Les manifestants anti-AfD à Cologne soutiennent la lutte de l’IYSSE pour la liberté d’expression à l’université Humboldt

Par nos correspondants
1 mai 2017

Samedi lors des manifestations organisées à Cologne contre la tenue du congrès du parti d’extrême-droite AfD, l’IYSSE (International Youth and Students for Social Equality, Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale) et le Parti de l’égalité socialiste (Sozialistische Gleichheitspartei, SGP) ont distribué des milliers de copies de la brochure « La défense de la vérité historique et la lutte contre l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) ». Près d’un manifestant sur deux a pris le tract, il y avait un peu plus de 10 000 participants réunis, et un grand nombre d’entre eux s’empressa de le lire immédiatement pour en discuter avec les membres de l’IYSSE et du SGP.

Discussion au stand du SGP

Le tract rend compte des événements survenus à l’université Humboldt de Berlin, où l’administration de l’université cherche à étouffer toute critique des professeurs de droite. La présidence de l’université Humboldt a déclaré « inacceptable » toute critique contre l’historien de l’Europe orientale, Jörg Baberowski, et a menacé de poursuivre en justice ses critiques, alors qu’un tribunal de Cologne a statué que Baberowski pouvait être qualifié d’extrémiste de droite.

Les manifestations contre l’AfD, qui a encore davantage viré à droite lors de son congrès, ont été accompagnées par une forte présence policière. Quatre mille policiers en tenue de combat ont été déployés pour protéger le congrès du parti et intimider les manifestants. La police a imposé une interdiction de survol de la zone. En plus des unités spéciales et des canons à eau, des centres de détention pour les « fauteurs de troubles » furent établis dans les villes avoisinantes de Brühl et de Bonn, au cas où les cellules de prison de Cologne se révéleraient insuffisantes.

Pour la police de Cologne qui est soutenue par les forces de police de toute la Rhénanie-du-Nord-Westphalie et de l’ensemble du territoire, c’était la plus grande opération de son histoire. Avant la manifestation, le président de la police de Cologne, Jürgen Mathies, avait mis en garde contre des émeutes en déclarant : « Nous sommes très préoccupés. » Les manifestations furent cependant pacifiques.

Le tract du SGP/IYSSE établi un lien direct entre la croissance de l’AfD et « l’augmentation du militarisme, le renforcement de l’arsenal de la police et de l’appareil de surveillance ainsi que la politique inhumaine envers les réfugiés pratiquée par l’Union européenne. » « La classe dirigeante est consciente que le retour au militarisme et à la politique de grande puissance est confrontée à une opposition accablante au vu de l’expérience de deux guerres mondiales. C’est pourquoi, elle doit réécrire l’histoire et blanchir les crimes de l’impérialisme allemand, » précisait le tract.

C’est dans ce contexte que le tract a rendu compte des événements survenus à l’université Humboldt. De nombreuses déclarations de Baberowski y furent citées, celles-ci banalisent le national-socialisme (le nazisme) et la guerre d’extermination à l’Est. En février 2014, par exemple, il avait déclaré au grand magazine d’actualités Der Spiegel, que « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel » et avait défendu l’apologiste des nazis Ernst Nolte. Cette relativisation des crimes du nazisme va de pair avec les déclarations dirigées contre les réfugiés et le soutien à la guerre et à la violence.

Les critiques à l’égard de telles positions, qui ne diffèrent pas de celles de l’AfD, doivent maintenant être interdites selon la décision de la présidente de l’université Humboldt, Sabine Kunst. Kunst est une politicienne du Parti social-démocrate (SPD), comme Hannelore Kraft, la première ministre de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui s’était rendue à Cologne pour s’exprimer contre l’AfD. Ceci souligne le fait que le SPD, qui a repris à son compte de larges parties du programme anti-immigration et sécuritaire de l’AfD, ne s’oppose pas sérieusement à ce parti d’extrême-droite. Pour Kraft il s’agit uniquement de gagner des votes pour les élections régionales du 14 mai prochain.

