Les fonctionnaires mobilisés contre la loi travail soutiennent les travailleurs espagnols

Par Anthony Torres
17 octobre 2017

Mardi 10 octobre, les 5,4 millions de travailleurs de la fonction publique avaient été appelés à faire grève à l’annonce d’une intersyndicale contre les ordonnances de Macron. Lors de cet événement, une première depuis 10 ans, les travailleurs ont protesté contre les attaques sociales et la loi travail, et l’état d’urgence.

Selon la CGT, 400 000 agents publics ont défilé, contre 209 000 selon la police. La CGT estime que 30 % des 5,4 millions de fonctionnaires ont fait grève. Près de 130 manifestations et rassemblements étaient prévus dans 90 départements. Ils étaient de 3500 à 6000 à Montpellier, de 2200 à 3500 à Strasbourg. Il y eut 8000 manifestants à Nantes et 45 000 sur Paris, selon la CGT.

Les enseignants, les employés de la SNCF, les travailleurs du milieu hospitalier et les aiguilleurs du ciel, entre autres, étaient présents dans les rues contre le gel des salaires, la ré-instauration du jour de carence et la réduction du nombre de contrats aidés, qui jouent un rôle-clé pour le bon fonctionnement des établissements.

Le WSWS a pu discuter avec des manifestants comme Alexandre qui pense que la loi travail « tue le statut du salarié comme on le connaissait en France ; ça enlève pas mal de droits sociaux fondamentaux. Avec la loi travail je pense qu’on va être moins protégés contre notre hiérarchie. ».

Alexandre s’est ensuite exprimé sur les événements en Espagne où le gouvernement envoie des troupes en Catalogne, se disant contre : « En tout cas, là-bas en Espagne, ça semble trop fort. A ce que j'ai vu, ça semble être assez mal géré. On envoie la police pour faire taire les gens et je pense que c'est un problème. ». Il ajoute : « C'est grave... sur la gestion, sur le fait d'envoyer l'armée et la police [je suis] tout à fait contre ».

Il pense qu’une opposition à la politique de Macron entraînerait une violence similaire à ce que l’on voit en Espagne : « C'est compliqué de s'opposer à Emmanuel Macron sans se prendre un nouveau degré de violence. Vous voyez ce que je veux dire.... J'ai l'impression qu'il n'y a pas de dialogue possible entre ces deux mondes là. Après, c'est vrai que Macron ne prône pas le dialogue. »

Charles, présent à la manifestation s’oppose à une loi Travail qu’on lui impose. Il voit le capitalisme comme un système violent à l’encontre des travailleurs, qui « détricote ce que les gens ont gagné et qui sont morts pour les droits. On est au travail pour payer des charges qui sont de plus en plus lourdes et on en fait de plus en plus pour les riches au lieu d'aider les pauvres qui sont séquestrés au travail. »

« Au lieu d'être mieux payés et d’augmenter tout le monde, il y en a qui s'en foutent plein les poches et les autres qui galèrent. On réfléchit un peu, on équilibre le niveau de consommation, on équilibre les richesses, on partage et on fait ça proprement. »

Charles s’inquiète du régime autoritaire instauré grâce à l’état d’urgence et à la loi antiterroriste : « On est déjà dans une forme de dictature. Le système nous impose de travailler dans des conditions qui sont décidées par les plus riches. Donc, quelque part, c'est une dictature oligarchique par l'économie. Ils contrôlent notre pensée et si on sort de la norme tout de suite on peut être plus surveillé. On peut induire une surveillance accrue sur une personne qui n'est pas exactement dans la norme, c'est une porte ouverte à ça aussi. ».

Camille, un enseignant, trouve « qu'en ce moment dans l'école où je travaille et avec ce que j'entends, ça devient de plus en plus compliqué dans les classes à la rentrée. On nous supprime les aides qui sont un soutien assez important dans le fonctionnement de l'école. Pour nous les fonctionnaires on n'a pas de compensation financière ; en fait, depuis que j'ai commencé, j'ai toujours perdu de la qualité de vie, du pouvoir d'achat. »

Concernant les violences en Espagne, Camille s'est dit « choqué » : « Ce que je peux dire c'est que c'est toujours très très délicat d'employer la force par rapport à des gens qui manifestent. C'est comme ça. ça me fait un choc.... C'est un droit, et c'est pour ça que je suis aujourd'hui avec mes enfants, pour leur dire que c'est important et qu'on est dans un pays où l'on peut encore se permettre de dire ce qui va pas et on peut être dans la rue pour le dire. Et quand je vois ce qui se passe en Espagne, pour moi ça coince. D'entendre des gens comme ça qui se font taper dessus parce qu'ils manifestent…. La force, je pense que ce n'est pas une bonne solution. »

Il ajoute, « il faut discuter encore et encore les leçons de l'histoire. Par rapport aux grands événements qui se sont passés et qui ont marqué notre histoire », mentionnant Franco et la guerre civile espagnole. 

Sur la menace de guerre entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, Camille pense « qu'il faut être vigilant par rapport à ça parce que ça peut s'embraser rapidement. Moi je suis pour la sagesse des peuples, c'est à dire que si à un moment donné effectivement la ligne rouge était dépassée par une intervention militaire, j'espère qu'il y aura du monde dans la rue à ce moment là. Peser de tout son poids par rapport à ce qui peut arriver parce que pour moi [Trump] c'est quelqu'un de dangereux, avec de l'autre côté le gamin qui est au pouvoir ».