Les travailleurs allemands de l’automobile soutiennent les travailleurs de Maruti Suzuki

Par nos correspondants
12 avril 2017
Des travailleurs de l'usine d'assemblage de camions de Warren

La semaine dernière, lors d’entretiens avec une équipe du World Socialist Web Site, les travailleurs de l’usine Opel de Rüsselsheim, en Allemagne, ont exprimé leur solidarité avec les travailleurs de Maruti Suzuki en Inde. Beaucoup d’entre eux avaient lu durant leur travail le tract d’information distribué le matin devant l’usine par les partisans du Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste, SGP), et ont discuté avec le WSWS en fin de poste.

Changement d’équipe à Opel-Rüsselsheim

Le mois dernier, un juge de l’État d’Haryana au nord de l’Inde a condamné à la prison à vie 13 travailleurs de Maruti Suzuki. Il s’agit d’un acte de représailles brutal contre les travailleurs de l’automobile qui avaient mené une longue lutte contre des salaires médiocres et des conditions de travail dignes du 19 siècle qui prévalent dans les usines indiennes et les zones économiques spéciales.

Le Comité international de la Quatrième Internationale a lancé une campagne internationale et une pétition en ligne pour exiger la libération immédiate de ces travailleurs.

General Motors a vendu récemment au constructeur automobile français Peugeot ses divisions Opel et Vauxhall. Cette prise de décision menace les emplois des travailleurs de l’automobile en Allemagne, au Royaume-Uni, en France et dans d’autres pays. Les militants du SGP se sont entretenus avec les travailleurs au moment même où le comité d’entreprise d’Opel et les dirigeants syndicaux de l’IG Metall se réunissaient avec les dirigeants de Peugeot pour planifier de futures concessions et de suppressions d’emplois.

Les travailleurs de Rüsselsheim ont exprimé leur soutien pour unifier les travailleurs de l’automobile à l’échelle internationale afin de résister aux attaques perpétrées contre les emplois et les niveaux de vie. Certains travailleurs ont immédiatement souligné les parallèles avec leur propre situation.

Un travailleur s’informe sur l’affaire Maruti Suzuki

Tobias H., un travailleur d’Opel, qui travaille à Rüsselsheim depuis 27 ans, a qualifié le traitement des travailleurs indiens de « scandale ». « Oui, j’ai lu le dépliant », a déclaré Tobias. « C’est un complot où les magistrats rendent leur jugement exclusivement au nom des patrons. Ils doivent être défendus. Ce devrait être : “Un pour tous, et tous pour un”. »

En parlant du Comité d’entreprise et du syndicat chez Opel, Tobias a dit : « L’on ne peut plus compter sur le comité d’entreprise et IG Metall. Nous avons traversé ces dernières années des périodes difficiles. Nous n’avons par exemple reçu aucune information fiable et seulement après coup, une fois que tout avait été examiné et décidé. Je ne savais pas, par exemple, qu’ils rencontraient aujourd’hui à Berlin [le patron de Peugeot] Tavares. »

« À mon avis, cette réunion à Berlin est une grande conspiration entre l’IG Metall et les patrons », a ajouté Giovanni, qui travaille depuis 40 ans pour Opel. « Pourquoi ne nous ont-ils rien dit lors de la dernière assemblée générale de l’usine ? Vendredi, nous avons eu une réunion et puis elle a été interrompue sans que personne ne nous dise pourquoi. »

Un collègue polonais a souligné être content de travailler à Rüsselsheim et pas en Pologne à Gliwice ou à Tychy, où les travailleurs gagnent beaucoup moins. « Ils nous montent les uns contre les autres. Cela signifie que nous ne pouvons rien faire. »

Deux travailleurs marocains ont dit avoir lu que les travailleurs de Maruti Suzuki avaient été condamnés à la réclusion à perpétuité. « C’est très, très grave », a renchéri l’un d’entre eux. Ces travailleurs ont déclaré devoir rester prudents parce que « Quiconque se rebiffe ici est immédiatement puni. Nous avons tous des familles. On peut seulement espérer que de telles méthodes ne seront pas appliquées ici. »

Heiner K., un travailleur qui a près de 20 années d’expérience à son actif dans le travail à la chaîne à Rüsselsheim, a également déclaré qu’il n’avait « plus confiance en l’IG Metall », bien qu’il soit encore membre. Mais, au cours de ces dernières années, trop de choses se sont passées. « La pression ne cesse d’augmenter et il y a des cas de harcèlement à l’usine. Nous en avons tous marre. Le comité d’entreprise et le conseil d’administration sont tous dans le même bateau. »

Au sujet de l’emprisonnement des travailleurs de Maruti Suzuki, Heiner a précisé : « C’est méprisable, un véritable coup monté contre ces collègues. Je signerai la pétition en ligne. »

Un autre travailleur a pris le tract en promettant de signer la pétition. Puis, il a demandé : « Que pensez-vous du boycott contre la Russie ? Ils sont vraiment en train de préparer la guerre ; l’Allemagne veut une nouvelle guerre. » Les militants du SGP ont partagé son avis en ajoutant que seul un mouvement anti-guerre international, fondé sur la classe ouvrière et luttant pour le socialisme, pourra stopper la course vers la troisième guerre mondiale. La lutte pour la défense des travailleurs de Maruti Suzuki fait partie de la lutte pour l’unification de la classe ouvrière internationale.

René

« La pétition est exactement ce qu’il faut comme réponse », a dit son collègue. « C’est révoltant ce qu’ils font à ces travailleurs indiens. »

Fatih, un ouvrier de 40 ans d’origine turque et qui travaille chez Opel, a déclaré : « Je signerai à coup sûr la pétition. Je pense que c’est une bonne chose de mener cette campagne. »

René travaille dans le service production et surveille l’approvisionne des chaînes de production en pièces. Il a également lu le dépliant sur Maruti Suzuki et a déclaré : « C’est effectivement hors du commun. Il me semble que c’est une conspiration judiciaire. Je pense que tout travailleur doit pouvoir se battre pour ses droits sans être jeté en prison. » Il a promis de signer la pétition.

(Article original paru le 10 avril 2017)