L’Espagne : Le parlement régional de Catalogne vote les prochaines étapes vers l’indépendance

Par Alejandro López
4 août 2016

Mercredi dernier, le parlement régional catalan a voté en faveur du rapport de la Commission pour étudier le processus constituant, celui-ci établi 11 conclusions et trois étapes vers l’indépendance catalane. 

La première étape prévoit la convocation d’un forum pour discuter d’une future constitution

catalane. La deuxième initie « trois lois de déconnexion » de l’Espagne « non-soumises à contrôle, à suspension ou à opposition de la part de tout autre pouvoir, cour ou tribunal ». La troisième crée une Assemblée constituante chargée de rédiger une constitution qui serait soumise à un référendum. 

Le rapport a été voté par les partis séparatistes – la coalition « Ensemble pour le Oui », comprenant la Gauche républicaine (ERC), Convergence démocratique (CDC), et la Candidature de l’Unité Populaire (CUP) de pseudo-gauche – ils détiennent ensemble 72 sièges au parlement régional de 135 sièges. 

Le front régional de Podemos en Catalogne, « Oui, nous pouvons », a voté contre le rapport, l’aile régionale du Parti socialiste (PSC) s’est abstenue et le Parti des citoyens ainsi que le Parti populaire (CPP) anti-séparatistes ont quitté la chambre avant le vote. 

Après le vote, le leader d’ERC Oriol Junqueras a déclaré : « Nous avons le mandat démocratique pour construire un nouveau pays, propre et juste, et un mandat, pour nous, c’est un devoir ! » La députée CUP Gabriela Serra a dit que la décision revenait à « désobéir au régime de 78 » – une référence à la Constitution espagnole de 1978 adoptée suite à la fin de la dictature franquiste. 

Le Premier ministre par intérim Mariano Rajoy (PP) a demandé au procureur général d’arrêter le processus d’indépendance et a lancé un appel à la Cour constitutionnelle, des démarches entièrement soutenues par le dirigeant du Parti socialiste (PSOE) Pedro Sánchez.

Lundi, la Cour constitutionnelle a déclaré que le Processus constituant catalan viole la constitution espagnole et a donné au Parlement catalan un délai de 20 jours pour en informer tous les députés et introduire un recours. Elle décidera d’ici la fin août de mettre en examen ou non la présidente du Parlement, Carme Forcadell, ce qui pourrait conduire à son emprisonnement. 

Madrid, capitale de l’Espagne, a menacé d’exercer des représailles économiques, y compris le gel du Fonds de liquidité, ce qui laisserait de nombreux services domestiques en faillite et des fonctionnaires sans salaire, et l’invocation de l’article 155 de la Constitution, ce qui suspendrait effectivement l’autonomie régionale de la Catalogne. 

Le vote pour l’indépendance a aggravé la crise politique en Espagne, qui est maintenant sans gouvernement depuis huit mois. Deux élections générales ont produit des parlements minoritaires où aucun parti ni coalition de partis n’ont été capables de rassembler une majorité. Le PP, qui a obtenu le plus grand nombre de sièges, 137 sur les 350 du Congrès, a été incapable d’obtenir le soutien parlementaire d’aucune des autres forces politiques afin de former un nouveau gouvernement. 

En plus de l’impasse parlementaire, Madrid est sous la pression de la Commission européenne pour mettre en œuvre un plan d’austérité massif ciblant la classe ouvrière. Bien que Bruxelles ait annulé les sanctions qu’elle menaçait d’imposer contre l’Espagne (et le Portugal) pour ne pas avoir atteint des cibles de réduction du déficit, l’Espagne doit désormais ramener son déficit de 4,6 pour cent à moins de trois pour cent en 2018, en imposant jusqu’à 28 milliards d’euros de coupes budgétaires. 

