Allemagne : le parlement étudiant de l’université Humboldt refuse tout soutien à Baberowski

Par nos correspondants
1 mai 2017

Le parlement étudiant de l’université Humboldt (StuPa) à Berlin a adopté à une écrasante majorité une résolution condamnant l’administration de l’université pour avoir publié un communiqué déclarant que les critiques contre le professeur de droite Jörg Baberowski étaient « inacceptables. ». Le StuPa a exigé que l’administration de l’université retire sa déclaration publique de soutien à Baberowski.

La motion, intitulée « Pour la liberté d’expression à l’université Humboldt », avait été soumise par Sven Wurm, le porte-parole de l’International Youth and Students for Social Equality (Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale, IYSSE) à l’université Humboldt. Le texte avait été formulé suite à deux incidents où le personnel de sécurité avait ordonné aux membres de l’IYSSE de cesser de distribuer des tracts à l’université.

Wurm a passé en revue les positions politiques de Baberowski, dont notamment la relativisation des crimes du Troisième Reich. En 2014, Baberowski avait déclaré dans un entretien accorde a Der Spiegel : « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel. Il ne voulait pas que les gens parlent de l’extermination des Juifs à sa table. » Wurm a aussi fait référence aux attaques de droite de Baberowski contre l’admission des réfugiés en Allemagne, qui correspondent à celles du parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD).

D’autres représentants de l’IYSSE ont attiré l’attention sur l’opposition croissante à Baberowski parmi les groupes d’étudiants partout en Allemagne, notamment à Brême, Hambourg, Lüneburg et Heidelberg.

La lecture d’extraits des écrits de Baberowski a suscité une vive indignation parmi les représentants des étudiants. Un membre de la liste Queer-feministische LGBT*I*Q*-Liste a indiqué que Baberowski était un extrémiste de droite et a proposé de renforcer la résolution de l’IYSSE en exigeant que l’administration de Humboldt retire explicitement son soutien au professeur. Le groupe de l’IYSSE a accepté cet amendement. La résolution soumise au vote est celle-ci :

Le parlement étudiant demande à l’administration de l’université de condamner dans les termes les plus clairs les points de vue droitiers et anti-réfugiés. En contradiction flagrante avec la prétendue politique d’accueil des réfugiés de l’université, l’administration se cache derrière une “liberté de la science” en tolérant ainsi la propagande extrémiste de droite. Nous exigeons que l’administration de l’université se démarque publiquement de ses declarations de solidarité à l’égard du professeur Baberowski.

Une longue liste d’intervenants a soutenu la résolution, y compris les représentants de la liste de gauche (Linken Liste) et de la liste des humanistes laïcs (Säkular-humanistischen Liste). La motion fut adoptée à une grande majorité avec 40 voix pour, quatre contre et six abstentions. Mise à part la fédération des étudiants chrétiens-démocrates (RCDS) proche de la CDU, et la liste Power of Science (Le pouvoir de la science), tous les autres représentants ont voté en faveur de la motion.

Le vote du parlement étudiant s’était déroulé dans le contexte d’une virulente campagne conduite par les médias capitalistes afin de prendre fait et cause pour Baberowski et de dénoncer le Sozialistische Gleichheitspartei (SGP), l’IYSSE et le World Socialist Web Site.

Les articles parus dans les principaux journaux capitalistes, dont le Frankfurter Allgemeine Zeitung, Die Welt, Die Zeit et le Süddeutsche Zeitung, ont recouru aux calomnies les plus grossières contre le SGP et le WSWS dans une tentative flagrante d’exacerber l’opinion publique d’extrême-droite.

Cette campagne droitière coordonnée eut pourtant l’effet contraire de ce que les chasseurs de sorcières réactionnaires avaient escompté. L’opposition aux opinions de Baberowski est en train de se consolider parmi les étudiants, non seulement à Humboldt mais aussi dans les universités de l’ensemble du pays.

Dans un autre développement notable, le quotidien Der Tagesspiegel de Berlin, l’un des principaux journaux de la capitale allemande, a publié un long article dans son édition de vendredi examinant les positions avancées par Baberowski qui furent contestées par le SGP. Les conclusions du Tagesspiegel ont sévèrement critiqué tant la tentative de Baberowski que celle de l’université Humboldt d’étouffer tout débat public.

(Article original paru le 29 avril 2017)