«L’Histoire n’apprend jamais rien à personne»

Des néostaliniens russes défendent la «refondation» de la Quatrième Internationale du Partido Obrero

Par Bill Van Auken
15 octobre 2018

Plus de trois mois se sont écoulés depuis que le World Socialist Web Site a publié une couverture de la conférence tenue en avril dernier à Buenos Aires au nom du «Comité de refonte de la IVe Internationale (CRQI)», qui a avancé la conception réactionnaire selon laquelle la IVe Internationale, fondée par Léon Trotsky en 1938, pourrait être «refondée» en alliance avec des organisations nationalistes néostaliniennes en Russie.

Le Parti des travailleurs (Partido Obrero, PO) a invité la représentante d’un de ces groupes, Darya Mitina, secrétaire aux relations internationales du Parti communiste unifié de Russie (OKP), à prononcer l’un des principaux discours lors d’un rassemblement qui a clôturé l’événement. Le chef de longue date du PO, Jorge Altamira, l'a louée en la qualifiant de «camarade parlant au nom du communisme en Russie, qui serait pour elle le stalinisme». Rejetant avec cynisme la construction d’un mouvement socialiste international sur la base de principes trotskistes, Altamira a déclaré que rechercher l'unité avec les staliniens était de loin supérieur à la tentative de construire une internationale «par soi-même».

Mitina est une stalinienne qui considère le défunt dictateur comme un homme sans égal dans l’histoire et qui se rend deux fois par an déposer des fleurs sur sa tombe. Elle parcourt le monde en tant qu'agent politique du gouvernement de Vladimir Poutine. Cherchant à obtenir un soutien international pour la politique étrangère russe, Mitina rencontre non seulement des organisations staliniennes et maoïstes, mais également des partis qui prétendent être associés au trotskisme. Mitina adapte sa rhétorique en fonction de la sensibilité politique de son auditoire. Lorsqu'elle discourt devant les forces militaires de l'est de l'Ukraine, Mitina se prononce en tant que défenseure du nationalisme russe. Lorsqu'elle s'adresse aux membres d'organisations qui prétendent être de gauche, elle présente habilement la politique étrangère de Poutine en tant que forme d'anti-impérialisme.

La révélation par le WSWS de l'importance politique de la relation entre Altamira et Mitina a suscité des inquiétudes parmi les membres de base du Partido Obrero. Incapable de fournir une explication plausible de son association avec Mitina, le Partido Obrero n'a rien publié sur sa conférence d'avril pour «refonder» la Quatrième Internationale en alliance avec le nationalisme néostalinien russe. Il a supprimé toutes les publications et les questions sur ses sites web relatives à ces enjeux.

Le seul effort pour expliquer et justifier les actions du PO a consisté en une déclaration publiée sur le blogue de Mitina, écrite par son mari et partenaire politique, Saïd Gafurov.

Saïd Gafurov

Gafurov a des liens étroits avec l'État russe. Lors d'un entretien avec IA Regnum, une agence de presse pro-Kremlin, en 2014, il a été présenté comme «politologue, économiste, responsable scientifique de l'Institut d'études appliquées de l'Est et de l'Iran, et conseiller du président de la Fédération de Russie». La nature précise de sa relation actuelle avec Poutine n'est pas claire. Gafurov a occupé des postes dans divers ministères et il a été rédacteur en chef adjoint d'un journal économique mensuel russe, connu pour son solide soutien à Poutine. Il commente pour le groupe pro-Poutine pravda.ru où il écrit des chroniques et diffuse des émissions qui font la promotion des intérêts géostratégiques de la Russie.

La déclaration de Gafurov, publiée par Mitina le 27 juin, défendait sa présence à la conférence en Argentine, décrivant le PO comme un parti qui «remporte un vif succès au Parlement» (il occupe un seul siège sur les 329) et affirmant que sa femme était «une vraie vedette, des milliers de délégués l'ont applaudie lors d'une réunion de masse».

Il qualifie les affirmations publiées par le WSWS de «fâchées, mais incompréhensibles» et poursuit en affirmant que l'article initial «accusait personnellement la camarade Mitina de “fleuves de sang” et des purges staliniennes (moi aussi j'ai été accusé de ces trois crimes terribles, mais avec cde. Mitina: des “fleuves de sang”, des purges staliniennes et du fait que je suis marié à une stalinienne tachée de sang)».

