Le Syndicat des Métallos annonce une entente de principe avec US Steel

Par Jessica Goldstein
17 octobre 2018

Tard lundi soir, le Syndicat des Métallos a annoncé sur son site web qu'il avait conclu une entente de principe pour une nouvelle convention collective de quatre ans avec US Steel (USS). L'annonce n'a donné aucun détail sur l'accord de principe, qui couvrira 16.000 travailleurs en Pennsylvanie, en Indiana, en Illinois, en Ohio, au Michigan, en Alabama, au Texas et au Minnesota.

Le syndicat a déclaré que «les membres du Syndicat des Métallos tiendront des réunions au cours des prochaines semaines pour examiner et discuter de la convention provisoire avant de voter», mais aucune date pour les réunions ou le vote n'a été publiée.

Depuis l'expiration des conventions précédentes, le 1er septembre, le Syndicat des Métallos n'a pas seulement continué à travailler pour USS, mais aussi pour ArcelorMittal, avec 15.000 métallurgistes. Pendant tout ce temps, le syndicat a ignoré les votes de grève unanimes des travailleurs des deux géants de l'acier.

Dans la dernière convention collective, les Métallos ont accepté un gel des salaires de trois ans et d'autres concessions visant à réduire les coûts. Ces redistributions s'ajoutaient aux énormes profits que les sidérurgistes ont réalisés grâce aux droits de douane imposés par Trump sur l'acier et l'aluminium étrangers et aux énormes réductions d'impôt des sociétés accordées par le président. Loin de reculer devant leurs demandes de concessions, US Steel et ArcelorMittal ont redoublé d’ardeur, réclamant davantage de gels salariaux, des réductions des soins de santé et des pensions pour les travailleurs actuels, futurs et retraités et l'introduction d'un deuxième palier de travailleurs dont les salaires et les prestations sont inférieurs.

Dans sa déclaration, Tom Conway, vice-président international des Métallos, a déclaré: «Tous les membres de ce syndicat devraient être fiers de ce que nous avons accompli. Ce groupe de travailleurs a tenu tête à une entreprise extrêmement rentable et a exigé une part du succès qu'ils ont contribué à créer.»

Foutaise! Il ne fait aucun doute que les Métallos et les patrons de la sidérurgie n'ont pas plus que légèrement modifié la dernière offre d'une convention de six ans qui prévoyait des augmentations salariales de seulement 4% la première année et de seulement 2% chaque année par la suite. Avec le taux d'inflation actuel de 2,9% par année, la maigre augmentation de salaire que le Syndicat des Métallos a acceptée sera plus qu’annulée par la hausse du coût de la vie et par les prestations de santé et de retraite.

Le Syndicat des Métallos n'a pas soudainement changé d'allégeance après avoir passé les quatre dernières décennies à collaborer avec les patrons de l'acier et les milliardaires comme Wilbur Ross – Secrétaire au commerce de Trump – pour réduire les emplois, le niveau de vie et les conditions de travail que les métallurgistes ont acquis pendant des générations de sacrifices et de lutte collective.

Les membres de la base doivent se préparer dès maintenant à repousser les efforts du Syndicat des Métallos pour faire adopter à toute vapeur une autre capitulation. Les travailleurs d’US Steel devraient former des comités de la base, indépendants du syndicat, pour exiger que les travailleurs aient accès à la totalité de l'accord de principe – pas seulement à des «faits saillants» bidon – et deux semaines complètes pour l'étudier et en discuter avant tout vote de ratification. Les membres de la base devraient élire des surveillants pour superviser le vote et le dépouillement des bulletins de vote afin d'éviter toute fraude de la part des dirigeants syndicaux et de la direction.

Il faut lancer une campagne pour contrer cette capitulation et faire avancer les revendications des travailleurs et travailleuses de la base eux-mêmes pour le rétablissement de tout ce qui a été abandonné par les Métallos, une augmentation générale de 30%, l'abolition des heures supplémentaires forcées et le contrôle de la production, y compris les conditions de production et de sécurité, par les travailleurs. Les travailleurs d’US Steel doivent combattre les efforts des Métallos pour diviser les métallurgistes et lutter pour la préparation d'une grève nationale contre US Steel, ArcelorMittal et les autres producteurs d'acier.

Les comités de la base devraient également s'efforcer d'élargir la lutte, d'unir leurs efforts aux travailleurs d'UPS et d'autres travailleurs de la logistique, de l'hôtellerie, de l'automobile et des pièces automobiles, des enseignants et autres, afin de renverser des décennies de baisse des salaires réels des travailleurs alors même que les bénéfices des entreprises, les salaires des PDG et le marché boursier atteignent des niveaux records.

