Non aux ordonnances, solidarité avec l'Espagne menacée de dictature!

Par Francis Dubois et Alexandre Lantier
10 octobre 2017

La répression brutale lancée par le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy (PP-Partido Popular), le 1er octobre, à l‘occasion du référendum sur l‘indépendance catalane et l'actuelle menace d'intervention militaire en Catalogne doivent interpeller les travailleurs et les jeunes en France.

En France, les travailleurs sont confrontés aux ordonnances anti-ouvrières de Macron et à un état d'urgence permanent, imposé sous forme de loi antiterroriste. L'assaut violent des gendarmes espagnols contre des électeurs pacifiques, dont des femmes âgées, et la préparation par le PP de l'état d'urgence souligne que le danger de dictature anti-ouvrière menace les travailleurs de toute l'Europe. Le Parti de l'égalité socialiste (PES) insiste qu'une nouvelle stratégie et une nouvelle direction politiques sont nécessaires pour lutter contre ces dangers.

Les travailleurs savent que depuis trois semaines, il n'y a pas eu de véritable mobilisation ouvrière en France. Les appareils syndicaux français neutralisent l‘opposition ouvrière à la casse sociale : ils organisent des grèves fragmentées dans différents secteurs, en les isolant afin d'empêcher qu‘elles ne s‘unifient et se développent. Le but est d’épuiser l’opposition ouvrière et faire dérailler ce mouvement contre un gouvernement pourtant réactionnaire et impopulaire.

En même temps, les syndicats et leurs alliés politiques, dont Jean-Luc Mélenchon et le Nouveau parti anticapitaliste, n'appellent à aucune mobilisation contre la répression en Espagne.

Alors que l'armée espagnole se prépare à entrer en Catalogne, les appareils syndicaux continuent de collaborer étroitement avec Macron lors de rencontres régulières. Le gouvernement sait que leur opposition est de façade et qu‘elle le protège. Edouard Philippe a dit récemment au cours d‘un débat avec Philippe Martinez qu‘il comprenait « la légitimité de la critique » de la CGT. Alors que les patrons ont menacé de réduire les salaires des routiers de jusqu'à 45 pour cent avant la grève, ils continuent à négocier avec le patronat et l'Etat le sabordage du Code du Travail.

Le pourrissement du capitalisme européen dans le quart de siècle depuis la dissolution stalinienne de l'Union soviétique en 1991 s'étale au grand jour. Délesté du contrepoids militaire soviétique ainsi que de l'existence d'une alternative existante au capitalisme, l'impérialisme européen et américain a mené des guerres à travers le Moyen Orient et l'Afrique et attaqué de plus en plus brutalement les acquis sociaux. A présent, après 10 ans d'austérité profonde suite au krach de 2008, les inégalités et les conflits de classe atteignent un point limite, et la bourgeoisie bascule vers la dictature.

En même temps, le belliciste Trump, que Macron avait invité à Paris en espérant légitimer sa propre politique militariste, menace la Corée du Nord et l'Iran de guerre et d'usage de l'arme nucléaire.

Le PES, section française du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI), dit qu'il est temps de tirer les conclusions de l'effondrement du PS et de la faillite politique de ce qui se fait passer pour la « gauche » en France. Face à la faillite du capitalisme, il faut passer du « dialogue social » des syndicats, l'échine pliée devant Macron, à une lutte politique révolutionnaire.

Les syndicats ont le soutien des partis de pseudo-gauche comme LFI de Mélenchon et le NPA. Face à la faillite et au discrédit des appareils syndicaux, ils essaient de lier les travailleurs et les jeunes à une perspective nationale-populiste, afin de les empêcher de déborder les syndicats et de se tourner vers une lutte internationaliste.

Face à la crise catalane, Mélenchon et le NPA n‘appellent pas les travailleurs français à se mobiliser contre la menace qui pèse sur les travailleurs espagnols. Mélenchon dit à Macron qu‘il faudrait qu'il « propose notre médiation ». Tout en soutenant son allié espagnol, Podemos, qui demande impuissamment au PP de négocier avec les Catalans, Mélenchon attaque aussi les indépendantistes catalans pour être prétendument « allés trop loin ». Il prépare là l’auto-justification qu'il s'accorderait si l'armée espagnole attaquait finalement Barcelone pour y réaliser un bain de sang.

Mélenchon propose de créer un gouvernement capitaliste d‘ « alternative », comme celui de son allié Syriza en Grèce : il a laissé entendre plusieurs fois qu‘il pourrait former un gouvernement sous Macron. «Nous devons être prêts à gouverner à tout instant. S’il le fallait, demain nous serions prêts à gouverner», a-t-il dit lors de l‘université d‘été de son mouvement. Un tel gouvernement imposerait en France le même genre d'attaques que Syriza, qui avait prétendu lutter contre l‘austérité avant de l'imposer à présent aux travailleurs grecs.

La politique des syndicats et de la pseudo gauche, qui étranglent un réel mouvement d‘opposition à l‘aristocratie financière, ne fait qu'encourager Rajoy. Une classe ouvrière mobilisée pour renverser Macron en France, et dont les liens avec ses frères et sœurs de classe espagnols sont historiquement très étroits, créerait une situation très différente, en Catalogne et en Espagne.

Lors des grèves et des manifestations qui ont suivi la grève générale de 1936, les travailleurs français revendiquaient souvent une aide à leurs camarades de classe en Espagne, menacés par la Guerre Civile lancée par le général fasciste Francisco Franco. Le blocage par les sociaux-démocrates et les staliniens d'une prise du pouvoir en France après 1936 a eu un impact décisif sur l'issue de cette guerre. Et les travailleurs français savaient aussi que la victoire fasciste en Espagne a ouvert la voie à la Deuxième Guerre mondiale et à la collaboration vichyste en France.

Face à la nouvelle menace de dictature au 21e siècle, le PES insiste qu'il n'y a d'autre voie qu'une rupture avec les manœuvres cyniques des appareils syndicaux et de la pseudo-gauche et une lutte de la classe ouvrière pour le pouvoir. Les événements se déroulant en Espagne soulignent avec force la nécessité d‘une stratégie politique internationaliste et socialiste de lutte contre l‘oligarchie financière des classes ouvrières française, espagnole, européenne et internationale.

Pour gagner, les travailleurs et les jeunes devront se débarrasser du gouvernement Macron et pour cela rompre avec les syndicats à perspective nationale, complices des ordonnances. En opposition aux populistes tels que Mélenchon et aux appareils syndicaux corrompus et discrédités tels que la CGT, qui organise des manifestation après avoir négocié les ordonnances, ils devront construire de nouvelles organisations de lutte de masse.

Ceci nécessite finalement la construction du PES et des sections du CIQI comme avant-garde marxiste des travailleurs, qui liera cette montée de l'opposition ouvrière à un mouvement révolutionnaire socialiste et internationaliste, capable de prendre le pouvoir en France et à travers l'Europe. Le PES appelle les travailleurs et les jeunes à faire circuler ses déclarations et ses analyses, à en discuter avec leurs camarades et à le contacter pour discuter des perspectives et de la construction d'un mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière.