La diatribe fascisante de Trump: En route pour la troisième guerre mondiale

Par Patrick Martin
23 janvier 2017

Le discours prononcé par Donald Trump vendredi lors de son investiture n'a pas de parallèle dans l'histoire américaine. C'était une tirade violente, nationaliste, aux traits distinctement fascistes. Il a proclamé son programme « America First », menaçant les autres pays de conséquences désastreuses s'ils ne se soumettaient pas à ses exigences, à la fois économiques et politiques. 

Le discours était tout sauf un «discours d'investiture» dans le sens d'une esquisse des idéaux généraux auxquels l'administration comptait se consacrer, ou d'une tentative de leur donner une signification universelle, aussi lourde, maladroite ou hypocrite qu'elle soit. 

Dans quelques cas, notamment ceux du président Abraham Lincoln, ces discours sont devenus des références politiques. À l'époque moderne, Franklin Roosevelt a déclaré, pendant la Grande Dépression, que le peuple américain n'avait «rien à craindre que la peur elle-même». 

Le message d'Trump était tout le contraire: « Nous craignons le monde, mais il faut faire en sorte que le monde entier nous craigne ». 

Toute conception selon laquelle, une fois qu'il serait effectivement entré en fonctions, un Trump «présidentiel» émergerait a été rapidement dissipée par ses remarques. Il n'avait qu'un ton de voix: le cri de colère. Le discours a donné une secousse, signalant au monde que le nouveau président américain est un mégalomane hors de contrôle. 

Contrairement aux présidents américains du 20e siècle, qui se posaient en dirigeants du «monde libre» et laissaient entendre que Washington avait un intérêt dans le développement mondial, Trump traite les pays étrangers d'ennemis économiques, responsables de la crise du capitalisme américain. « Nous devons protéger nos frontières des ravages d'autres pays qui fabriquent nos produits, volent nos entreprises et détruisent nos emplois », a-t-il déclaré. 

Trump a remporté les élections dans des États industriels et économiquement sinistrés, dont la Pennsylvanie, l'Ohio, le Michigan et le Wisconsin ; il exploitait cyniquement la dévastation sociale dans les villes industrielles et les zones rurales, offrant une solution réactionnaire et fausse à la crise basée sur le nationalisme économique. 

C'était le thème principal de son discours inaugural: «Nous avons enrichi l'industrie étrangère aux dépens de l'industrie américaine ... et dépensé des milliards et des milliards de dollars à l'étranger alors que l'infrastructure américaine tombait en ruines. Nous avons enrichi d'autres pays, tandis que la richesse, la force et la confiance de notre pays se dissipait au-delà de l'horizon ». 

Trump a résumé sa perspective chauvine par la phrase: «La richesse de notre classe moyenne a été arrachée de leurs foyers puis redistribuée partout dans le monde». Faux! La richesse produite par les travailleurs a en effet été volée et «redistribuée», mais pas aux étrangers. Elle a été saisie par les capitalistes américains - la petite élite d'aristocrates financiers, y compris Trump lui-même et une grande partie de son cabinet, de milliardaires et multi-millionnaires.

Le «grand mensonge» d'Hitler était de tenir les Juifs responsables, et non les capitalistes, des conséquences dévastatrices de la crise qui a produit la Grande Dépression des années 1930. Le «grand mensonge» de Trump propose un bouc émissaire différent pour détourner la colère populaire sur la crise économique qui a éclaté en 2008, mais il est tout aussi faux et réactionnaire.

Comme en Allemagne dans les années 1930, la perspective de restaurer la grandeur nationale grâce à l'autarcie économique et à l'expansion militaire mène à la guerre. Le discours de Trump souligne la justesse de la perspective avancée par le Parti de l’égalité socialiste: la croissance du militarisme américain au cours du dernier quart de siècle découle de l'effort de l'élite dirigeante américaine de trouver une solution violente au déclin économique à long terme des États-Unis.

Le discours de Trump était criblé de langage tiré du vocabulaire fasciste, avec l'aide sans doute de son principal aide politique, Stephen K. Bannon, ancien chef de Breitbart News, un refuge pour les «nationalistes blancs», c'est-à-dire les suprémacistes blancs, les antisémites et les néonazis.

