Au bord de la guerre : les États-Unis et l’OTAN préparent une frappe militaire contre la Syrie

Par Keith Jones
11 avril 2018

Les États-Unis et l’OTAN sont au bord d’une escalade majeure de la guerre en Syrie, ce qui pourrait conduire à un affrontement direct avec la Russie, une puissance nucléaire.

Au milieu d’une vague d’agitation ouvrière aux États-Unis et en Europe, associée à de graves crises politiques internes, les élites dirigeantes voient dans la guerre un moyen non seulement d’inverser une série de revers géopolitiques au Moyen-Orient, mais aussi de réprimer l’opposition politique.

Les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne sont tous ébranlés par un mouvement de grève croissant au milieu de la crise et de la tourmente au sein de l’establishment politique et de l’État. Le jour même où le président américain Trump rencontrait son Conseil national de sécurité pour décider d’une action militaire contre la Syrie, le FBI a fait irruption dans le bureau et les résidences de l’avocat personnel de Trump, intensifiant le conflit au sein de la classe dirigeante américaine.

Les conséquences potentielles d’une guerre contre la Syrie sont massives. Le mois dernier, le chef d’état-major russe Valery Gerasimov a promis de riposter à toute attaque contre les troupes russes en Syrie, déclarant : « En cas de menace sur la vie de nos militaires, les forces armées russes vont prendre des mesures de rétorsion contre les missiles et les lanceurs. »

Lundi, Gerasimov a de nouveau mis en garde : « Nous devons dire une fois de plus que l’interférence militaire en Syrie […] est absolument inacceptable et peut entraîner des conséquences très graves. »

De telles déclarations soulignent à quel point le monde est proche d’une guerre entre puissances nucléaires, menaçant la vie de millions de personnes et la civilisation humaine elle-même.

Le prétexte de cette escalade est l’attaque par armes chimiques alléguée par les États-Unis, sans aucune preuve, qui aurait été menée par le gouvernement syrien. Ce casus belli est la plus grossière des fabrications. Quelle raison pourrait-il y avoir pour que le régime d’Assad organise une telle attaque dans des conditions où il a mis en déroute les rebelles islamistes soutenus par les États-Unis à la périphérie de Damas et est dans sa position la plus forte depuis les premiers stades de la guerre civile ?

L’hystérie médiatique suscitée par l’attaque au gaz alléguée s’inscrit dans la campagne incessante de provocations et de menaces contre la Russie, une campagne qui a atteint un nouveau crescendo ces dernières semaines. Les dernières allégations ont eu lieu quelques jours après le discrédit des allégations selon lesquelles la Russie était responsable de l’empoisonnement chimique supposé à Salisbury, en Angleterre, de l’ex-agent double Sergei Skripal et de sa fille.

Trump a publié une série de « tweets » qui proclame le gouvernement syrien coupable de crimes « horribles », accusant la Russie et l’Iran de complicité et promettant que les responsables paieront un « grand prix ».

Les médias américains, les appareils de renseignement militaire et les établissements politiques veulent du sang. Le sénateur républicain John McCain a blâmé « l’inaction » de Trump en Syrie pour avoir rendu « enhardis » les ennemis de Washington. Nancy Pelosi, chef du Parti démocrate à la Chambre des représentants, a manifesté son soutien à l’action militaire contre la Syrie tout en exigeant que l’administration Trump « fournisse enfin une stratégie intelligente, forte et cohérente » pour renverser le régime du président Bachar al-Assad.

La France et la Grande-Bretagne ont déclaré qu’elles rejoindront l’attaque américaine en Syrie, si elles y sont invitées, ou même monteront leurs propres attaques. Le New York Times a cité un responsable de l’Administration Trump disant que Washington est pressé d’accélérer une attaque américaine contre la Syrie « de peur que le président français, Emmanuel Macron, ne le fasse d’abord ».

La semaine dernière a vu une dispute furieuse au sein de l’élite dirigeante américaine, y compris les plus hauts gradés de l’administration Trump, alors que le Pentagone, la CIA, les démocrates et une bonne partie des dirigeants républicains repoussaient avec succès l’idée de Trump que les forces américaines en Syrie « rentreront bientôt à la maison ». Ils ont dit carrément à Trump qu’un tel retrait ne serait pas seulement au bénéfice de la Russie, mais aussi compromettrait les plans de Trump pour intensifier la pression économique et militaire sur l’Iran en torpillant l’accord nucléaire iranien.

Vladimir Poutine et le régime des oligarques capitalistes qu’il dirige ont longtemps cherché un compromis avec Washington. Mais l’impérialisme américain, sous des administrations successives, a clairement fait savoir qu’il ne serait satisfait que par l’assujettissement semi-colonial de la Russie.

Que Moscou, face à l’expansion de l’OTAN à ses frontières, aux « révolutions colorées » parrainées par les États-Unis dans les États voisins et face au quart de siècle des guerres américaines en Afrique du Nord, au Moyen-Orient, dans les Balkans et en Asie centrale, intervienne afin d’entraver les plans de Washington en Ukraine et en Syrie est jugé intolérable par Washington et Wall Street.

Les vraies causes des provocations imprudentes des États-Unis contre la Russie n’ont rien à voir avec une « ingérence » dans la politique américaine ou une prétendue attaque au gaz toxique.

Au cours du quart de siècle qui suivit la dissolution de l’URSS, l’impérialisme américain chercha à inverser l’érosion de sa position économique mondiale par l’agression et la guerre. Dans leur quête de l’hégémonie mondiale, les États-Unis ont rasé des pays entiers tels que la Libye et l’Irak. Mais les guerres sans fin de Washington n’ont pas réussi à inverser son déclin. Au lieu de cela, ils se sont métastasés dans des offensives militaro-stratégiques contre la Russie et la Chine et des déclarations officielles de Washington selon lesquelles les États-Unis sont impliqués dans une nouvelle ère de conflit de grande puissance.

L’éruption du militarisme américain est accélérée par l’aggravation de la crise économique. Dans un article intitulé : « Des fissures se forment dans le récit de la croissance mondiale ébranlant les investisseurs » (Cracks form dans Global Growth Story, Rattling Investors), publié lundi, le Wall Street Journal a averti, « la confiance des investisseurs a faibli au milieu des craintes qu’une poussée synchronisée mondiale attendue se transforme en une stagnation synchronisée. »

Plus important encore, l’élite dirigeante voit la guerre comme le moyen le plus opportun d’attaquer les droits démocratiques au pays afin d’écraser la recrudescence de la classe ouvrière. Mardi, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, témoignera devant le Congrès alors que les grandes entreprises technologiques mettent en œuvre des mesures encore plus énergiques pour réprimer la « propagande étrangère » et les « fausses nouvelles ». Dans ce nouveau conflit militaire majeur, les appels seront redoublés pour l’interdiction de l’opposition politique.

Mais c’est précisément le mouvement international croissant de la classe ouvrière qui représente l’antipode de la guerre impérialiste. La lutte de classe démontre de plus en plus les intérêts communs des travailleurs du monde entier. Le World Socialist Web Site et le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) se battent pour armer politiquement ce mouvement avec un programme socialiste et internationaliste reliant la lutte contre la guerre à la défense des droits sociaux et démocratiques des travailleurs.

(Article paru d’abord en anglais le 10 avril 2018)