Dans l'article du World Socialist Web Site, il était fait référence à la déclaration de Trotsky, écrite en 1937, selon laquelle la Grande Purge de Staline, lancée l'année précédente, avait tracé «entre le bolchevisme et le stalinisme non pas une ligne sanglante, mais tout un fleuve de sang».

Pour Gafurov, le «fleuve de sang», c’est-à-dire le génocide politique perpétré par la bureaucratie stalinienne au cours de laquelle des centaines de milliers de communistes, y compris tous les dirigeants de la révolution d’octobre 1917, ont été liquidés, de même que l’intelligentsia soviétique et presque tout le commandement de l'Armée rouge – les crimes qui ont entraîné la mort de millions de personnes – est un sujet frivole qui n'a aucune pertinence politique actuelle.

Sa déclaration publiée sur le blogue de Mitina indique que «les différences et les contradictions entre le trotskisme et le stalinisme ont seulement un caractère historique, pas un caractère politique ...» Il poursuit: «Ils sont importants à étudier, mais uniquement pour des leçons d'histoire (et l’histoire, soyons honnêtes et légèrement cyniques, n’apprend jamais rien à personne.»

Mitina et Gafurov accompagnant des diplomates algériens lors d'un rassemblement officiel à Moscou. Mitina a annoncé que les deux hommes avaient eu un entretien avec Mikhail Bogdanov, représentant spécial de Poutine au Moyen-Orient.

Le mépris de Gafourov pour l’histoire va tout à fait dans le sens de l’attitude de l’oligarchie au pouvoir, qui n’a absolument aucun intérêt à enquêter sur ses propres origines historiques, qui se trouvent dans les crimes de la bureaucratie stalinienne, aboutissant à la dissolution de l’Union soviétique et au pillage criminel de biens appartenant à l'État.

Son affirmation selon laquelle l’histoire a effacé les «conflits et contradictions» entre le trotskisme et le stalinisme est manifestement trompeuse. Après tout, son épouse Mitina dépose des couronnes sur la tombe de Staline, non pas devant l'ancienne prison de Loubianka, à Moscou, dans les caves desquelles tant de ceux qui ont dirigé la révolution d'Octobre 1917 ont été abattus.

Pour prouver la «non-pertinence» de la lutte du trotskisme contre le stalinisme, Gafurov se réfère à des questions telles que «les Koulaks et la paysannerie», «le rythme de l'industrialisation bolchevique» et la «démocratie interne du parti».

Ce qu'il ignore, c'est le caractère essentiel du stalinisme en tant que brutale réaction bureaucratique nationaliste contre la révolution d'octobre 1917. Dans le programme antimarxiste du «socialisme dans seul un pays», le stalinisme représentait la répudiation explicite de la perspective internationaliste socialiste qui guidait la révolution d'octobre, résumée dans la théorie de la révolution permanente de Trotsky, qui insistait sur la primauté de la perspective d’une révolution socialiste mondiale dans la détermination de la politique nationale.

Le nationalisme stalinien – qui avait sa base sociale dans l'élite bureaucratique croissante – séparait le destin de l'Union soviétique de la lutte pour le socialisme mondial, transformant les partis communistes du monde en de simples instruments de la politique étrangère contre-révolutionnaire de l'Union soviétique et menant à la trahison de révolutions et de défaites catastrophiques pour la classe ouvrière en Espagne, en Allemagne et dans de nombreux autres pays.

Quiconque croit qu'un parti révolutionnaire peut être construit dans la classe ouvrière sans comprendre cette histoire et le rôle du stalinisme – ainsi que l'alternative révolutionnaire qui lui existait, dans l'Opposition de gauche et la IVe Internationale – est délirant.

En dehors de cette histoire des crimes du stalinisme, il est impossible de comprendre l'absence de partis socialistes révolutionnaires de masse aujourd'hui et de se préparer à résoudre la crise aiguë du leadership révolutionnaire au sein de la classe ouvrière.

Mais ce n'est pas l'objectif de Gafurov et de Mitina et du parti qu'ils représentent. Au lendemain de la dissolution de l'URSS et de la liquidation des formes de propriété socialisées établies par la révolution d'Octobre sur lesquelles la bureaucratie s'était fondée, qu'est-ce que le stalinisme aujourd'hui?

