Le parasitisme financier mondial et la stratégie politique de la classe ouvrière

Par Nick Beams
13 juillet 2017

La déclaration rédigée par Joseph Kishore et David North au nom du Comité politique du Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) le 13 juin dernier (Révolution de palais ou lutte des classes : la crise politique à Washington et la stratégie de la classe ouvrière) dégage les processus objectifs qui attisent la lutte de classe aux États-Unis et la stratégie à adopter et pour laquelle il faut lutter pour bâtir un mouvement socialiste de masse.

Leur analyse est fermement fondée sur une conception d’importance vitale avancée par Marx lorsqu’il expliqua que le rôle révolutionnaire de la classe ouvrière n’était pas déterminé par le fait qu’ «Il ne s’agit pas de savoir quel but tel ou tel prolétaire, ou même le prolétariat tout entier, se représente momentanément. Il s’agit de savoir ce que le prolétariat est et ce qu’il sera obligé historiquement de faire, conformément à cet être. Son but et son action historique lui sont tracés, de manière tangible et irrévocable, dans sa propre situation, comme dans toute l’organisation de la société bourgeoise actuelle.» [1]

Dans son élaboration de la stratégie politique requise pour la classe ouvrière américaine, la déclaration expose donc la «situation» de celle-ci :

«Il existe de nombreux signes de colère sociale croissante parmi de larges couches de la classe ouvrière, pour qui les conditions de vie deviennent intolérables. Les anciennes expressions utilisées dans le passé pour décrire la vie aux États-Unis – «la terre d’opportunités illimitées», «le rêve américain», etc., sont devenues caduques, car elles n’ont aucun rapport avec la réalité. Il devient évident pour la grande masse de travailleurs que la société existante sert exclusivement les intérêts de ceux qui sont déjà très riches. L’accès aux besoins essentiels de la vie, tels qu’une éducation de qualité, un environnement sûr, un logement décent, un emploi stable, un temps de loisirs adéquat et des soins médicaux abordables, est déterminé à la naissance, c’est-à-dire par la classe et le statut économique de la famille dans laquelle un individu est né.»

Changer ce qui doit être changé – c’est-à-dire les différentes façons dont la classe capitaliste et ses défenseurs dans tous les pays cherchent à promouvoir la société sur laquelle ils président comme le meilleur des mondes possibles – il est clair que la caractérisation de la situation aux États-Unis s’applique tout autant à l’échelle internationale.

La colère sociale croissante à laquelle fait référence la déclaration est également un phénomène international qui se manifeste dans les observations de certains des commentateurs politiques les plus perspicaces.

Le mois dernier, Wolfgang Munchau, commentateur sur l’économie européenne pour le Financial Times, a souligné les résultats surprenants du référendum italien de l’an dernier tenu par le premier ministre Matteo Renzi maintenant expulsé, du référendum sur le Brexit lancé par le premier ministre britannique David Cameron, et du résultat des élections britanniques du 8 juin – qui se sont tous soldés par des résultats opposés à ce que les sondages d’opinion avaient indiqué.

Les résultats en France ont été encore plus extrêmes, où l’électorat «a réussi à éradiquer pratiquement tout l’establishment politique dans une courte séquence d’élections».

«Dans tous ces pays, écrit Munchau, la crise financière mondiale est devenue un tournant historique provoqué par les effets de la résolution de la crise sur la répartition des revenus et la qualité des conditions prévalant dans le secteur public.»

Reflétant le sentiment croissant d’étonnement vécu par les sections des classes dirigeantes confrontées à l’opposition croissante venant de la base, Munchau note que la crise financière remet en question non seulement les longues croyances en matière de politiques économiques et de réglementations financières, mais aussi «les façons dont nous pensons à la politique».

Les modèles économiques et politiques antérieurs se sont effondrés et la crise financière a transformé ce qui semblait être un environnement extérieur politique et financier stable en un système «dynamique», dont la principale caractéristique est l’«incertitude radicale». Munchau était bien en mal d’offrir quelque remède que ce soit à l’establishment politique pour lequel il parle afin de résoudre cette situation, se limitant à conseiller que le mieux que l’on pouvait faire était de «tenter de passer au travers en gardant les yeux bien ouverts».

