Après les descentes policières visant LFI, les médias dénoncent Mélenchon

Par Alexandre Lantier
23 octobre 2018

Après les perquisitions chez Jean-Luc Mélenchon et au siège de la France insoumise (LFI), la classe dirigeante intensifie son lynchage de Mélenchon. Un candidat qui a recueilli 20 pour cent des voix aux présidentielles, y compris celles de la majorité des électeurs de gauche, est à présent visé par une campagne orchestrée dans l’État et les médias, visant à le menacer et à le discréditer.

Personne ne nie que des policiers sont venus perquisitionner chez lui lourdement armés, comme si Mélenchon avait été non un homme politique mais un commando terroriste violent. Des vidéos largement diffusées montrent que la police a illégalement tenté de bloquer Mélenchon quand il a voulu d’entrer au siège de LFI perquisitionné par elle. De manière antidémocratique, l’État dirige les pouvoirs de répression policière établis sous l’état d’urgence sous couvert de lutte antiterroriste, contre l’opposition politique à Macron.

Le procureur de Paris, François Molins a lancé des enquêtes non pas contre la police, mais contre Mélenchon – pour «menaces ou actes d'intimidation contre l'autorité judiciaire» et «violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique».

Mais de toutes parts, des attaques fusent non pas contre la répression de l’opposition par une justice aux ordres, mais contre les cibles de la répression. La particularité de cette offensive médiatique, c’est d’être dirigée non pas par l’extrême-droite, mais par des publications qui à une autre époque auraient été classées de «centre-gauche», voire «d’extrême-gauche» qui se sont ralliées à présent à l’État policier et à Macron.

Le Monde a dégainé contre LFI dans un éditorial au ton menaçant intitulé «La funeste colère de Jean-Luc Mélenchon». Sans dire pour qui cette colère aura des suites mortelles, Le Monde dénonce Mélenchon pour être apparu en «vitupérant, hors de lui» face à la police, et ajoute que «chacun sait maintenant que la police judiciaire est intervenue dans le cadre de deux enquêtes préliminaires ouvertes au parquet de Paris.»

Mélenchon a osé s’emporter contre la police, ce qui, selon Le Monde, est «calamiteux, pour lui-même comme pour son mouvement. Voilà un député, qui plus est président de groupe, qui conteste violemment, entrave et veut discréditer une procédure judiciaire, certes spectaculaire et déplaisante pour les intéressés, mais, quoi qu’il en dise, parfaitement conforme aux règles de la procédure.»

L’argumentaire du Monde n’est qu’une suite de provocations qui démontrent son alignement sur le diktat de l’État policier. Loin d’être conforme aux règles, la descente au siège de LFI a foulé aux pieds le droit de Mélenchon d’assister à la perquisition du siège de son organisation. N’en déplaise au Monde, la réaction prétendument «violente» de Mélenchon n’a fait ni morts ni blessés parmi les policiers, qui sont repartis ayant pu aspirer les données d’une organisation disposant de centaines de milliers de sympathisants en France.

La vision sociale du Monde se résume en peu de mots: l’appareil policier règne sans conteste en France et tous, même les élus, doivent s’y plier. La police peut perquisitionner illégalement chez l’une des principales organisations politiques de France, ou assassiner froidement le père de famille Liu Shaoyo devant sa famille terrifiée. Vouloir «discréditer» les opérations de la police est un crime intolérable, qui sera puni. Courbettes et lèche-bottes sont de mise.

Pour être président de la République, conclut Le Monde, il faut savoir subir une perquisition illégale en gardant aux lèvres un sourire respectueux, ce que Mélenchon n’a pas su faire: «Voilà enfin un homme qui ambitionne de rassembler ‘le peuple’, à commencer par le peuple de gauche, et qui perd ses nerfs, ‘disjoncte’ en public, bref, démontre qu’il n’a pas la maîtrise indispensable aux hautes fonctions auxquelles il aspire.»

C’est là le raisonnement de «faiseurs d’opinion» aisés et antidémocratiques, qui voient en l’État policier un bien absolu, car garant de leurs privilèges et braqué sur tout ce qui pourrait représenter une opposition à Macron sur sa gauche. Leurs opinions sont plus proches de celles de l’ancêtre du Monde, Le Temps dissous à la Libération pour collaborationnisme sous l’Occupation, qu’avec celles d’une presse démocratique.

