Le Premier ministre grec Tsipras donne l’accolade à Trump

Par Alex Lantier
20 octobre 2017

Un spectacle dégradant s’est déroulé mardi à Washington lorsque Alexis Tsipras, Premier ministre de la Grèce et chef de la «Coalition de la gauche radicale» (Syriza), rendait visite au président américain Donald Trump. Se prosternant devant le président américain de droite lors d’une conférence de presse conjointe, le principal représentant de la «gauche» petite-bourgeoise européenne a déclaré la Grèce un pays sûr pour Wall Street et le Pentagone.

Dans un contexte où l’administration Trump est méprisée par des masses de travailleurs en Grèce et dans toute l’Europe, le Premier ministre grec a déclaré que les relations américano-grecques étaient «au mieux» depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Tsipras a précisé qu’après presque trois dures années d’austérité de l’Union européenne que son gouvernement a imposée à la classe ouvrière, il y a beaucoup de profits à faire en Grèce. Souriant alors que Trump saluait la «mise en œuvre continuelle de réformes» par le gouvernement Syriza et annonçait que ce dernier dépenserait 2,4 milliards de dollars pour la modernisation des avions de chasse américains F-16, Tsipras a salué les «principes démocratiques communs» qu’il partage avec Trump. Les fonctionnaires en Grèce, a-t-il dit, «ont hâte d’attirer les investissements américains».

Tsipras a fait un appel ouvert à la machine de guerre américaine. Il a fait allusion au fait qu’Athènes et Washington prévoient améliorer la base navale américaine de Souda Bay sur l’île grecque de Crète et ouvrir une nouvelle base américaine ailleurs sur l’île, ce qui mettrait d’importants champs de bataille tels que la Sryie et l’Irak à portée des forces américaines. Affirmant que Washington aide la Grèce sur «des questions nationales fondamentales de sécurité et de défense», Tsipras a demandé à Trump d’aider à résoudre les conflits gréco-turcs à propos de Chypre.

Tsipras a salué la politique américaine au Moyen-Orient et dans les Balkans, où les guerres américaines ont fait des millions de victimes et transformé des dizaines de millions en réfugiés. Les États-Unis, a-t-il dit, «encouragent la coopération avec le Moyen-Orient et les Balkans, qui contribuent à la sécurité et à la croissance de la région». Tsipras a rabroué un journaliste qui rappelait que, lors de l’élection présidentielle, Tsipras avait qualifié de «dangereuse»la perspective d’une victoire de Trump. Tsipras a déclaré: «Les États-Unis sont une puissance très forte et leur capacité à intervenir pour le bien est très, très importante... Nous avons des valeurs communes».

La déclaration de Tsipras selon laquelle il partage des «valeurs communes» avec Trump démontre la faillite politique non seulement de Syriza, mais de tous les partis «de gauche» de la classe moyenne aisée qui ont salué Syriza et sa victoire électorale en 2015. C’est l’aboutissement d’une expérience stratégique de la classe ouvrière internationale.

Les partis «post-marxistes» petits-bourgeois du monde entier, tels que le Podemos (Espagne), le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), le Parti de la gauche allemand et l’Organisation socialiste internationale (ISO) aux États-Unis, ont salué l’élection de Syriza en janvier 2015. Nés du mouvement étudiant post-1968 et partageant un rejet postmoderniste du rôle révolutionnaire de la classe ouvrière et du marxisme, ils ont tous relayé les promesses mensongères de Tsipras de négocier la fin de l’austérité imposée par l’UE.

Ils rêvaient de suivre la voie de Tsipras et de diriger un gouvernement capitaliste. Le secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias, a fait campagne avec Tsipras en Grèce, saluant Tsipras comme un «lion» et criant: «Syriza, Podemos, nous vaincrons!» Le NPA a déclaré: «La victoire électorale de Syriza est une excellente nouvelle. Il remplit d’espoir tous ceux qui luttent contre l’austérité en Europe». L’ISO, dont les affiliés grecs étaient à l’intérieur de Syriza et sont entrés dans le gouvernement avec Tsipras, a qualifié la victoire de Syriza de condition préalable pour «la victoire finale de toute la gauche et de notre peuple».