Mais il n’a aucun doute quant à certaines des conséquences à long terme de la crise, lorsqu’il conclut : «Une fois que nous aurons accepté que notre monde mondialisé présente les caractéristiques d’un système dynamique, bon nombre de nos hypothèses tomberont comme des dominos, et il en sera de même des partis politiques qui s’accrochent à elles.»

Un commentaire intitulé «Has Western-style democracy become too expensive for capitalism?» (La démocratie de style occidental devient-elle trop coûteuse pour le capitalisme?) publié le 14 juin dans le Financial Times par Michael Power, un stratège de chez Investec Management, souligne certaines des tendances économiques sous-jacentes qui alimentent cette colère sociale croissante.

Power cite le rapport McKinsey qui révèle que près de 70 % des ménages des 25 économies les plus avancées de la planète, soit quelque 560 millions de personnes, ont vu leurs revenus réels chuter ou stagner depuis 2005, et qu’aux États-Unis, il y a eu une baisse de 12 % du revenu médian réel des ménages depuis 2000.

Power écrit: «La principale raison pour laquelle la démocratie occidentale est en déclin, c’est parce que son maître d’œuvre capitaliste ne peut plus se permettre les exigences financières que lui impose la démocratie à part entière.»

La revendication politique de la démocratie n’a pu cohabiter avec l’économie capitaliste pendant un siècle qu’en raison de la redistribution des revenus au moyen des taxes et d’un système de protection sociale dans ce que Power appelle le subventionnement des laissés pour compte.

«Cela a convaincu ceux dont les moyens de subsistance nécessitent des subventions de soutenir ce mariage de commodité. La montée du populisme [terme utilisé par Power et nombre d’autres commentateurs bourgeois pour désigner la colère sociale de la classe ouvrière], l’aggravation de l’écart entre les générations et la croissance des mouvements politiques anti-establishment aux deux extrêmes du spectre politique suggèrent que ce grand marchandage pourrait être en train de perdre de son attrait. Cette cohabitation est menacée parce que les excédents économiques générés ne peuvent plus couvrir le niveau de demandes politiques de subventionnements.»

Power est incapable de répondre à la question évidente posée par son analyse: pourquoi, en dépit de l’énorme croissance des forces productives résultant des développements technologiques, la position sociale de la classe ouvrière empire-t-elle?

Nous verrons cette raison un peu plus loin dans cet article. Power indique toutefois certaines de ses conséquences. Ainsi, il ne voit pas quelque perspective de rétablissement que ce soit du «grand marchandage» dans le cadre économique actuel, faisant remarquer qu’aux États-Unis le taux de croissance a diminué, passant de 3,5 % à 2 %.

De plus, souligne Power en citant le travail de l’économiste français Thomas Piketty, les récompenses économiques sont allées vers les couches supérieures – le 1 % le plus riche. Une mutation de cette logique se reflète dans le «désenchantement croissant des jeunes face à cet arrangement inégal, car la plupart sont peu à peu exclus des possibilités d’emploi décentes qui étaient ouvertes à la génération de leurs parents».

Power poursuit: «Les dernières élections au Royaume-Uni – où l’on a vu l’électorat commencer à évoluer vers la gauche dure avec un fort taux de participation chez les moins de 25 ans – et le fait que les jeunes aux États-Unis ont fait du socialiste Bernie Sanders le politicien le plus populaire du pays, sont des indications de cette tendance croissante.»

L’inquiétude au sujet des conséquences politiques du capitalisme post-2008 s’étend aux grandes institutions économiques.

Dans son rapport annuel sur l’emploi publié en juin, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) note que bien que le nombre de personnes employées dans le monde développé ait dépassé les niveaux d’avant la crise, il y a une montée de la colère sociale.

