« Empêchez d'entrer vos fatigués, vos pauvres... vos cohortes qui aspirent à vivre libres... »

L'administration Trump prend des mesures pour imposer des restrictions à l'immigration sur des critères de classe

Par Eric London
27 septembre 2018

Samedi soir, l’administration Trump a discrètement annoncé une modification de la réglementation sur l’immigration qui interdirait effectivement aux immigrants d’acquérir un statut légal si leur famille a bénéficié de prestations sociales.

Le changement qui entrera en vigueur après une période de « commentaires publics » de 60 jours, constitue une attaque monumentale contre la classe ouvrière internationale. L’officialisation explicite d'un système d'immigration sur des critères de classe marque un tournant qui modifiera considérablement l'état des relations sociales en faveur des riches.

La nouvelle politique désigne tous les sans-papiers ayant déjà bénéficié de prestations, en argent ou autre, comme des « fardeaux publics. » Les familles de travailleurs immigrés ayant accédé à des programmes comme les bons d'alimentation, l'aide au logement, le logement subventionné en vertu de la loi de 1937, à Medicaid et aux subventions de soins de santé de Medicare Part D, seront désormais reléguées à l'illégalité permanente.

Selon la nouvelle règle, un revenu inférieur à 125% du seuil de pauvreté fédéral (31 400 dollars pour une famille de quatre personnes) constituera un facteur négatif lorsqu’on envisagera une carte verte ou une demande de visa. Par contre, un revenu supérieur à 250% du seuil de pauvreté fédéral comptera comme «facteur positif important». En d’autres termes, les immigrés fortunés seront autorisés à voyager et à immigrer, tandis que la classe ouvrière sera forcée de vivre dans l’ombre.

Des dizaines de millions de travailleurs seront touchés par ce changement. Un peu moins de 10 millions de travailleurs sans papiers, dont la plupart ont fui une pauvreté et une violence brutales dans les pays dévastés par l'impérialisme américain, ont déjà bénéficié des avantages nommés dans cette réglementation.

Au-delà de ces 10 millions de personnes, presque tous les immigrés non citoyens y compris ceux qui résident déjà légalement en permanence aux Etats-Unis, renonceront probablement à l'accès futur aux services sociaux, avec des conséquences désastreuses sur leur santé et leur alimentation. En outre, 18 millions d’enfants citoyens américains ayant au moins un parent immigré n’auront pas accès aux programmes publics nécessaires, étant donné que maintenant les immigrés seront pénalisés pour permettre l’accès aux programmes sociaux même à des enfants citoyens.

Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) déclare cruellement dans la règle qu’il a proposée que cette mesure conduira à « de moins bons résultats de santé ... surtout pour les femmes enceintes ou qui allaitent, les nourrissons ou les enfants », à « l'utilisation accrue des salles d'urgence », à « une augmentation de la prévalence des maladies transmissibles », à « l'augmentation du taux de pauvreté et de l’instabilité du logement et à la réduction de la productivité et du niveau d’instruction ».

Ce ne sont pas là des conséquences indésirables, mais des objectifs délibérés.

Le changement de règle est une manœuvre visant à établir une sous-classe permanente de travailleurs extrêmement pauvres, en grande partie dans le secteur des services et de l’agriculture, craignant trop la déportation pour exiger des salaires plus élevés ou de meilleures conditions.

Les deux partis citeront la baisse inévitable du recours aux programmes sociaux pour justifier de nouvelles réductions visant tous les travailleurs. En annonçant ce changement de politique, la secrétaire du DHS, Kirstjen Nielsen, fait écho au jargon d’affaires utilisé par les politiciens pour exiger des coupes dans les programmes sociaux: Le changement de règle « promouvrait l'autonomie des immigrants et protégerait des ressources limitées en veillant à ce qu'ils ne soient pas susceptibles de devenir des fardeaux pour le contribuable américain », a-t-elle déclaré.

La famine, la vie sans-abri, et la maladie se généraliseront encore plus. Les quartiers d’immigrés dans les grandes villes américaines ressembleront de plus en plus aux bidonvilles des mégalopoles d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie.