La décision du Parlement catalan d’approuver le rapport du Processus constituant est liée à un vote de confiance appelé par le premier ministre régional Carles Puigdemont pour le 28 septembre. Cela vise à faire pression sur la CUP pour appuyer l’approbation du budget d’austérité de 2017. Jusqu’à présent, ce groupe de pseudo-gauche a voté contre le budget, mais cela a conduit à sa fracture entre les éléments les plus en faveur de « Ensemble pour Oui » et ceux qui voient tactiquement que le soutien à l’austérité les révélerait trop pour ce qu’ils sont aux yeux des travailleurs et des jeunes. 

Le vote de censure est une expression de l’éclatement de l’Union européenne (UE) le long des lignes nationales produit par la crise capitaliste. Cela a été accéléré par le vote du Brexit en Grande-Bretagne, et pose le danger d’antagonismes nationaux de plus en plus forts, du fascisme et d’une guerre mondiale.

L’appel à l’indépendance est mené par les forces de droite qui veulent établir la Catalogne comme état capitaliste au sein de l’UE servant de plate-forme d’investissements et de production à faibles taux d’imposition et à main d’œuvre bon marché pour les banques et les multinationales, libérées du paiement de subventions aux régions plus pauvres d’Espagne. 

Ils utilisent le séparatisme pour diviser la classe ouvrière selon des lignes nationales pour passer sous silence les préoccupations socio-économiques des travailleurs et des jeunes, espagnols comme catalans, grâce à un fatras nationaliste. 

Le vote du Processus constituant sera utilisé par la bourgeoisie espagnole pour faire pression sur le PP, le PSOE et le parti Citoyens [Ciudadanos] afin de concocter un gouvernement qui fera face au séparatisme catalan et imposera les diktats de l’UE sur le dos de la classe ouvrière. Un éditorial d’El País cette semaine, sous le titre « Un gouvernement maintenant ! », a déclaré, « la priorité absolue dans les jours à venir doit être un pacte qui garantisse un cadre stable et le plus tôt possible. Les mesures prises la semaine dernière par les séparatistes catalans ferment la voie à une hypothétique collaboration future […] Ainsi tout le poids de la formation d’un gouvernement pèse sur le PP, en premier lieu, et en second lieu, sur Citoyens et le PSOE ». 

Si la classe dirigeante est en mesure d’exploiter le nationalisme catalan afin de diviser pour mieux régner, c’est en raison du rôle de la pseudo-gauche. La CUP a émergé comme l’avocat le plus agressif de l’indépendance. Elle met la pression sur la CDC et ERC pour prendre une ligne plus conflictuelle et chauvine avec le gouvernement central et utilise ensuite la réponse antidémocratique de Madrid pour exhorter au séparatisme. Ce fut le cas avec les récentes révélations faites par les représentants du gouvernement catalan sur la tentative du ministre de l’Intérieur Jorge Fernández Díaz de déterrer des actes répréhensibles réels ou présumés afin de les discréditer. Il a également conspiré avec les services de sécurité pour renverser le chef de la CDC Artur Mas et de le remplacer par quelqu’un contrôlé par Madrid. Des politiciens du CUP affirment que les activités du ministre de l’Intérieur ont été un facteur important dans l’augmentation du soutien pour l’indépendance de 42,4 pour cent en mars à 47,7 pour cent dans un sondage de la semaine dernière.

Podemos de Catalogne, en participant à la Commission pour étudier le processus constituant, est complice des manœuvres de la bourgeoisie régionale vis-à-vis de Madrid. Son propre programme appelle à un référendum sur l’indépendance. Mais il cherche à combiner cette orientation opportuniste en Catalogne avec des efforts tels que le vote non le mois dernier pour démontrer sa fidélité globale à la bourgeoisie espagnole combinant une rhétorique creuse de « gauche » avec des appels à former un gouvernement avec le PSOE pro-austérité, pro-UE et pro-OTAN. 

(Article paru en anglais le 3 août 2016)