L'entente de principe avec US Steel fait suite à l'entente de quatre ans conclue jeudi dernier entre les Métallos et Cleveland-Cliffs, fournisseur de minerai de fer. Le contrat couvre 1.800 travailleurs de quatre mines de fer: Hibbing Taconite et United Taconite dans la chaîne Iron Range au Minnesota, et la mine et usine Tilden dans la péninsule supérieure du Michigan. Les modalités du contrat seront rétroactives au 1er octobre, date d'expiration du dernier contrat.

Le site web du syndicat a annoncé que la convention collective prévoyait «d’importantes augmentations salariales chaque année de la convention, le maintien d'une couverture de soins de santé de haute qualité et abordable et le renforcement des prestations de retraite», ainsi qu'une prime d'adhésion et des «améliorations des vacances pour les employés débutants».

Joe Frederickson, président de la section locale 6860 du Syndicat des Métallos chez United Taconite, a déclaré à Business North que le contrat représente «une amitié mutuelle entre le syndicat et l'entreprise. Nous avons tous les deux le même but, faire de l'argent pour l'entreprise et pouvoir avoir une bonne vie dans l’Iron Range.»

Pour qui cette «bonne vie» existe-t-elle ? Pas pour les travailleurs, qui accepteront des concessions salariales et sociales pour que Cleveland-Cliffs puisse continuer de faire des profits et à travailler de longues heures dans des conditions dangereuses – des questions qui n'étaient pas abordées dans le contrat.

La convention collective profitera plutôt aux actionnaires de Cleveland-Cliffs et à la direction de l'entreprise, y compris le PDG Lourenco Goncalves, qui a reçu 22.911.303 $ en rémunération totale sur le dos des travailleurs en 2017 seulement. Les gestionnaires d'entreprise aisés qui dirigent le Syndicat des Métallos, y compris le président Leo Gerard, qui touche un salaire de plus de 213.509 $ par année, sans compter les primes et les pots-de-vin qu'il reçoit pour siéger au conseil d'administration et la rémunération qu'il tire de ses placements à Wall Street, seront également gagnants.

Le blocage par les Métallos de la première grève nationale dans l'industrie sidérurgique depuis 1986 est significatif dans le contexte des préparatifs de guerre de l'administration Trump, comme l'indique la publication récente d'un document du ministère américain de la Défense intitulé «Assessing and Strengthening the Manufacturing and Defence Industrial Base and Supply Chain Resiliency of the United States». Le document a mis en évidence la volonté américaine de faire la guerre, en particulier contre la Chine, et la nécessité d'assurer à la machine de guerre américaine une main-d'œuvre de fabrication bien disciplinée et à moindre coût.

Le Syndicat des Métallos a appuyé les mesures de guerre commerciale de Trump et le renforcement de l'arsenal militaire contre la Chine et entretient des liens étroits avec l'ancien baron de l'acier et actuel secrétaire du Commerce, Wilbur Ross, et Peter Navarro, un virulent critique anti-Chine que Trump a choisi en 2016 pour surveiller la politique commerciale et industrielle américaine.

Le nationalisme économique a toujours servi à diviser la classe ouvrière internationale et à couvrir les efforts des syndicats pour augmenter les profits des entreprises au détriment de la classe ouvrière. Les travailleurs de l’acier ont commencé à rejeter le nationalisme de l'administration Trump, qui promettait que les tarifs sur les importations de métaux étrangers entraîneraient une amélioration des salaires et des conditions de travail. Après la hausse des prix de l'acier et la flambée des cours boursiers dans les mois qui ont suivi l'entrée en vigueur des tarifs, les travailleurs n'ont réalisé aucun gain et continuent de souffrir de la baisse des salaires, des coûts élevés des soins de santé et des longues heures de travail dans des conditions dangereuses. Ces conditions ont conduit aux votes de grève unanimes du mois dernier.

Les travailleurs de l’acier aux États-Unis doivent reconnaître que le nationalisme est le langage de leurs ennemis de classe et que leur combat doit être mené en unissant les travailleurs du monde entier contre les géants internationaux du monde des affaires et les politiciens et dirigeants syndicaux des grandes entreprises qui les servent.

Les travailleurs d’US Steel devraient établir des liens avec les travailleurs de Cleveland-Cliffs, ArcelorMittal, AK Steel et d'autres entreprises sidérurgiques pour obtenir leur soutien. Ils doivent tendre la main aux travailleurs de la métallurgie au Brésil, en Chine, en Russie et dans d'autres pays qui sont exploités par les mêmes multinationales.

Pour faire avancer leur lutte, les métallurgistes doivent élire des comités d'usine pour faire valoir les intérêts des travailleurs de la base contre la dictature des syndicats d'entreprise dans les aciéries.

(Article paru en anglais le 16 octobre 2018)