Macron affaibli remanie le gouvernement pour poursuivre les attaques sociales

Par Francis Dubois
17 octobre 2018

Deux semaines après le départ fracassant du ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, après plusieurs fausses annonces, Emmanuel Macron a finalement présenté hier un gouvernement remanié. S'il avait promis de fortement remanier le gouvernement pour donner un «second souffle» à son programme d‘austérité et de militarisme, il n'a finalement présenté hier que des modifications modérées visant à poursuivre sa politique sociale et militaire haïe.

Collomb a été remplacé par un proche d‘Emmanuel Macron, l‘ex-ministre des Relations avec le Parlement et ex-porte parole du gouvernement, Christophe Castaner. Il est appuyé par un secrétaire d‘État, l‘ancien chef du renseignement intérieur (DGSI) Laurent Nuñez.

Huit nouveaux ministres et secrétaires d’État sont entrés au gouvernement Philippe en remplacement de quatre ministres sortants, et un nombre de portefeuilles ont changé de main ou ont été élargis au sein de l‘exécutif. Mais les principaux ministères, à part celui de l‘Intérieur au centre de la crise ayant conduit au remaniement, ne changent pas.

Jean-Yves Le Drian reste au Affaires étrangères, Bruno Le Maire à l‘Économie et aux Finances, Nicole Belloubet à la Justice, Florence Parly à la Défense, et Gérald Darmanin aux Comptes publics. Contrairement aux attentes soulevées par le gouvernement lui-même, le premier ministre Edouard Philippe n‘a pas démissionné pour diriger un nouveau gouvernement. L’objectif était, selon l’exécutif, de «consolider» l’ancien.

Les politiciens qui ont finalement accepté d’être membres du gouvernement viennent des forces alliées à Macron jusque-là : du Parti socialiste (Didier Guillaume, chef du groupe PS au Sénat passe à l‘Agriculture), d‘exclus de LR (Frank Riester devient ministre de la Culture), du Modem (Marc Fesnau remplace Castaner aux Relations avec le Parlement), du parti de Macron LREM (Olivier Dussopt devient la main droite de Darmanin), de la grande l‘entreprise, de la finance ou de la haute administration.

Dans une allocution télévisée hier soir, Macron a déclaré qu’il n’y aurait «ni tournant, ni changement de cap», et qu‘il allait «poursuivre les changements profonds», soulignant la continuité et la poursuite des attaques menées jusqu‘à présent contre les acquis sociaux et démocratiques de la classe ouvrière.

Face à l’énorme impopularité de sa politique, le remaniement a confirmé qu‘il n‘avait rien à offrir et souligne le profond mépris dans lequel Macron tient la population laborieuse.

Le renouvellement de personnel ne résoudra en rien la crise du gouvernement qui a pour origine l‘énorme hostilité à son programme dans la population, la perte de sa base sociale dans la police et le sentiment croissant dans la classe politique que Macron est près d’échouer. Un sentiment qui s‘est exprimé dans les multiples refus d’accepter des postes de ministres.

Christophe Castaner, n'est ni le politicien de premier plan recherché par Macron et Philippe, ni une alternative politique à Collomb. Le politicien LREM, qu‘on a surtout choisi parce qu‘il était déterminé à accepter le poste, ne résoudra pas la fronde persistante de la police à l‘égard du gouvernement et de la présidence.

Avant de rejoindre Emmanuel Macron, Castaner a fait carrière au sein du PS, dans l‘entourage politique de figures comme l‘ex-premier ministre de François Mitterrand, Michel Rocard et le politicien PS Michel Sapin, ministre dans divers gouvernements et finalement ministre de l‘Économie sous François Hollande. Il a aussi été proche du premier ministre défenseur du tout sécuritaire de François Hollande, Manuel Valls, et du criminologue Alain Bauer, Grand Maître de la loge maçonnique du Grand Orient de France.

Alors que s'intensifie la lutte entre les classes, la base sociale que Macron prétendait avoir trouvée dans les classes moyennes—alors qu‘il assénait à la classe ouvrière et au couches précarisées de la petite bourgeoisie les coups voulus par l‘aristocratie financière et l‘UE—s'est révélée inexistante ou s’est très rapidement délitée.

L‘ «isolement» de Macron, que les médias et ses adversaires politiques traitent comme un défaut personnel du président, n‘est rien d‘autre que la réalisation qu‘il n‘a plus aucune base sociale dans la population si ce n‘est les super riches—les forces de l‘ordre qui constituaient la principale base du gouvernement Hollande se rebellant contre lui.

Sachant que les jours du gouvernement son comptés, et reflétant le sentiment d‘une partie de la classe dirigeant que la crise du gouvernement Macron peut rapidement entraîner une crise de régime, le dirigeant de la France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon a lancé le 14 octobre l‘idée d‘une dissolution de l‘Assemblée nationale après les élections européennes de mai 2019. Cela impliquerait automatiquement de nouvelles élections législatives.

«On peut imaginer que si nous arrivons à nos fins» à l‘élection européenne avec «pour nous un score national, pour lui le score minimal, il va se trouver placé devant une crise d’autorité que ses prédécesseurs n’ont jamais connue», a déclaré Mélenchon, ajoutant «la crise politique née à l’intérieur de la Macronie est en train de diffuser et devient une crise de régime».

Mélenchon, en défenseur avéré de l‘État bourgeois ne voulant ni renverser le gouvernement, ni le mettre en danger pendant qu‘il lance ses attaques, préconise de nouvelles élections dans huit mois pour ne pas donner l‘idée aux travailleurs de se mobiliser contre lui tout de suite. Mais il n‘est pas du tout sûr qu‘une dissolution n‘interviendra pas avant.

Une chose est claire, ce gouvernement n‘a l‘intention de survivre que par un matraquage sécuritaire de l‘opposition politique et par son intimidation par tous les moyens. C‘est ce que montre les perquisitions opérées hier matin au domicile du dirigeant de LFI et d’ancien collaborateurs, et dans la permanence du mouvement, deux jours après que Mélenchon a envisagé publiquement une dissolution de l‘Assemblée, et le jour même du remaniement ministériel.

L‘opération menée par le Parquet de Paris sous l‘autorité du ministère de la Justice est un clair signal politique du gouvernement en direction des forces de l‘ordre et un non moins clair message d‘intimidation vis-à-vis des électeurs de Mélenchon.