Les candidats du SEP à la présidence américaine dénoncent la marche vers la guerre lors d’une réunion à l’Université Humboldt de Berlin

Par Nos correspondants
7 septembre 2016

Des dizaines d’étudiants et de travailleurs ont regardé une retransmission en direct des États-Unis des candidats à la présidence américaine du Socialist Equality Party (SEP – Parti de l’égalité socialiste) à l’Université Humboldt vendredi. Jerry White et Niles Niemuth ont parlé par vidéoconférence depuis Detroit. Ils ont prononcé des discours et répondu aux questions des personnes présentes.

Jerry White et Niles Niemuth parlent à la réunion du IYSSE

Les Jeunes et étudiants internationalistes pour l’égalité sociale (International Youth and Students for Social Equality – IYSSE) ont annoncé la réunion sous le titre « Ni Trump, ni Clinton : Les Socialistes aux élections présidentielles américaines ». Le porte-parole de l’IYSSE à HU, Sven Wurm, a expliqué l’importance de l’élection présidentielle américaine pour les travailleurs et la jeunesse dans le monde entier.

« L’impérialisme américain représente une menace énorme », a déclaré Wurm. « L’encerclement militaire de la Russie et de la Chine pourrait se transformer rapidement en une guerre généralisée qui menacerait l’avenir de l’humanité. En même temps, la seule force sociale qui peut arrêter une telle catastrophe est la classe ouvrière américaine et internationale ».

Sven Wurm

Dans son discours, White a d’abord examiné la crise profonde de la démocratie américaine. « Alors que l’establishment politique vire à droite, la population dans son ensemble va vers la gauche », a-t-il dit. « Les élections américaines sont une expression de la profonde dégénérescence de la démocratie américaine, qui a été alimentée par des décennies de déclin économique et la montée au sommet de la vie sociale et politique d’une aristocratie financière criminelle ».

Les deux candidats sont parmi les personnalités les plus impopulaires de la classe politique de l’establishment. Le candidat républicain Donald Trump présente des caractéristiques fascisantes et exploite la colère sociale pour prôner un programme extrêmement droitier. « Nul besoin d’expliquer à un public allemand l’importance de la montée d’un tel personnage politique, qui fonde son programme sur l’extrême nationalisme et la xénophobie, qui en appelle de plus en plus à la violence et aux sentiments les plus arriérés », a déclaré White.

Mais Clinton et les démocrates ne représentent pas une alternative, a expliqué White. Leur aile droite a permis l’ascension de Trump. « Hillary Clinton est la personnification du lien corrompu entre l’establishment politique, l’appareil du renseignement militaire et Wall Street », a ajouté White.

Les démocrates cherchent à utiliser l’élection et l’hostilité envers Trump pour proclamer un mandat pour la guerre. Voilà pourquoi les démocrates critiquent Trump depuis la droite et exigent une politique agressive militariste contre la Russie et la Chine.

Se référant aux défenseurs de la politique identitaire qui soutiennent Clinton, White a ajouté : « Pour la population du monde, ça ne fait pas la moindre différence si la personne qui lance une guerre nucléaire est une femme ou un homme ».

La seule force capable d’arrêter cette folie est la classe ouvrière américaine et allemande. « La tâche de notre campagne électorale est d’éduquer politiquement la classe ouvrière et d’expliquer ce que c’est que le véritable socialisme, et de préparer les immenses luttes contre la guerre, l’inégalité et la dictature qui arrivent », a déclaré White.

Jerry White

Niemuth a parlé directement aux jeunes dans le public à l’Université Humboldt. « Je me présente en tant que représentant d’une génération de millions de jeunes en Amérique et dans le monde dont la vie et la conscience politique ont été profondément marquées par la crise économique de 2008 et ses conséquences, et plus généralement par les conséquences de la dissolution de l’Union soviétique il y a un quart de siècle et l’éruption d’impérialisme américain partout dans le monde qui s’en est suivie ».

L’intérêt croissant pour le socialisme chez les travailleurs et les jeunes a été exprimé dans le soutien à la campagne de Bernie Sanders, qui se décrit comme un socialiste démocratique. Mais le programme de Sanders n’a rien à voir avec le socialisme. Niemuth a notamment examiné le nationalisme de Sanders et son soutien à l’impérialisme américain et à ses nombreuses guerres.

Divers groupes bourgeois et de pseudo-gauche ont aidé Sanders à faire passer pour socialiste ce programme de droite, a-t-il dit. En revanche, le SEP participe à l’élection afin de lutter pour un socialisme authentique.

« Après avoir identifié ce sentiment anticapitaliste initial qui sous-tendait la campagne de Sanders », a dit Niemuth, « nous avons dans le SEP l’obligation de fournir une véritable orientation politique socialiste et de se battre pour développer une direction révolutionnaire. Nous devons fournir aux travailleurs et aux jeunes la capacité de discerner le véritable socialisme de tous ceux qui cherchent à les piéger. Sans l’intervention consciente de notre mouvement, le mouvement trotskyste, tous les sentiments d’opposition seront certainement réorientés de nouveau dans l’impasse du Parti démocrate et derrière le système capitaliste ».