«Alors que la Grande Récession a laissé des cicatrices profondes dans de nombreux pays, il y a un mécontentement économique découlant de la perception que l’intégration économique internationale plus profonde désavantage de nombreux travailleurs tout en offrant la part du lion des bénéfices aux grandes entreprises et à une élite cosmopolite. La perception que le système économique international est “arrangé” contredit clairement la légitimité démocratique des politiques actuelles et doit être prise au sérieux.»

Le rapport note également qu’entre 1995 et 2015, la part des emplois qu’il décrit comme semi-professionnels a diminué de 9,5 points de pourcentage dans la zone de l’OCDE et que cette tendance a été aggravée par une perte cumulative de production par habitant de l’ordre de près de 50 % depuis la crise de 2008.

Notoirement favorable aux politiques économiques de «libre marché», l’OCDE a même concédé quelque chose par voie d’autocritique. Selon l’organisme, il est «important d’évaluer si les choix en matière de politiques du marché du travail – y compris celles qui sont compatibles avec les conseils stratégiques de l’OCDE – n’auraient pas contribué par inadvertance à un modèle de croissance qui n’a pas empêché une part disproportionnée des gains de la croissance économique de bénéficier aux segments de la population ayant des revenus déjà élevés.»

Même s’il reflète la faillite de l’ensemble du cadre de l’élaboration des politiques bourgeoises, le rapport de l’OCDE n’offre aucune solution. Le rapport soutient qu’il faudrait se concentrer sur l’augmentation du niveau de compétences, comme si l’organisme n’était pas conscient de ce qui s’est passé au cours de la dernière décennie et plus encore. Des dizaines de millions de jeunes de partout dans le monde ont justement cherché à augmenter leurs qualifications et leurs compétences dans les universités et les collèges uniquement pour constater une fois diplômés qu’il n’y a pas de postes de disponibles et qu’ils se retrouvent aux prises avec d’énormes dettes étudiantes.

Les descriptions de l’aggravation de la crise économique et sociale du capitalisme et ses conséquences politiques avancées par divers experts et commentateurs bourgeois soulignent le rôle décisif de la crise financière de 2008. Cependant, ces descriptions s’accompagnent de l’illusion que ses effets transformateurs peuvent en quelque sorte être surmontés si seulement une sorte d’ajustement économique – généralement rien d’autre qu’un appel aux gouvernements pour faire attention à la détresse sociale – s’effectue dans le cadre du système capitaliste même.

Une conclusion tout à fait différente s’impose – et cela est décisif pour le développement d’une stratégie politique de la classe ouvrière – lorsqu’on part d’une analyse scientifique des racines de la crise de 2008.

La cause immédiate de la crise réside dans les activités criminelles et semi-criminelles résultant de la financiarisation. Intrinsèquement, la financiarisation, c’est-à-dire la domination de l’économie par les banques, les fonds spéculatifs, les institutions financières et les marchés financiers, implique l’accumulation de bénéfices de façon très différente de celle pendant laquelle on a conclu le soi-disant «grand marchandage».

Dans cette période, l’accumulation des bénéfices était principalement due à l’augmentation des investissements dans la production, ce qui a entraîné une augmentation de la production économique et de l’emploi, ainsi que des salaires et des niveaux de vie réels. Or, ce n’est plus là la forme dominante d’accumulation de profits. Celle-ci a été remplacée par l’accumulation de vastes richesses par le biais d’opérations financières.

Ce serait cependant la plus grande des erreurs que de penser que ce parasitisme et sa domination sur l’économie dans son ensemble sont le résultat des activités d’un «serpent maléfique» qui a réussi à s’infiltrer dans le jardin d’Éden du «libre marché», et que ce processus puisse être inversé si seulement le méchant serpent était écrasé.

L’un des progrès les plus cruciaux apportés par Marx dans la science de l’économie politique a été de faire la distinction entre la plus-value, extraite de la classe ouvrière dans le processus de production capitaliste, et les diverses formes qu’elle revêt alors que les revenus vont aux différents propriétaires – sous forme de bénéfice industriel, de paiements d’intérêts, de loyers et de gains acquis par les opérations sur actions et autres opérations financières. 