Des différends politiques irréconciliables séparent le Parti de l’égalité socialiste (PES) du populisme anti-marxiste et anti-trotskyste de Mélenchon. Le PES a d’ailleurs documenté ces différends de manière exhaustive sur le WSWS. Mais il insiste que Mélenchon a le droit de continuer son activité politique, qui dispose encore d’un soutien considérable au sein de la population française, sans faire face à des attaques de police illégales, défendues par une presse qui s’abaisse au niveau d’une agence de propagande.

Dans la campagne contre Mélenchon, Le Monde s’est vu rejoint par Médiapart, le site Web d’actualités et d’investigation en vue. Fondé par l’ex-éditeur du Monde Edwy Plénel, proche du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) pabliste d’Alain Krivine et ex-membre de la Ligue communiste révolutionnaire (ancêtre du NPA), Médiapart tente de salir la vie privée de Mélenchon.

Le 19 octobre, Médiapart a publié une enquête selon laquelle Mélenchon aurait une relation intime avec Sophia Chikirou, sa conseillère en communication et présidente de la société Mediascop qui aurait facturé 1,2 millions d’euros de prestations à la campagne présidentielle de Mélenchon.

«Le patron de La France insoumise et la communicante entretiennent en réalité de longue date, selon nos informations, une relation extra-professionnelle», écrit Mediapart. «Celle-ci pourrait relever de la seule vie privée des deux intéressés mais prend désormais, à la lueur des investigations judiciaires, une dimension d'intérêt général. … (Les) sommes incriminées perçues par madame Chikirou l'auraient été à l'occasion d'une campagne présidentielle dirigée par un homme politique avec lequel elle partage une relation intime régulière.»

Ceci est une attaque réactionnaire contre la vie privée qui dégrade le débat public et qui aide la police et Macron à instaurer un climat d’hystérie policière. Les comptes de campagne de Mélenchon ont été validés. Depuis, le parquet a lancé de nouvelles enquêtes contre ces comptes qui ont servi de justification à une perquisition menée illégalement contre LFI et à des menaces d’ «illégalisation» de LFI dans Libération et ailleurs dans la presse.

Mélenchon, Chikirou et LFI auront le droit de se défendre contre ces accusations dont les origines sont des plus douteuses. Mais entretemps les détails de leur privée ne regardent pas le grand public, et leur traitement par Médiapart a l’effet de discréditer cette publication.

Si Médiapart déclare que dans cette affaire c’est la vie privée de Mélenchon qui est «d’intérêt général» plutôt que la menace posée par l’État policier, cela témoigne de l’absence d’esprit démocratique dans le milieu pabliste. Le NPA a rompu toute attache même symbolique avec le trotskysme en dissolvant la LCR et en déclarant le NPA un parti non-trotskyste ouvert à tous à sa fondation en 2009. Comme l’a écrit le WSWS, ceci reflétait les préjugés de sections des classes moyennes aisées sorties du mouvement étudiant post-soixante-huitard qui se sont intégrées dans l’élite dirigeante.

Il faut toutefois aussi relever que ce milieu, qui a longtemps dominé ce qui s’est donné pour la «gauche» française, prédomine également au sein de LFI. En effet, Mélenchon a cultivé des liens profonds avec les syndicats policiers dont il a intégré des délégués dans son équipe de campagne, et invité des députés de droite parler sur des questions militaires à l’université d’été de LFI. Ceux-ci n’ont pas averti Mélenchon de l’opération en préparation contre lui, et à présent des critiques de Mélenchon qui défendent la police fusent aussi depuis l’intérieur de LFI.

Un dirigeant anonyme de LFI a repris l’analyse de l’éditorial du Monde dans une entrevue avec Les Inrockuptibles, déclarant que la critique de la police par Mélenchon est «catastrophique pour nous, ce n’est pas une attitude responsable. Tout le monde risque de couler… C’est évident qu’il y a un effet sur la question de sa stature présidentielle.»

Et Alexis Corbière, bras droit de Mélenchon, a voulu aussi caresser la police dans le sens du poil. Il a critiqué le vocabulaire de Mélenchon pendant sa confrontation avec la police et il s’est excusé auprès d’un policier dont il avait critiqué la brutalité au siège de LFI pendant la perquisition: «franchement dans la vie, il vaut mieux toujours être calme qu’être énervé. Ce n’est pas bien. Et moi je respecte la police, et je n’en veux pas à ce fonctionnaire de police, si je pouvais lui dire, je m’excuse […] Il fait son boulot.»