Seul le Comité international de la Quatrième Internationale (C) a mis en garde contre le caractère anti-marxiste, pro-capitaliste, et nationaliste du programme de Syriza en le qualifiant de piège et en avançant plutôt la perspective d’une mobilisation révolutionnaire internationale de la classe ouvrière européenne contre l’austérité en solidarité avec les travailleurs grecs. Les critiques du CIQI à l’égard de Syriza ont été confirmées par la trahison dégoûtante de ses promesses électorales par Tsipras.

Syriza est entré en fonction après des manifestations de masse des travailleurs et de la jeunesse grecs contre l’austérité, s’engageant à annuler le mémorandum d’austérité de l’UE. Lorsque Berlin a menacé d’expulser la Grèce de la zone euro, Syriza a capitulé presque du jour au lendemain. Il a accepté quatre semaines après son arrivée au pouvoir de respecter le mémorandum de l’UE, puis il a piétiné le vote écrasant du peuple grec pour le «non» lors du référendum de Syriza sur l’austérité de l’UE en juillet 2015. Il a imposé des milliards d’euros de nouvelles coupes.

Dans la campagne pour les élections grecques de 2015, Tsipras a visité les principales capitales impérialistes pour rassurer la bourgeoisie internationale sur sa fiabilité. Le World Socialist Web Site a mis en garde à plusieurs reprises contre le programme pro-capitaliste et pro-européen de Syriza.

En 2013, le WSWS a écrit sur le premier voyage de Tsipras à la Brookings Institution à Washington, où il a auditionné pour le poste du Premier ministre grec auprès du Département d’État américain, du Fonds monétaire international et de la CIA. Tsipras, a noté le WSWS, a obtenu les meilleures notes: le FMI l’a qualifié de «constructif et sincère», et Syriza a déclaré que Tsipras et le Département d’État partageaient une «évaluation commune» de la situation. Tsipras a déclaré à son auditoire du Brookings Institution: «J’espère vous avoir convaincu que je ne suis pas aussi dangereux que certaines personnes le pensent».

Les alliés petits-bourgeois de Syriza sont devenus plus enthousiastes en lisant de tels rapports. Plus Tsipras se rendait à Washington, à New York et dans les capitales européennes au cours des mois qui ont suivi pour rassurer les banques, plus ces forces en faisaient la promotion en gardant un œil sur leurs portefeuilles et leurs chances de devenir ministres.

Il y a des leçons stratégiques à tirer. Après un quart de siècle de guerre impérialiste et d’austérité depuis la dissolution de l’Union soviétique par les staliniens, le capitalisme européen a échoué. Le caractère moribond du capitalisme grec, avec un taux de chômage de 21 pour cent (42 pour cent parmi les jeunes) malgré une compétitivité accrue due à des baisses de salaires de 40 pour cent en moyenne, est l’une des expressions les plus aiguës d’une crise plus large.

Comme l’a expliqué le CIQI dans sa déclaration de 2015 intitulée «Les leçons politiques de la trahison de Syriza en Grèce», la seule alternative authentique réside dans un retour aux traditions révolutionnaires du Parti bolchevique, qui a conduit la classe ouvrière au pouvoir lors de la Révolution d’octobre il y a un siècle, et du trotskysme. Comme l’a déclaré le CIQI:

«La seule voie vers l'avant, en Grèce et à l'échelle internationale, c'est une politique véritablement révolutionnaire qui mobilise la classe ouvrière dans la lutte. Cela exige un assaut direct contre la classe capitaliste, la confiscation de ses biens, la saisie des grandes banques et forces productives afin de les placer sous le contrôle démocratique des travailleurs, et la création d'États ouvriers à travers l'Europe et partout dans le monde. De telles luttes requièrent la construction de partis marxistes offrant une direction révolutionnaire à la classe ouvrière, dans une lutte sans merci contre des partis comme Syriza.»

Les partis marxistes qu’il faut bâtir, ce sont des sections du CIQI, la seule tendance politique qui a dit la vérité aux travailleurs sur le caractère de classe réactionnaire de Syriza.

(Article paru en anglais le 19 octobre 2017)