La plus-value est la base ultime pour l’expansion du capital. Mais elle est divisée entre les différents propriétaires, qu’ils soient directement impliqués ou non dans son extraction.

L’activité financière des fonds spéculatifs, des investisseurs financiers, des spéculateurs, du marché des obligations et des négociants en devises, etc., implique l’accumulation de bénéfices massifs. Mais ces activités n’impliquent pas l’extraction de plus-value. Elles sont plutôt la façon dont les détenteurs d’argent et d’autres formes de propriété, notamment de nos jours les détenteurs de propriété intellectuelle dans les industries de haute technologie et pharmaceutiques, s’approprient la plus-value créée ailleurs.

Ce processus, dans lequel l’argent semble simplement engendrer de l’argent, n’est pas étranger à la logique fondamentale du capital même : une sorte de «mauvais côté» qui se développe en opposition au «bon côté» de la création de richesse réelle en tant que telle. Il faut toujours se rappeler que la force motrice du capital n’est pas la production de richesse réelle – une augmentation de la production qui permet l’augmentation des salaires, du nombre d’emplois, des services sociaux, etc., – mais l’auto-expansion de la valeur sous forme d’argent. 

Marx a souligné que le processus d’accumulation du capital, c’est-à-dire l’expansion de la valeur, débute et finit avec l’argent, sa «forme indépendante et palpable» et que, par conséquent, «le processus de production apparaît simplement comme un moyen terme inévitable dans le but de gagner de l’argent».

Et comme Marx a commenté : «C’est pourquoi toutes les nations adonnées au mode de production capitaliste sont prises périodiquement du vertige de vouloir faire de l’argent sans l’intermédiaire du procès de production.» [2]

Au cours des trois dernières décennies, et même un peu plus, soit à partir des années 1980, à la place des crises de «vertige», cette forme d’accumulation est venue de plus en plus jouer le rôle central dans l’accumulation des profits, certes surtout aux États-Unis, mais aussi dans d’autres grandes économies développées.

C’est une période qui a été caractérisée par une série de tempêtes financières toujours plus grandes – le scandale américain de l’épargne et des prêts de la fin des années 1980, l’effondrement boursier d’octobre 1987, l’éclatement de la bulle spéculative japonaise de 1990-1991, la correction brutale du marché obligataire de 1994, la crise financière asiatique de 1997-1998, l’effondrement du fonds Long Term Capital Management en 1998 (incitant une opération de sauvetage de la Banque de la Réserve fédérale de New York), la faillite d’Enron et l’éclatement de la bulle internet du marché boursier de haute technologie de 2000-2002 – qui a mené à l’effondrement financier de 2008.

À chaque fois, la réponse des autorités financières à ces tempêtes toujours plus vastes était la même: injecter plus d’argent dans le système financier pour permettre à l’orgie spéculative de continuer.

Il y a eu, cependant, un saut qualitatif dans ce processus après septembre 2008. Il ne s’agissait plus de faire face à l’effondrement d’une entreprise en particulier ou à une crise dans un secteur des marchés financiers, mais bien d’empêcher l’effondrement de tout le système financier mondial dans son ensemble.

Plutôt que de prendre des mesures pour inverser la croissance du parasitisme financier, les autorités gouvernementales et financières l’ont élevé à de nouveaux sommets en injectant de l’argent ultra bon marché dans le système financier. Depuis 2008, en procédant à l’achat d’actifs financiers, la Réserve fédérale américaine à elle seule a multiplié par cinq son solde, le faisant passer de 800 milliards à 4,5 billions de dollars.

Le résultat a été une accumulation de richesses aux échelons supérieurs de la société à une échelle antérieurement inimaginable, à un point tel que huit milliardaires possèdent et contrôlent maintenant plus de richesses que la moitié de toute la population mondiale.

En même temps qu’ils fournissaient des billions de dollars pour alimenter l’accumulation de richesse au sommet de la société, les gouvernements, les banques centrales et les autorités financières se sont lancés dans un assaut féroce et sans fin sur la position sociale de la classe ouvrière.

