La nouvelle Première ministre britannique Theresa May à la tête d’un gouvernement d’austérité

Par Chris Marsden
15 juillet 2016

La teneur de ce premier discours de la Première ministre britannique Theresa May nouvellement consacrée hier a été dictée par une tentative désespérée pour restaurer un certain soutien populaire pour un gouvernement conservateur largement méprisé.

La classe dirigeante est profondément divisée et fait face à la crise existentielle provoquée par l’impact du vote référendaire de quitter l’Union européenne (UE). Il y a eu une chute spectaculaire de la livre et du prix des actions, et même le Royaume-Uni lui-même est menacé de rupture. Le problème majeur qui pèse sur la tête de May est de savoir comment faire face à une polarisation aiguë entre riches et pauvres qui menace d’éclater en convulsions sociales et politiques violentes.

Seul cela peut expliquer le torrent de rhétorique qu’elle a employé, promettant de diriger un gouvernement « d’une seule nation » qui ne représenterait pas seulement que « quelques privilégiés. » May a promit qu’elle n’allait pas seulement défendre « l’union » des nations qui composent le Royaume-Uni, mais celle « entre tous nos citoyens. » Elle prétend lutter contre « l’injustice brûlante » de la pauvreté et de la privation, du racisme, du sexisme et en faveur de la « famille ordinaire de la classe ouvrière. » Son gouvernement serait un gouvernement « motivé, non pas par les intérêts des quelques privilégiés, mais par les vôtres. »

C’est sans doute l’expression d’un cynisme politique le plus éhonté depuis que Margaret Thatcher à Downing Street eut cité St François d’Assise – « Là où il y a la discorde, nous pouvons apporter l’harmonie ». Le gouvernement de May sera celui d’une guerre de classe, de l’austérité brutale, des attaques sur les droits démocratiques, du militarisme et de la guerre.

May est arrivé au pouvoir sans être élu, par le sabotage délibéré d’une course à la direction des conservateurs dans laquelle sa principale concurrente, Andrea Leadsom, a été informée par les médias, ses pairs, et sans doute l’état, que son défi était inacceptable. Pro-Brexit militante inexpérimentée, Leadsom n’avait aucune chance de rassembler le parti ou obtenir le soutien des grandes entreprises. En revanche, May a des années d’expérience en cabinet et, bien qu’elle ait fait campagne pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE, a promis à l’aile eurosceptique du parti que « Brexit is Brexit » [la sortie, c’est la sortie].

Son travail, a-t-elle dit, serait de réaliser les meilleures négociations possibles avec l’UE pour garantir les intérêts nationaux du Royaume-Uni. Elle a également déclaré que les pourparlers officiels sur la sortie, déclenchés quand elle invoquera l’article 50 du traité de Lisbonne, ne commenceront pas avant au moins la fin de 2016. Cela est destiné à permettre de stabiliser la Grande-Bretagne économiquement et politiquement.

Elle a choisi ses ministres pour les postes ministériels les plus importants avec la même fin à l’esprit, ainsi que la tentative de à réconcilier les camps opposés dans le parti. Le ministre des Finances de May est Philip Hammond, l’ancien ministre des Affaires étrangères, qui avait fait campagne pour rester dans l’UE. Mardi, il a dit que cela pourrait prendre jusqu’à six ans pour que le Royaume-Uni se désengage de l’UE, en raison du long processus pour trouver des accords commerciaux bilatéraux. Cependant, le partisan le plus en vue de la sortie de l’UE, Boris Johnson, a été nommé ministre des affaires étrangères, et l’eurosceptique David Davis comme « secrétaire d’État responsable de la sortie de l’UE. » Ils figuraient parmi plusieurs « Brexiteers » (partisans de la sortie) éminents à être nommés au gouvernement.

Toutefois, s’il y avait un tant soit peu de substance authentique concernant ses professions de préoccupation sociale et de promesses à limiter le salaire des patrons, alors May ne serait pas la Première ministre. En réalité, elle est là pour tenir bon face à toutes les demandes d'une pause dans les attaques sociales.

Le programme de son gouvernement est déterminé par la crise grandissante du capitalisme britannique et mondial. La croissance au Royaume-Uni a reculé à 0,2 pour cent au deuxième trimestre de cette année et le Royaume-Uni a un déficit record du compte courant. Ryan Bourne, le responsable de la politique publique à l’Institut of Economic Affairs, a écrit sur le site influent Conservative Home exhortant, « Notre nouveau Premier ministre doit résister à la tentation du keynésianisme et maintenir le bon sens financier ».