Le nouveau président a déclaré: «Nous partageons un cœur, un foyer et un destin glorieux». Il a exigé «une allégeance totale aux États-Unis d'Amérique», a salué «les grands hommes et femmes de nos forces armées et de la police», a prôné «une nouvelle fierté nationale», et a conclu que «nous saignons tous le même sang rouge de patriotes».

Sa promesse hystérique de détruire «le terrorisme islamique radical, que nous allons éradiquer de la planète» sera considérée comme une menace, légitimement, par les masses du Moyen-Orient et du monde musulman, soit 1,6 milliard de personnes . Trump a déjà déclaré qu'il faut leut interdire l'entrée aux Etats-Unis.

On considérera le discours de Trump comme une déclaration de guerre non seulement à Pékin, Moscou et Téhéran, mais aussi à Berlin, Paris, Londres et Tokyo. En disant que «c'est le droit de toute nation de défendre ses propres intérêts d’abord », il annonçait le début d'une lutte entre les grandes puissances impérialistes pour les marchés, les matières premières, la main-d'œuvre bon marché, et les positions stratégiques. La logique inexorable de cette lutte mène à la guerre mondiale.

La politique extrême, militariste et nationaliste, de Trump a les implications les plus sinistres pour les droits démocratiques du peuple américain. Il représente une oligarchie financière qui ne tolérera aucune opposition, de l’étranger ou de l’intérieur. L'appel à une forteresse Amérique mobilisée contre le reste du monde, signifie une tentative d'étrangler l'opposition politique.

Le discours de Trump a laissé de côté la rhétorique démocratique traditionnelle dans de pareilles inaugurations. Il n'y a eu ni hommage au processus électoral, ni d'appel aux dizaines de millions de personnes qui n'ont pas voté pour lui, et non plus d'assurances aux opposants que leurs droits seront respectés ou de promesse d'être le président de «tout le peuple». Il n'a même pas dit qu'il avait obtenu que 44 pour cent des voix, presque trois millions de voix de moins que son adversaire démocrate, Hillary Clinton.

Au contraire, Trump a dénoncé «un petit groupe dans la capitale de notre pays», les «politiciens» et «l’establishment», bref tous ceux qui étaient assis autour de lui dans la façade ouest du Capitole : les représentants du Congrès, les sénateurs, les anciens présidents. Il a déclaré qu'ils seraient privés de tout pouvoir parce que «nous transférons le pouvoir de Washington, DC et nous vous le rendons, au peuple». Trump lui-même, bien sûr, doit agir en tant que remplaçant du «peuple».

Il n'y a qu'une seule conclusion politiquement sérieuse à tirer de cette inauguration. Trump cherche à développer un mouvement fascisant américain, offrant un faux ennemi à qui attributer les crimes et les échecs du capitalisme, diabolisant toute personne qui s’opposé à ses politiques en la traitant de déloyale, et en se présentant comme la personnification de la volonté populaire.

Trump a rassemblé un cabinet ministériel de milliardaires, d'idéologues de droite et d'anciens généraux. Trump ira beaucoup plus loin que ce que l'on imagine dans ses guerres, ses atteintes aux droits démocratiques et ses attaques contre les emplois et les conditions de vie des travailleurs.

Le Parti démocrate ne s'opposera pas à Trump. Sa direction est resté impassible devant la diatribe militariste et anti-démocratique de Trump comme s’ils écoutaient un discours politique « normal ». Pendant la période de transition, Obama a encouragé la complaisance à l’égard du nouveau gouvernement, tandis que les démocrates du Congrès promettaient de travailler avec Trump et d'adopter son nationalisme économique réactionnaire.

Les travailleurs vont vivre d’énormes chocs. Quelle que soit la confusion initiale, qu'ils aient voté pour Clinton ou pour Trump, ou qu'ils aient refusé de trancher entre les deux, ils apprendront rapidement que ce gouvernement est leur ennemi. Le capitalisme américain s'est lancé sur la route du désastre. Rien ne l'arrêtera en dehors d'un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 21 janvier 2017)