D'une part, il s'agit du poutinisme, le règne du KGB adapté aux intérêts d'une clique dirigeante composée de milliardaires.

D'autre part, ce sont les différentes factions du parti communiste russe, qui ne sont qu'une variante du nationalisme russe, disposées à s'aligner sur les forces les plus à droite. Lors de leurs manifestations à Moscou, des pancartes portant le visage de Staline sont portées à côté de bannières agitées par des fascistes portant des croix gammées.

La logique de la répudiation de l’histoire et de telles alliances politiques est indéniable. Gafurov affirme que «trois générations se sont déjà écoulées depuis le “fleuve de sang”».

On pourrait se demander: combien de générations se sont écoulées depuis la mort d'Adolf Hitler et la fermeture d'Auschwitz? Selon cette logique, des accords peuvent être conclus sur la base d'objectifs politiques pratiques avec les néonazis en Europe et ailleurs. Et, en effet, comme le montre l'itinéraire politique de Darya Mitina, de telles alliances sont activement recherchées dans l'intérêt de la politique étrangère du gouvernement Poutine.

Gafurov et Mitina en compagnie d’un responsable de haut rang du gouvernement syrien

Comme l'a révélé le WSWS, Mitina, en collaboration avec le club Izborsky, un «groupe de réflexion» russe d'extrême droite, a participé activement à la conférence de 2014 à Yalta, qui a rassemblé des dirigeants de partis néonazis et fascistes de toute l'Europe.

En suivant la même logique que celle proposée par Gafurov, on pourrait aussi se demander: combien d'années se sont écoulées depuis les crimes de Pinochet et de Videla et depuis que l'École supérieure de mécanique de la marine argentine (ESMA) a été transformée de centre de torture et d'extermination en musée? Combien de temps a passé depuis que des responsables syndicaux péronistes, dont certains occupent encore des postes de direction, ont organisé les premiers escadrons de la mort de la Triple A (Alliance anticommuniste argentine) pour assassiner des militants de gauche et des travailleurs militants? Cette histoire est-elle également sans importance et des accords pratiques peuvent-ils être forgés avec de tels éléments aujourd'hui?

En Argentine, comme en Russie, l'approche de l'histoire avancée par Gafurov ainsi que le soi-disant Comité de refondation de la IVe Internationale jettent les bases d'une coalition rouge-brun, réunissant des organisations pseudo-gauchistes et des factions d'extrême droite sous les auspices de la bourgeoisie.

L'alliance du Partido Obrero avec le stalinisme russe – et par son intermédiaire avec le gouvernement Poutine – en dit plus long sur la politique de ce parti que sur les tactiques opportunistes nationales qu'il avance dans la recherche de postes parlementaires et de postes dans les syndicats.

Altamira et le CRQI partagent l'attitude réactionnaire et antimarxiste envers l'histoire avancée par Gafurov. Comme le WSWS l’a déjà fait remarquer, «le CRQI a été fondé sur le “principe” selon lequel il ne devait pas y avoir de discussion sur les conflits passés ni sur l’évolution historique des différentes tendances qui y adhéraient».

Dans son discours à la conférence d'avril, dans laquelle a également assisté Mitina, Altamira a avancé cette même perspective essentielle, avec son refus de «construire une Internationale “faite par soi-même”» et la proposition de «refonder» l'alliance internationale avec le stalinisme russe.

Comme l'a déclaré le WSWS: «Avec ces mots, Altamira répudie non seulement le programme et les principes historiquement enracinés de la Quatrième Internationale, mais aussi la signification de l'histoire elle-même. Ce qu'il dit équivaut à déclarer que ce qui s'est produit dans le passé n'a aucune importance pour le présent. Que le régime stalinien ait assassiné des centaines de milliers de communistes, mené d'innombrables trahisons et engendré la destruction de l'Union soviétique ne doit pas empêcher la collaboration avec les staliniens d'aujourd'hui pour la reconstruction de la IVe Internationale.»

Alors qu'Altamira et le Partido Obrero n'ont plus fait mention de leurs relations avec les staliniens russes invités à aider à «refonder» la IVe Internationale, le dirigeant du PO a fourni un compte-rendu élogieux d'une conférence tenue à Athènes en juillet sous les auspices du «Christian Rakovsky Balkan Socialist Center», avec ce qu’Altamira appelle «le soutien du Comité pour la refondation de la IVe Internationale».

