La Corée du Nord avertit que les menaces de Trump sont une déclaration de guerre

Par Peter Symonds
27 septembre 2017

Alors que le gouvernement Trump intensifie ses menaces et ses provocations militaires, le ministre des Affaires étrangères de la Corée du Nord, Ri Yong-ho, a averti hier que le discours inflammatoire de Trump aux Nations Unies la semaine dernière constituait une déclaration de guerre contre son pays.

« Le monde entier devrait se rappeler clairement que ce sont les États-Unis qui ont d’abord déclaré la guerre contre notre pays », a déclaré Ri. « Puisque les États-Unis ont déclaré la guerre à notre pays, nous aurons tout le droit de prendre des contre-mesures, y compris le droit d’abattre les bombardiers stratégiques des États-Unis même s’ils ne se trouvent pas dans l’espace aérien de notre pays. »

L’avertissement intervient juste quelques jours après que les États-Unis ont envoyé de manière provocatrice des bombardiers stratégiques B1-B accompagnés d’avions de chasse près de la côte Est de la Corée du Nord dans ce que le Pentagone a décrit comme sa mission la plus au Nord de ce siècle. Un porte-parole du Pentagone a déclaré que le but de la mission était « d’envoyer un message clair que le président a de nombreuses options militaires pour vaincre toute menace ».

Alors que les avions de guerre américains ont apparemment volé dans l’espace aérien international, la menace pour la Corée du Nord est tout aussi grave. Elle n’a aucun moyen de savoir si cette « mission » sera celle ayant pour but de pénétrer son espace aérien et d’attaquer ou de larguer une charge mortelle de missiles à longue portée. Dans les deux cas, l’armée nord-coréenne n’aurait que quelques minutes pour y répondre.

Ce dernier défilé aérien militaire des États-Unis fait partie d’une escalade délibérée qui intervient moins d’une semaine après que deux bombardiers B1-B, avec des avions de guerre américains et sud-coréens, ont largué des bombes sur un champ de tir d’entraînement sud-coréen proche de la zone démilitarisée (DMZ) des deux Corées. L’opération a été le premier exercice de tir à munitions réelles impliquant des bombardiers stratégiques, qui par le passé avaient été limités à un survol de la Corée du Sud.

Quelques heures après les commentaires de Ri, la secrétaire de la Maison Blanche à la presse, Sarah Huckabee Sanders, a déclaré lors d’un point de presse : « Nous n’avons pas déclaré la guerre à la Corée du Nord. Et franchement, toute suggestion de cet ordre est absurde. » Les absurdités, cependant, sont dans sa déclaration. Celles-ci ont été ignorées par des médias américains et internationaux complaisants qui diffament le régime de Pyongyang et décrient ce petit pays économiquement arriéré et son arsenal nucléaire limité comme une grave menace pour les États-Unis et le monde.

En premier lieu, l’impérialisme américain a mené une guerre d’agression illégale après l’autre aux cours des 25 dernières années sans déclarer formellement de guerre – détruisant l’Irak et l’Afghanistan, suivis par la Libye et la Syrie. Le régime nord-coréen ne peut que conclure des propos et des actes du gouvernement Trump qu’il risque bien, à court terme, le même genre d’attaque de la part de l’armée la plus puissante du monde.

Dans son discours à l’ONU, le président Trump a averti brutalement que les États-Unis n’auraient pas « d’autre choix que de détruire totalement la Corée du Nord » s’ils étaient forcés de se défendre. Il n’y a rien de défensif à propos de la menace de Trump comme il l’a précisé dimanche quand il a tweeté sans équivoque que Ri et le chef nord-coréen Kim Jong-un « n’en auront plus pour longtemps ».

Trump et sa cabale de généraux à la Maison Blanche ont déjà élaboré des plans détaillés pour la destruction totale de la Corée du Nord. Comme Trump a tweeté le mois dernier, les options militaires contre la Corée du Nord sont « prêtes à l’emploi ». Proférer sans cesse des menaces et lancer des provocations militaires comme le fait le gouvernement Trump n’a qu’un seul but : forcer le régime de Pyongyang à capituler sans condition ou le pousser à agir pour disposer d’un motif pour une guerre d’anéantissement.

Washington a amené le monde au bord d’une guerre catastrophique qui coûterait rapidement la vie à de millions de personnes. Les tensions sont telles en Asie du Nord-Est que tout incident, délibéré ou accidentel, pourrait déclencher un conflit avec des conséquences incalculables.

La logique dangereuse derrière les plans de Washington pour la guerre totale a été soulignée par le conseiller de Trump à la sécurité nationale, HR McMaster, dans un discours hier à l’Institut pour l’étude de la guerre. Le gouvernement Trump, a-t-il expliqué, avait mis au point quatre ou cinq cas de figure pour s’occuper de Pyongyang, a-t-il déclaré. « Certains sont plus horribles que d’autres ».

McMaster a exclu toute négociation, à moins que la Corée du Nord n’accepte des inspections intrusives de ses installations nucléaires et de missiles et a déclaré qu’elle renoncerait à ses armes nucléaires. La Corée du Nord a déjà à l’esprit des exemples flagrants du sort réservé aux pays qui ont choisi de capituler : l’abandon des armes de destruction massive, réelles ou imaginées, n’a pas empêché les États-Unis d’envahir l’Irak et la Libye et de tuer ses dirigeants.

Loin de vouloir éviter la guerre, McMaster a défendu la semaine dernière le discours belliqueux de Trump à l’ONU déclarant qu’il était « tout à fait approprié ». Il a également fustigé ceux qui ont prévenu qu’il n’y a pas d’option militaire pour faire face à la Corée du Nord en raison de sa capacité de prendre des représailles par les armes conventionnelles et nucléaires. « Il y a une option militaire », a-t-il souligné et a averti que le temps était compté.

Dans son discours d’hier, l’ancien lieutenant-général a précisé que les États-Unis ne considèrent pas de frappes isolées et chirurgicales, mais une attaque massive et écrasante – conventionnelle et / ou nucléaire – qui détruirait la capacité de la Corée du Nord de riposter. « Il n’y a pas de « frappe de précision » qui peut résoudre le problème », a-t-il déclaré. « Il n’y a pas de blocus militaire capable de résoudre le problème. Ce que nous espérons accomplir, c’est éviter la guerre, mais nous ne pouvons pas en écarter la possibilité. »

Que l’impérialisme américain prépare un crime aussi monstrueux souligne l’énorme crise économique, sociale et politique à Washington, il exerce sa force militaire dans une tentative désespérée d’établir une domination mondiale incontestée. La menace de « destruction totale » n’est pas seulement destinée à la Corée du Nord, mais à tout pays du monde entier, allié ou rival, qui ne se soumettrait pas à ses diktats économiques et politiques.

La marche vers la guerre ne peut être arrêtée par les fanfaronnades de Pyongyang ou ses tentatives de construire un arsenal nucléaire rudimentaire, qui, en dernière analyse, ne fera rien pour défendre le peuple nord-coréen et jouera directement le jeu de Washington. Ses menaces lugubres ne créent que des fissures profondes entre les travailleurs en Corée du Nord et ceux en Corée du Sud, au Japon, aux États-Unis et dans le monde qui sont profondément opposés à la guerre.

Le seul moyen d’empêcher la guerre est la lutte politique pour un mouvement de la classe ouvrière internationale unifiée par une perspective socialiste et animée par la détermination à mettre un terme au système capitaliste dépassé qui est la cause fondamentale des tensions et des conflits géopolitiques.

(Article paru en anglais le 26 septembre 2017)