9 septembre.

May ayant été confirmée leader Tory lundi, elle succédera comme premier ministre à Cameron mercredi soir. Cameron a annoncé lundi qu’il se présenterait pour la dernière fois à la session des questions au gouvernement mercredi après-midi, avant d’aller à Buckingham Palace offrir sa démission à la reine.

Lors de son retrait, Leadsom a publié une lettre au président du « Comité de 1922 » constitué de simples députés conservateurs, qu’elle a lue aux médias. Elle y soulignait que la principale raison de son abandon était qu’« une campagne de neuf semaines pour gagner la direction à un moment critique pour notre pays est hautement indésirable. »

« Les affaires ont besoin de certitude », a-t-elle poursuivi. « Un gouvernement fort et unifié doit agir rapidement pour définir à quoi doit ressembler le cadre commercial d’un Royaume-Uni indépendant. »

Dans la campagne référendaire, Leadsom avait soutenu la campagne victorieuse pour le « Brexit » tandis que May avait soutenu le « Rester » Leadsom a néanmoins déclaré, « May a le soutien de plus de 60 pour cent de la fraction parlementaire » et est « idéalement placée pour mettre en œuvre le Brexit dans les meilleures conditions pour le peuple britannique et elle a promis de le faire. »

Un facteur important dans la décision de Leadsom a été le risque que sa victoire pourrait diviser le parti. May bénéficiait d’un soutien écrasant parmi les députés conservateurs, remportant les nominations de 199 députés, contre 84 à Leadsom. Mais on craignait que dans le parti en général, Leadsom ne devienne le centre d’un mouvement dangereusement eurosceptique surtout depuis qu’elle avait indiqué que Nigel Farage, du xénophobe UK Independence Party, pourrait jouer un rôle dans le gouvernement. Après le deuxième tour de scrutin, un sondage de Conservative Home a révélé que Leadsom était plus populaire que May parmi les membres du parti.

Leadsom était pratiquement inconnue à l’échelle nationale jusqu’à son entrée en lice. L’ancien maire de Londres Boris Johnson avait mené la campagne officielle pour le Brexit aux côtés de Michael Gove. Mais Johnson a été contraint à un retrait humiliant après que Gove a annoncé sa propre candidature en prenant beaucoup des partisans de l’ancien maire avec lui. Leadsom a ensuite affronté Gove comme meilleur candidat de la faction pro-Brexit du parti.

Gove fut battu au second tour de scrutin.

Alors que Leadsom énumérait ses raisons d’abandonner, la décision a été prise par d’autres.

Elle a lancé sa campagne en déclarant que le prochain premier ministre devait être un « partisan du Brexit » et non quelqu’un « qui suit la volonté du peuple à contrecœur. » May a cependant toujours été le choix de l’élite dirigeante ainsi que des médias qui soutiennent les Tory, comme les journaux The Times et The Sun du milliardaire oligarque Rupert Murdoch, qui la soutiennent, ainsi que le Daily Telegraph et le Daily Mail.

May était non seulement considérée comme le candidat le plus expérimenté, ayant été six ans ministre de l’Intérieur, mais avait rassuré les factions pro-européenne et anti-européene du parti en déclarant lors du lancement de sa campagne, « Brexit signifie Brexit. La campagne a été menée, le vote a eu lieu, le taux de participation était élevé et le pays a donné son verdict. Il ne doit pas y avoir de tentative de rester à l’intérieur de l’UE, aucune tentative de la rejoindre par un moyen détourné et pas de second référendum ».

Elle s’est présentée comme le candidat de la stabilité et de l’unité renouvelée du parti, déclarant aussi qu’il n’y aurait pas de nouvelle élections générales à l’automne ou au printemps et que le gouvernement élu en mai l’an dernier irait au terme de son mandat de cinq ans.

Mercredi dernier, le Times de Murdoch avait mis en cause la capacité de Leadsom à diriger le parti et à être premier ministre. Mettant en question le passé qu’elle revendiquait, d’avoir géré d’« énormes équipes » dans le secteur des services financiers, l’article déclarait : « Andrea Leadsom n’a pas d’expérience en tant que banquier d’investissement en dépit des affirmations de ses soutiens qu’elle a réussi à gérer des fonds valant des milliers de milliards de livres. » Et d’ajouter : « Mme Leadsom, qui n’a jamais tenu de position dans le cabinet et n’est ministre que depuis avril 2014 et députée que depuis 2010, a placé son expérience dans la “City” au centre de sa candidature pour devenir leader et le premier ministre. »

Samedi dernier, Le Times publiait une interview avec Leadsom dans laquelle Rachel Sylvester lui demandait si elle se sentait comme une « maman en politique ». Elle a répondu que comme mère elle avait « un réel intérêt dans l'avenir de notre pays, un intérêt tangible. »

L’article du Times portait ce titre : « Être mère me donne l’avantage sur May, » et l’article décriait la déclaration comme offensante pour May qui n’avait pas d’enfant et disait qu’il s’agissait d’une preuve supplémentaire que Leadsom « manquait de jugement, de connaissance et de décence. »

The Telegraph titrait un article, « Les femmes Tory se retournent contre Andrea Leadsom, la querelle sur la maternité s’accentue. »

L’ancien leader conservateur Iain Duncan Smith, un soutien de Leadsom, l’a alors présentée comme « la victime de “coups fourrés” dégoûtants de la part de l’établissement Tory. »

L’exécution sans états d’âme de Leadsom pour assurer que la candidate préférée de l’élite dirigeante devienne premier ministre témoigne de la grave crise à laquelle fait face la bourgeoisie britannique. La classe dirigeante a par-dessus tout besoin de stabilité dans la situation de crise économique, sociale et politique qui fait suite au vote de sortie de l’UE.

Au moment où May lançait sa campagne, le Daily Mail l’a saluée comme quelqu’un qui faisait « un peu penser à Margaret Thatcher, » avec « son expérience politique aiguisée dans la fournaise du ministère de l’Intérieur, qui a achevé la carrière de plus d’un ministre de moindre capacité. »

Lundi, Trevor Kavanagh, rédacteur en chef politique du Sun, a publié un commentaire déclarant que May était « la nouvelle dame de fer. »

Cela n’est pas là seulement une référence à May en tant que femme. Toute sa carrière au sein du gouvernement a été concentrée sur les attaques imposées à la classe ouvrière comme celles contre les droits démocratiques et les libertés civiles et son soutien à une draconienne législation anti-grève. En tant que ministre de l’Intérieur, May est principalement responsable du projet de loi sur les pouvoirs d’investigation, connu des critiques comme la « charte du fouineur. » Devant devenir loi d’ici la fin de 2016, elle donnera des pouvoirs de surveillance d’état sans précédent à la police et aux agences de renseignement.

Pour ce qui est de l’élite dirigeante elle a, en tant que thatchérienne fervente, fait ses preuves à l’opposé de Leadsom, considérée comme un poids léger peu fiable.

On a non seulement assigné à May la tâche d’apporter la stabilité et d’unir un parti gouvernemental divisé. Elle doit aussi imposer un degré d’austérité et de coupes dans le niveau de vie, bien autre que celui mis en œuvre au cours des huit années écoulées depuis la crise financière mondiale de 2008, et tel qu’il est exigé par les retombées du vote pour le Brexit. Et elle le fera grâce à l’utilisation impitoyable des mesures répressives auxquelles elle est si étroitement associée.

(Article paru d’abord en anglais le 11 juillet 2016)