Bien que cela ne soit pas mentionné dans le rapport publié dans Prensa Obrera du PO, Darya Mitina et Saïd Gafurov ont participé activement à la conférence. Altamira note que deux organisations russes étaient présentes: l'OKP de Mitina et le RPK (Parti des communistes russes), un autre groupe néostalinien issu de la dissolution du PCUS à la suite de la chute de l'Union soviétique.

Dans une publication du 23 juillet sur son blogue, Mitina note qu’«Hier soir, le présidium de la conférence, composé de camarades grecs, turcs, argentins et russes, a siégé jusqu'à 2h du matin.»

Les «camarades» grecs, turcs et argentins se composent des trois sections du Comité de refondation de la IVe Internationale (conjointement avec le parti satellite du PO en Uruguay) qui a organisé la conférence du CRQI d'avril à Buenos Aires. Le fait que les néostaliniens russes participent aux côtés de ces partis à la direction de la conférence en Grèce est une indication de l’alliance étroite forgée par Altamira avec ces éléments. Le slogan «Construire l’Internationale» figurait sur une bannière placée bien en vue lors de la conférence. De toute évidence, cette «Internationale» est en train de se forger une alliance avec des staliniens de droite alliés au régime de Poutine.

Dans une vidéo publiée ultérieurement sur son blogue, Mitina a présenté une évaluation révélatrice de la conférence en Grèce. Elle a écarté la tâche supposée de «refonder la Quatrième Internationale», déclarant qu'il y avait eu un débat sur le problème des «internationales… lesquelles construire (re)construire, et combien il devrait y en avoir. Certaines se nomment Quatrième, certaines Cinquième Internationale. Je pense que ce n’est pas une question très importante.»

Vidéo de Darya Mitina à la conférence en Grèce

Ce que Mitina a jugé important – et était sans aucun doute sa principale raison d'y assister – était que la majorité des participants à la conférence «évaluent correctement le rôle de la Russie, c'est-à-dire sur le plan dialectique».

«D'une part, a-t-elle poursuivi, tout le monde comprend parfaitement que la Russie n'est pas l'Union soviétique… mais en même temps, les gens ne diabolisent pas la Russie, ne manifestent pas la solidarité de classe et ne confondent pas Poutine avec le pays dans leur ensemble… Ils soutiennent la population russe contre Poutine, mais soutiennent également Poutine sur la scène internationale, dans les cas où il mérite, en fait, d'être soutenu… »

Le Christian Rakovsky Balkan Socialist Center est une façade politique pour le parti grec EEK (Parti révolutionnaire ouvrier) de Savas Michael-Matsas, servant à nouer des relations avec des éléments de droite, de pseudo-gauche, staliniens ou nationalistes. Il intéresse également des personnes telles que Mitina et Gafurov qui cherchent à conclure des alliances avec des organisations de droite et de pseudo-gauche afin de promouvoir les intérêts de la politique étrangère du Kremlin.

Les deux constantes politiques dans les activités de Michael-Matsas ont été, pendant plusieurs décennies, le provincialisme nationaliste et l'opportunisme politique le plus vulgaire. Avant sa rupture avec le Comité international de la Quatrième Internationale en 1985 et la dissolution de l'Union soviétique, il entretenait déjà des relations avec des organisations staliniennes.

Dans la lutte menée en 1985 par le Comité international contre la politique opportuniste du Parti révolutionnaire des travailleurs en Grande-Bretagne, Savas Michael-Matsas s’aligna avec la faction Healy. Il a refusé d'assister aux réunions du Comité international qui ont examiné l'abus d'autorité et les relations corrompues de Healy avec divers régimes nationaux bourgeois du Moyen-Orient. Michael-Matsas a dissimulé aux membres de sa propre organisation des informations critiques relatives non seulement à la conduite sans scrupule de Healy, mais également à ses relations avec les régimes bourgeois et staliniens hostiles à la classe ouvrière.