Ces deux processus – accumulation de richesses fabuleuses à un pôle et salaires et conditions sociales allant toujours en se dégradant de l’autre – sont organiquement liés. En dépit de ses efforts pour tenter de se catapulter dans une sorte de paradis financier où l’argent engendrerait tout simplement de l’argent, le capital ne peut échapper entièrement à ses racines terrestres et cela engendre des contradictions irréconciliables.

Dans la mesure où la finance – c’est-à-dire le capital sous sa forme essentielle en tant qu’argent – se transforme en parasitisme et s’éloigne des investissements productifs, elle est impliquée dans un processus s’apparentant pour ainsi dire au fait de scier la branche de l’arbre sur laquelle elle est assise. Par conséquent, elle intervient activement en exerçant sa domination sur l'ensemble de l’économie pour s’assurer que cela ne se produise pas. Tout en siphonnant la plus-value sous forme de richesses financières, elle exerce une pression énorme pour s’assurer que la masse de la plus-value dans d’autres secteurs de l’économie, dont elle dépend en définitive, augmente. Cela se déroule de deux façons.

Elle s’efforce, en premier lieu, de veiller à ce que, dans tous les domaines de l’économie, l’exploitation de la classe ouvrière s’intensifie grâce à la réduction des salaires réels, à la destruction des conditions de travail, à l’introduction de nouvelles formes de contrats de travail tels le travail temporaire et occasionnel, les contrats zéro heure, etc.

Mais en elles-mêmes, ces mesures ne suffisent pas. Parallèlement, tous les gains sociaux gagnés par la classe ouvrière dans les luttes antérieures – la fourniture de services de santé, l’éducation, les mesures de protection sociale, les pensions, etc. – doivent également être éviscérés.

C’est parce que ces dispositions sociales, qui constituaient un élément clé du soi-disant «grand marchandage», sont, en dernière analyse, une déduction de la masse de plus-value nécessaire à l’auto-expansion du capital. C’est pourquoi, dans tous les pays, quelle que soit la couleur politique du gouvernement du jour, la période écoulée depuis la crise financière de 2008 a vu une intensification des attaques sociales contre la classe ouvrière.

L’examen de l’économie politique du parasitisme, de sa logique essentielle et de ses forces motrices, souligne donc la nécessité énoncée dans la déclaration du SEP (États-Unis) d’unifier les luttes de la classe ouvrière dans les milieux de travail, les communautés, les écoles et les universités autour d’un programme socialiste pour conquérir le pouvoir politique. Dans tous les domaines, quelle que soit la forme immédiate des luttes sociales, les masses ouvrières font face au même ennemi.

Aucun des problèmes économiques, sociaux, politiques ou environnementaux auxquels sont confrontés les travailleurs aux États-Unis, tout comme le reste de l’humanité à l’échelle mondiale, ne peut être résolu sans le renversement du système capitaliste de profit dont les déprédations atteignent chaque recoin et aspect de la vie sociale et individuelle.

Et, comme l’indique la déclaration du SEP, cette lutte revêt, de par son essence même, une portée internationale, car la classe ouvrière de tous les pays confronte le même ennemi formidable – le capital intégré et organisé à l’échelle mondiale. Le capital ne pourra être renversé que par une force encore plus puissante: la classe ouvrière mondiale, unifiée sur la base d’un programme socialiste international.

Pour revenir au point de Marx cité au début de ce commentaire, une stratégie politique cohérente pour la classe ouvrière, telle que décrite dans la déclaration du SEP, doit être basée non pas sur le niveau de conscience actuel – qui subira de nombreux changements au fur et à mesure que les luttes sociales actuelles progresseront et que des explosions encore plus grandes surviendront – mais sur sa «sa propre situation», déterminée dans «toute l’organisation de la société bourgeoise actuelle», et sur ce qu’elle sera «obligée historiquement de faire».

[1] Marx-Engels, La Sainte Famille, Chapitre IV, 4 (Éditions Sociales 1972, p. 47-48)

[2] Marx, Le Capital, Volume 2 [Éditions du Progrès 1983] p. 63

(Article paru en anglais le 10 juillet 2017)