L’IYSSE exige que l’université Humboldt retire sa déclaration de soutien au professeur d’extrême-droite Jörg Baberowski

Par l’IYSSE à l’université Humboldt
10 juin 2017

Après l’échec de l’action en justice intentée par le professeur Jörg Baberowski contre les étudiants de Brême, l’International Youth and Students for Social Equality (IYSSE, Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale) ont adressé une lettre ouverte à Sabine Kunst, la présidente de l’Université Humboldt de Berlin, lui demandant de revenir sur sa déclaration de soutien au professeur d’extrême-droite.

Lettre ouverte à Madame Sabine Kunst, Présidente de l’université Humboldt,

Madame la Présidente,

Le 1ᵉʳ juin, le professeur Jörg Baberowski a retiré son action en justice intentée contre le Comité général des étudiants (ASTA) de l’Université de Brême. Il a ainsi évité un échec imminent devant la cour d’appel de Cologne (Oberlandesgericht, OLG) auprès de laquelle l’ASTA avait interjeté appel de l’arrêt du 15 mars du tribunal de grande instance de Cologne qui lui interdisait de faire certaines déclarations au sujet de Baberowski.

Durant la procédure orale, les juges de la cour d’appel avaient clairement fait comprendre vouloir infirmer l’arrêt de la juridiction inférieure. Par le retrait de la plainte, Baberowski a évité que les arguments des juges ne figurent par écrit dans un jugement officiel. Ce qui aurait eu pour lui des conséquences catastrophiques. Toutefois, il devra prendre en charge les frais du procès, et le jugement rendu le 15 mars par le tribunal de grande instance de Cologne est devenu caduc.

L’ASTA de Brême peut désormais déclarer sans crainte de représailles que « Baberowski diffuse des thèses d’une brutalité effrayante en glorifiant la violence et en banalisant les incendies criminels et le harcèlement de centres pour réfugiés comme étant la réaction naturelle de citoyens mécontents ; il conçoit une haine aveugle à l’égard des gens et prône le racisme et des positions d’extrême-droite », comme l’ont écrit le Frankfurter Rundschau et Der Tagesspiegel.

En mars dans un communiqué public, la présidence de l’Université Humboldt et le service du doyen de la Faculté de Philosophie I avaient apporté leur soutien au professeur Baberowski. Ils l’ont posé comme victime d’une attaque contre la liberté de la science en déclarant que toute critique à son égard était « inacceptable » et en brandissant la menace de poursuites pénales à l’encontre de ses critiques.

Nous attendons de vous que vous respectiez l’avis de la cour d’appel en réfutant immédiatement publiquement cette déclaration et en la retirant du site Internet officiel de l’Université Humboldt. Cet avis est fondé sur l’arrêt prononcé par la juridiction inférieure et qui, avec le retrait de la plainte, vient d’être invalidé. Nous espérons également qu’à l’avenir vous ne recourrez pas à l’intimidation ou à la discrimination à l’encontre d’étudiants qui critiquent la glorification de la violence et les opinions politiques d’extrême-droite de Jörg Baberowski.

Cela est d’autant plus nécessaire que l’OLG de Cologne a expressément constaté que la critique formulée par l’ASTA n’était pas une attaque contre la liberté de recherche scientifique, mais un différend légitime reposant sur les opinions politiques d’extrême-droite de Baberowski. L’historien ne peut « s’appuyer sur la liberté scientifique parce que ses déclarations ont été faites lors de discussions relatives à des questions controversées de la politique du jour », a écrit le Frankfurter Rundschau en résumant les constations de la cour.

La présidente de la 15 chambre civile de la cour d’appel, Margarete Reske, a indiqué lors de la procédure orale que Baberowski s’était aventuré sur un terrain où il fallait être disposé à faire face à de telles critiques acerbes au nom du débat public (Öffentlicher Meinungskampf). Certes, Baberowski doit être protégé contre des citations erronées a ajouté la juge.

Le professeur Andreas Fischer-Lescano, qui dirige le Centre de politique juridique européenne de l’Université de Brême a fait remarquer dans une tribune libre au journal Weser-Kurier : « Lors de la procédure d’appel, la cour a précisé que les déclarations des étudiants étaient de toute évidence couvertes par le droit à la liberté d’opinion. »

Le reproche formulé en mars dans la déclaration de la présidence de l’Université Humboldt selon quoi Baberowski aurait été cité « de façon erronée en dénaturant le sens » de ce qu’il avait écrit, ce qui constituerait une « atteinte au droit de sa personne » par des « citations […] tirées de leur contexte et donc inexactes » fut explicitement rejeté par l’OLG. La cour a estimé que « les passages omis n’auraient pas fondamentalement modifié les déclarations citées », a déclaré un porte-parole de la cour au journal Frankfurter Rundschau.

La cour a rejeté l’avis selon lequel Baberowski s’était distancé de l’utilisation de moyens violents en disant lors d’une table ronde organisée au Musée de l’histoire « et si l’on ne veut pas prendre des otages, brûler des villages, pendre les gens et semer la peur et la terreur, comme le font les terroristes, si l’on n’est pas prêt à faire de telles choses, alors on ne pourra jamais gagner ce genre de conflit. »

La cour a conclu que Baberowski défendait l’idée que l’on ne pouvait gagner la guerre contre le terrorisme qu’en employant des méthodes terroristes. Elle a également estimé que la déclaration n’était pas ambiguë car ne voyant pas quel autre sens la déclaration pourrait avoir.

Suite à l’aboutissement de la procédure à Cologne, la présidence de l’université ne peut plus désormais prétendre protéger la liberté de la recherche scientifique et défendre contre des calomnies infondées un érudit « dont l’intégrité est au-dessus de tout soupçon ». L’OLG n’a laissé planer aucun doute que la critique à l’égard de Baberowski était justifiée et couverte par le droit à la liberté d’opinion. L’enjeu était de garantir que « les préjugés racistes et les actes xénophobes puissent être critiqués dans les universités », a précisé le professeur Fischer-Lescano dans l’article précité.

Dans ces conditions, le fait de défendre Baberowski contre ses critiques équivaut à défendre ses opinions politiques d’extrême-droite. Nous nous attendons donc à ce que la présidence de l’université reconnaisse l’avis de la cour d’appel de Cologne en publiant une déclaration répudiant publiquement celle de mars dernier.

Nous faisons suivre cette lettre à tous les professeurs signataires de la déclaration de la direction de l’Université Humboldt, en leur demandant tous de retirer leurs signatures. Suite à l’échec de Baberowski devant la plus haute juridiction, il n’est plus possible de justifier sa défense par une solidarité universitaire infondée.

Veuillez agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes salutations les meilleures.

Sven Wurm

Porte-parole du groupe étudiant de I’YSSE de l’université Humbodt et étudiant à l’Institut d’histoire [Geschichtswissenschaften – IfG]

(Article original paru le 9 juin 2017)