Mitina avec Michael-Matsas à la dernière conférence de Buenos Aires

Au lendemain de sa scission sans principes avec le Comité international, Michael-Matsas a orienté son parti, l’EEK qu’il venait de fonder, vers des alliances politiques avec le stalinisme grec, des éléments du parti bourgeois PASOK et de la bureaucratie syndicale. Sur le plan international, il a soutenu la ligne de conduite de la restauration capitaliste de Mikhaïl Gorbatchev en faveur de la politique de la glasnost et de la perestroïka, les décrivant comme l'avènement de la révolution politique pour laquelle avait lutté Trotsky.

Comme l'écrivait David North, alors secrétaire national de la Workers League, l'organisation qui a précédé le Parti de l'égalité socialiste aux États-Unis, dans un article de 1989 intitulé «L’effondrement de la Nouvelle Ère de Savas-Michael» :

À partir de 1987, Socialist Challenge, le journal du Parti révolutionnaire des travailleurs [EEK] est devenu l'organe interne de la bureaucratie de Gorbatchev à Athènes. Il y a de nombreuses raisons de croire que les services fournis par Michael au régime de Gorbatchev ont été récompensés financièrement. Des services de propagande similaires fournis par Socialist Challenge aux régimes du Moyen-Orient et aux mouvements nationalistes bourgeois avaient déjà été offerts par Michael en échange de subventions spéciales dont les membres de la base n'étaient pas informés. En fait, dans l'un de ses propres documents, Healy a noté en passant que Michael avait «des contacts étroits avec les Libyens, l'ambassade soviétique, le PC et l'OLP».

Il s’agit du personnage politiquement corrompu qui joue le rôle d’intermédiaire dans l’alliance politique entre le Partido Obrero et le stalinisme russe. De tels liens devraient être une source d'inquiétude pour quiconque, y compris parmi les membres du PO, cherchant à se battre pour le trotskisme en Argentine et dans l'ensemble de l'Amérique latine.

Un indice de cette alliance pourrie entre Savas Michael-Matsas, Jorge Altamira et les agents d'influence du gouvernement de Poutine se trouve dans le rôle d'Alex Steiner, dont le blogue «permanent-revolution» est consacré à des dénonciations hystériques du Comité international, du World Socialist Web Site et du Parti de l’égalité socialiste.

On ignore si Steiner, qui a quitté la IVe Internationale il y a 40 ans et est devenu depuis un anti-trotskiste virulent, était présent à la conférence de juillet en Grèce. Il était présent à une réunion similaire en 2015, la «Troisième conférence euro-méditerranéenne», également organisée par le centre Christian Rakovsky et le CRQI. Là-bas, il y a certainement côtoyé Darya Mitina, également présente. Il est resté silencieux sur la révélation par le Comité international de la relation entre Savas Michael-Matsas et Darya Mitina.

Comme il est typique du pseudo-gauchisme de la classe moyenne, alimenté par une combinaison de subjectivisme débridé et d'absence totale de principes, les positions de Steiner contiennent les contradictions les plus criantes. En 2014, il a vivement critiqué le Comité international pour s'être opposé au coup d'État parrainé par les États-Unis à Kiev et pour avoir refusé de qualifier la Russie de puissance impérialiste. Il a calomnié le World Socialist Web Site en affirmant qu'il s'était «constamment adapté aux manœuvres de la Russie vis-à-vis de l'Ukraine».

Pourtant, Steiner et son acolyte Frank Brenner n'ont aucun problème à s'allier avec Savas Michael-Matsas et ses associés russes Mitina et Gafurov. Alors que Gafurov était conseiller de Poutine pendant la période du coup d'État ukrainien, Mitina était elle-même en 2014 représentante du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Donetsk à Moscou, travaillant étroitement avec les nationalistes russes de droite et le régime de Poutine.

Steiner a récemment déclaré le WSWS et le Socialist Equality Party aux États-Unis «ennemis de la classe ouvrière» pour leur refus de fournir un soutien inconditionnel au détournement obligatoire des salaires des travailleurs du secteur public par les autorités de l'État aux responsables bureaucratiques des syndicats corporatistes.

Steiner n'hésite toutefois pas à collaborer avec ceux qui déposent des couronnes sur la tombe de Staline et justifient l'assassinat par la bureaucratie stalinienne de Trotsky, de pratiquement toute la direction du Comité central de Lénine, de toute la génération qui a dirigé la révolution d'Octobre et des centaines de milliers de travailleurs et d’intellectuels communistes dévoués.

(Article paru en anglais le 24 septembre 2018)