Une pancarte faite maison (Ensemble, Tolérance, Europe, Perspectives, Équité)

Les manifestants, en général des jeunes, ont exprimé leur dégoût envers la politique de l’AfD. Nombre d’entre eux brandissaient des pancartes et des affiches qu’ils avaient réalisées eux-mêmes prônant la tolérance, l’égalité, la dignité humaine et la solidarité, en rejetant le racisme, la xénophobie et les sentiments anti-immigrés.

La plupart étaient horrifiés en lisant ce que Baberowski a dit et écrit ; ils furent indignés d’apprendre que les critiques de ces points de vue étaient jugées « inacceptables. » « C’est inadmissible », « Cela ne devrait pas arriver », « incroyable » telles furent quelques-unes des premières réactions recueillies. Certains se sont renseignés en demandant : « Vous parlez d’une université ici en Allemagne, à Berlin ? » C’est surtout l’affirmation de Baberowski selon laquelle Hitler n’était pas cruel qui a horrifié beaucoup de gens. Ils ont estimé que c’était un scandale qu’il soit interdit de critiquer de tels propos.

Un jeune homme originaire de Yougoslavie et qui était surtout venu pour protéger sa petite sœur a déclaré : « Récemment, à l’issue d’une manifestation contre l’extrême-droite elle avait été encerclée par des nazis et je veux veiller sur elle. » Il voulait également protester contre les manigances des grandes banques, a-t-il dit. « En les regardant, en peut se faire une idée de qui est responsable de la pauvreté et de l’injustice. ». Il a souligné qu’elles étaient aussi responsables de la montée des partis de droite.

Après avoir lu le tract, il a dit ne pas avoir entendu parler de ce qui se passait à l’université Humboldt auparavant. « C’est incroyable que quelqu’un puisse dire de pareilles choses et être soutenu pour l’avoir dit. »

Yannik, un étudiant de 21 ans de Brême, était au courant de l’affaire Baberowski : « J’ai suivi la discussion avec l’ASta (Comité général des étudiants) de l’université de Brême. » Le professeur avait essayé d’empêcher que l’ASta le critique, a-t-il dit. « Il est inutile de discuter plus longtemps de Baberowski. C’est clair, c’est un extrémiste de droite. »

En apprenant que l’on empêchait les membres de l’IYSSE de distribuer des tracts à l’HU, il a remarqué : « Interdire le tractage et réclamer en même temps un débat [comme le fait Kunst] est insensé. »

Merlin

Après avoir lu le tract du SGP/IYSSE Merlin a dit : « C’est vraiment grave que la critique contre Baberowski soit neutralisée. » Il s’est montré très préoccupé par ces développements : « Le mouvement contre de tels points de vue doit croître plus rapidement que le développement de l’extrême-droite. »

Un couple plus âgé s’est souvenu de sa propre jeunesse : « Dans les années 1980, il n’aurait pas été possible de défendre quelqu’un qui relativisait l’Holocauste. Mais se servir de la liberté de la science comme argument, on en sait quelque chose. C’est ainsi que les crimes historiques des nazis ont été défendus lors de l’Historikerstreit [Querelle des historiens, entre Nolte et d’autres historiens au milieu des années 1980] par ceux qui mentaient sur ces crimes. »

Maximiliane est en train de passer son bac et est à la cherche d’une université. Elle a dit : « C’est insensé qu’une telle personne puisse enseigner. » Pour en savoir plus à ce sujet et connaître les enjeux, elle a acheté un exemplaire du livre « Wissenschaft oder Kriegspropaganda » (Science ou propagande de guerre) qui examine en détail les positions de Baberowski et d’autres professeurs tout comme le contexte dans lequel évolue le conflit à l’Université Humboldt.

De nombreux manifestants ont salué le travail réalisé par le SGP et l’IYSSE et leur ont souhaité de réussir dans cette tâche.

(Article original paru le 26 avril 2017)