May est une partisane fervente de Thatcher, qui est considérée comme capable non seulement de la communication politique visant à camoufler la réputation des conservateurs comme le « parti méchant », mais aussi de défendre impitoyablement les intérêts de la classe dirigeante. Son bilan politique comprend son opposition à un salaire minimum, le traitant de fardeau inacceptable pour les entreprises, et la déclaration que les crédits d’impôt pour les travailleurs les plus pauvres « décourageraient les gens de travailler plus d’heures ou de trouver des emplois mieux rémunérés ». Mettre fin à la pauvreté, a-t-elle ajouté, est une question de mettre fin à « l’oisiveté ».

Voilà pourquoi la classe dirigeante comprend très bien la différence entre la communication et la réalité. Le Financial Times, par exemple, titrait un article, « May devrait faire primer l’ordre social sur la liberté » et un autre, « l’Austérité n’est pas encore retirée du programme du gouvernement ».

« May n’a donné aucune indication de revenir en arrière sur les réductions des dépenses prévues », a déclaré cet article, et, citant May, a indiqué que le gouvernement devrait « poursuivre son intention de réduire les dépenses publiques et réduire le déficit budgétaire ».

Des milliards en coupes budgétaires de plus déjà prévues resteront en place, y compris des réductions des allocations de l’Universal Credit [regroupement des principales aides sociales, ndt] amputant jusqu’à 3000 livres par an du budget de certaines familles, un gel de quatre ans des taux des allocations et des réductions réelles de 30 livres par semaine pour les personnes estimées trop malades pour travailler. En plus de cela, le National Health Service (le Service de Santé national) est confronté à un déficit record de 2,45 milliards de livres en 2015-16.

L’autre qualification de May à la plus haute fonction du Royaume-Uni est le bilan des mesures autoritaires qu’elle a imposées. Elle est l’architecte du projet de loi sur les communications de données, ou « Snoopers Charter [la charte des espions] », qui oblige les fournisseurs de services Internet et les sociétés de téléphonie portable à garder les traces de l’activité de chaque usager de l’Internet et du téléphone pendant 12 mois – pour être mis à la disposition de la police et les services de renseignement. Au cours de la campagne référendaire, elle a soutenu que le Royaume-Uni devrait se retirer de la Convention européenne des droits de l’homme quelle qu’en soit la conséquence, se plaignant que celle-ci « peut lier les mains du Parlement » et « n’ajoute rien à notre prospérité […] ». Elle n’a abandonné cette position qu’en devenant candidate à la direction du parti parce que la dissidence dans son propre parti l’aurait privée d’une majorité parlementaire lors de tout vote.

Son bilan contre les migrants est particulièrement sinistre. The Guardian a détaillé « sept projets de loi et 45 000 changements apportés aux règles [d’immigration] pendant son mandat de ministre de l’Intérieur. » Elle est l’auteur de la Loi sur l’immigration 2016, qui dispose que les employeurs qui embauchent des migrants illégaux et les travailleurs illégaux eux-mêmes sont menacés de sanctions pénales ; permet que les comptes bancaires de migrants illégaux soient bloqués et que leur permis de conduire soit saisi ; rends illégale la location de logement à un immigré par un propriétaire connaissant sa situation, passible de cinq ans de prison ; et étends la politique du gouvernement d’ « expulser d’abord, faire des recours juridiques plus tard » à tous les migrants illégaux au lieu des seuls criminels condamnés.

Elle a mis en œuvre les tristement célèbre « Go Home Vans » (des camionnettes portant l’inscription « rentrez chez vous »), qui circulaient dans les quartiers à des niveaux de population d’immigré élevée exhortant les immigrants illégaux à quitter le Royaume-Uni.

May peut compter sur des médias malléables pour répéter aveuglément ses mensonges et prétendre que l’élection d’une femme comme Premier ministre serait en quelque sorte progressiste – cela même après Thatcher ! Mais le principal avantage dont elle profite se résume au fait qu’elle n’a aucune opposition en face d’elle venant du Parti travailliste et des syndicats.

Pendant que la compétition pour un nouveau chef des conservateurs se déroulait, l’aile droite du Parti travailliste était occupée à monter un coup politique avec l’intention de supprimer Jeremy Corbyn comme chef du parti. La spéculation est monnaie courante pour savoir si May ira jusqu’à la fin de son mandat de cinq ans en 2020, ou si elle profitera de l’opération destructrice montée par les blairistes dans le Parti travailliste pour organiser des élections anticipées. Dans les deux cas, la classe ouvrière continuera à payer un prix fort pour non seulement le rôle joué par la cinquième colonne Blairiste, mais aussi l’échec lamentable et inévitable de la perspective de Corbyn de transformer le Parti travailliste en un mécanisme politique pour s’opposer à l’austérité et au militarisme.

(Article paru en anglais le 14 juillet 2016)