Les contributions ont été suivies d’une discussion animée, qui s’est poursuivie au stand de livres et dans les couloirs une fois la réunion terminée. Un étudiant a expliqué que le néolibéralisme vise à détruire la conscience de classe de la classe ouvrière. Beaucoup ne se considèrent plus comme des travailleurs. Il a voulu savoir ce qu’est la stratégie du SEP pour régénérer la conscience de classe.

White a expliqué que le SEP ne prend pas comme point de départ la conscience que les travailleurs ont aujourd’hui, mais leur situation objective. Les travailleurs sont entraînés dans des luttes à travers le monde parce que leurs conditions de vie sont détruites et une politique de guerre se poursuit. Comme l’ont expliqué Marx et Engels, l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes, qui avait pris des formes très nettes aux États-Unis et contient d’importantes leçons.

Jerry White et Niles Niemuth parlent à la réunion du IYSSE

La classe dirigeante a toujours essayé de supprimer ces luttes et diviser les travailleurs sur des bases ethniques, linguistiques, ou culturelles. En opposition à cela, les socialistes se battent pour l’unité de tous les travailleurs contre les capitalistes.

Le stalinisme a infligé une série de terribles défaites à la classe ouvrière, a poursuivi White, et de nombreux groupes petits-bourgeois l’avaient rejetée comme force révolutionnaire. En outre, il y a eu le rôle des syndicats, qui ont été transformés en agents des entreprises et assument le rôle d’une police encadrant la classe ouvrière.

La question centrale, a-t-il dit, est la construction d’une direction révolutionnaire pour transformer la classe ouvrière en une force politique indépendante. La classe ouvrière est la seule force sociale qui ait un intérêt objectif à vaincre le capitalisme et le système d’États-nations irrationnel, mais pour cela, les leçons de l’histoire doivent être tirées.

Niemuth a traité en plus de détails les expériences des travailleurs américains avec les syndicats. Ces derniers se rangent du côté du patronat des grandes entreprises et ont facilité les attaques contre la classe ouvrière. Les travailleurs doivent s’organiser indépendamment de ces organisations, a-t-il dit.

White a expliqué une fois de plus le rôle joué par la politique identitaire en divisant la classe ouvrière, et en représentant les intérêts d’une classe moyenne privilégiée. La demande que plus de femmes ou de Noirs occupent des postes supérieurs n’a rien à voir avec la lutte contre les inégalités ou la guerre. « L’Amérique ne se divise pas en noirs et blancs, mais entre les classe s », a expliqué White. « Nous nous battons pour l’unification de la classe ouvrière internationale ».

Un étudiant égyptien a demandé comment la classe ouvrière au Moyen-Orient pourrait être aidée et quelle était la position du SEP à l’égard de « la guerre contre le terrorisme » et de la collaboration du gouvernement des États-Unis avec des dictateurs.

White a expliqué que le SEP s’opposait catégoriquement à la prétendue « guerre contre le terrorisme » du gouvernement américain, qui est basée sur des mensonges et qui a été utilisée pour justifier une horrible guerre après l’autre.

L’énorme puissance de la classe ouvrière, a-t-il dit, a été démontrée lors de la révolution égyptienne de 2011, qui a renversé un régime soutenu par les USA. Mais la révolution a soulevé des problèmes fondamentaux de la direction révolutionnaire. Les groupes de pseudo-gauche comme les Socialistes révolutionnaires firent tout pour subordonner les travailleurs à l’une ou l’autre faction de la bourgeoisie, a dit White. Ils ont d’abord soutenu les Frères musulmans, puis un coup d’État militaire. Ces mêmes forces critiquent maintenant Obama pour ne pas être intervenu suffisamment en Syrie.

Dans ses observations finales, White a mis en garde : « La classe ouvrière allemande et américaine fait face à la même lutte contre les mêmes sociétés transnationales et surtout contre le danger de la répétition des catastrophes horribles du 20e siècle, mais cette fois-ci avec l’emploi d’armes nucléaires.

« Mais la marche vers la guerre est une expression de la profonde crise du capitalisme américain et du système capitaliste dans le monde entier. La crise du système des États-nations, la crise économique mondiale donnent également lieu à leur contraire : à savoir, l’émergence de la classe ouvrière à travers le monde. »

Le public a répondu avec enthousiasme aux contributions et à la discussion. Sven Wurm a déclaré en conclusion que les questions abordées lors de la réunion devraient également jouer un rôle central dans les élections régionales de Berlin. Lors de l’élection pour la Chambre des représentants de Berlin, l’organisation sœur du SEP le Partei für Soziale Gleichheit (PSG) y participe pour construire un mouvement anti-guerre international sur la base de la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 6 septembre 2016)