Immédiatement après que le changement de politique fut annoncé, un large éventail d'associations médicales nationales comme l'Académie américaine des médecins de famille, l'Académie américaine de pédiatrie, le Collège américain des obstétriciens et gynécologues, le Collège américain des médecins, l'Association médicale américaine et l' Association américaine psychiatrique ont dénoncé le plan, avertissant que cela entraînerait une crise de la santé publique.

Le Parti démocrate est lui-même responsable de l’adoption des lois que Trump et le DHS utilisent pour justifier l’élargissement de la règle du «fardeau public».

En 1996, le Congrès avait adopté la Réforme de l'immigration illégale et la Loi sur la responsabilité des immigrés (IIRAIRA) qui exigeait que les immigrés prouvent que leurs sponsors avaient un revenu supérieur à 125 pour cent du seuil de la pauvreté pour pouvoir immigrer. Sans les 88 "oui" des démocrates du Congrès, la mesure n'aurait pas été adoptée. Le président démocrate Bill Clinton a signé la mesure et en a fait une loi. Trois ans plus tard, Clinton a publié une directive établissant que les immigrés pouvaient être considérés comme des fardeaux publics s'ils étaient « principalement dépendants » de l'aide financière du gouvernement.

Aujourd'hui, les démocrates gardent le silence sur le changement de règle ; ils ont mobilisé toute leur influence politique pour décrire le candidat réactionnaire de la Cour suprême de Trump Brett Kavanaugh comme un criminel sexuel sur la base d’allégations non prouvées datant du début des années 1980. L’objectif est de détourner l’attention des questions de classe urgentes comme l’attaque des travailleurs immigrés, sur laquelle les deux partis sont fondamentalement d’accord.

Les travailleurs de toutes nationalités, quel que soit leur statut d'immigration, doivent reconnaître l'attaque contre les travailleurs immigrés comme une attaque contre toute la classe ouvrière.

Aucun travailleur ne gagnera quoi que ce soit à permettre au gouvernement de priver des millions de gens de prestations sociales sans même la formalité d’un vote ou d’un débat public. Aucun travailleur ne tirera un avantage à donner au gouvernement le pouvoir de mener des razzias militaires sur les lieux de travail pour traîner les travailleurs sans papiers dans des camps d'internement. Aucun travailleur ne tirera bénéfice des efforts faits par la classe dirigeante pour élargir l'armée de réserve d’une main-d’œuvre sans papiers qui fera n'importe quel travail, quel que soit son salaire, trop craintive pour protester.

Le plus clair parallèle au changement de règle actuel au 20ème siècle constitue une leçon historique importante pour la classe ouvrière.

L’adoption en 1924 du Projet de loi Johnson-Reed, qui a établi des quotas pour l’immigration en provenance d’Europe du Sud et de l’Est, a été votée après l’une des plus grandes vagues de grèves de l’histoire des États-Unis.

Adoptée avec le soutien écrasant des deux partis, la loi Johnson-Reed visait à bloquer la croissance de la lutte des classes et à arrêter l'immigration des travailleurs européens influencés par la révolution russe de 1917 où la classe ouvrière avait renversé la dynastie vieille de 300 ans des Romanov et établi le premier État ouvrier du monde. Craignant la popularité croissante du socialisme, la classe dirigeante a tenté de détourner l'opposition sociale vers la droite en attisant les flammes de la haine raciale et nationale afin de diviser et d'affaiblir la classe ouvrière.

Il ne faut pas que les travailleurs d'aujourd'hui tombent dans le même piège! Le premier semestre de 2018 a connu le plus haut niveau de grèves depuis des années, mais pour donner un élan à la lutte pour l'égalité sociale, les travailleurs doivent reconnaître que leur force réside dans leur unité internationale. Il est urgent que les travailleurs américains prennent la défense de leurs frères et sœurs immigrés et s’engagent dans une lutte commune contre leur ennemi commun: la classe dirigeante américaine

(Article paru en anglais le 26 septembre 2018)