La police indienne arrête des milliers de travailleurs de l'automobile en grève du Tamil Nadu

Par Arun Kumar
26 octobre 2018

Mardi, la police a arrêté plus de 2000 travailleurs de l'automobile en grève dans le centre industriel d'Oragadam, près de Chennai, la capitale de l'État du Tamil Nadu, dans le sud de l'Inde.

Les travailleurs arrêtés, employés dans les usines Yamaha India, Royal Enfield et Myoung Shin India Automotive (MSI), ont été détenus dans trois salles de noces de la ville d’Oragadam. Ils ont été libérés sans inculpation dans la soirée.

La répression policière a eu lieu mardi matin alors que les travailleurs se rendaient au bureau de l'administration de Kanchipuram dans le cadre d'un conflit prolongé sur des réductions de salaire, les conditions de travail et la victimisation de travailleurs combatifs. Le rassemblement a été appelé par le Centre des syndicats indiens (CITU).

Les arrestations de masse faisaient partie d'un assaut plus large contre les travailleurs indiens de l'automobile imposé par les conglomérats mondiaux de l'automobile, le gouvernement central dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP), les partis de l'opposition officielle et les autorités de l'État, y compris la police et les tribunaux.

Depuis un mois, les travailleurs en grève font l'objet d'attaques policières, de tentatives de réprimer leurs manifestations et d'arrestations de masse répétées.

Ces attaques font partie intégrante de la condamnation, au début de l’année dernière, de 13 travailleurs à la réclusion à perpétuité par un tribunal de l’État de l’Haryana, dans le nord du pays. Ils ont été accusés d’avoir organisé un syndicat indépendant, ce qui a conduit à une lutte contre la réduction des salaires et des conditions de travail à l’usine de la multinationale japonaise Maruti Suzuki en Haryana.

La semaine dernière, un tribunal de l'Haryana a rejeté une demande déposée par les travailleurs d'être libérés sous caution jusqu'à ce que leurs appels soient entendus.

Les salariés de Yamaha India et de Royal Enfield sont en grève depuis un mois. Les travailleurs de MSI ont commencé une grève il y a 50 jours.

Les travailleurs de Yamaha ont débrayé pour exiger la réintégration de deux collègues licenciés qui organisaient la Yamaha Thozhilalar Sangham ou l'Association de travailleurs de l'automobile de Yamaha, affiliée à la CITU. Les luttes à Enfield et à MSI ont éclaté face à la victimisation des travailleurs qui tentaient de se syndiquer et d’obtenir des hausses de salaire.

Les travailleurs font également face à la menace de licenciement, dans le cadre d'une attaque plus large contre les emplois industriels. La direction de la société de fabrication Honeywell, qui se trouve également dans la zone industrielle d’Oragadam, a soudainement licencié des travailleurs en septembre, leur donnant à peine deux mois de salaire.

Environ 800 travailleurs de Yamaha India, 1500 de Royal Enfield et 200 de MSI ont participé au rassemblement de mardi.

La CITU, qui est contrôlée par le Parti communiste d'Inde (marxiste) ou CPM stalinien, a cherché à empêcher toute mobilisation plus large des travailleurs au Tamil Nadu et dans tout le pays. Au lieu de cela, il a ordonné aux travailleurs de faire des demandes inefficaces aux tribunaux et aux autres autorités de l'État.

Il y a une semaine, la CITU a engagé une action en justice pour que les tribunaux interviennent et empêchent les constructeurs automobiles de licencier des travailleurs. Le syndicat a organisé la marche de mardi pour demander à «l’État et au gouvernement central d’intervenir immédiatement» pour régler le conflit.

Comme le montre clairement le coup monté contre les travailleurs de Maruti Suzuki, les tribunaux indiens agissent comme des défenseurs impitoyables des grandes entreprises contre les travailleurs.

Le gouvernement de l'État du Tamil Nadu, auquel la CITU fait appel, est dirigé par le All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam (AIADMK), un parti réputé pour ses atteintes aux droits des travailleurs.

AIADMK soutient le gouvernement de droite du BJP, du premier ministre Narendra Modi, qui multiplie les emplois sous contrat et occasionnels, dans le cadre d’une attaque contre les droits et les conditions des travailleurs visant ainsi à attirer les investissements internationaux.

Le Conseil syndical des travailleurs, affilié aux maoïstes, a également participé à la manifestation de mardi. Il n’a pas critiqué la promotion ouverte des tribunaux et d’AIADMK par le CPM.

S'adressant aux travailleurs rassemblés, A. Soundararajan, dirigeant du CPM et dirigeant de la CITU dans le Tamil Nadu, a exprimé clairement la soumission du syndicat aux autorités de l'État.

Sentant que les travailleurs voulaient résister à l'intervention de la police et défendre leur droit démocratique de manifester, Soundararajan a appelé au calme et à ce que les grévistes acceptent leur détention.

«Mieux vaut être dans la prison que dans la prison de l'usine», a déclaré cyniquement Soundararajan. «Aujourd'hui, nous allons être arrêtés pacifiquement et je lance un appel aux camarades de coopérer.»

Il a prié les autorités de «prendre des mesures contre la direction pour avoir provoqué cette grève». Soundararajan a condamné la société pour ne pas avoir suivi les recommandations du commissaire du travail selon lesquelles les travailleurs victimes de violences seraient réintégrés afin de désamorcer le conflit de travail.

Soundararajan n'a pas du tout critiqué les grandes entreprises, qui appliquent des politiques de libre marché pour permettre aux investisseurs internationaux de créer des zones économiques spéciales reposant sur des salaires de misère et des conditions de travail épouvantables. Le Front de gauche dirigé par le CPM a mis en œuvre des politiques similaires anti-classe ouvrière lorsqu'il a été à la tête des gouvernements des États du Bengale-Occidental, du Kerala et du Tripura.

Le dirigeant de la CITU a déploré le fait que les entreprises aient boycotté des réunions avec les syndicats organisées mardi par l'administrateur de district. Il a déclaré: «Si cette lutte n'est pas résolue dans les 15 prochains jours, nous allons avertir que nos 40 syndicats de la région se mettront en grève et mèneront cette lutte sous différentes formes à travers l'État.»

Ces commentaires n'étaient rien de plus qu'une rhétorique creuse. Le syndicat a indiqué à plusieurs reprises qu'il travaillait en étroite collaboration avec les entreprises et les autorités de l'État pour trahir la grève.

Cela a été souligné par une déclaration du syndicat après les arrestations. Il a dénoncé le gouvernement de l'AIADMK pour «avoir lâché la répression policière sur les travailleurs», et puis a lancé un autre appel pour qu'il «intervienne» dans le conflit.

Des reporters du WSWS ont parlé aux travailleurs lors du rassemblement de mardi.

Kathir, un ouvrier de Yamaha India âgé de 27 ans, a déclaré: «Notre principale revendication est la réintégration de deux travailleurs licenciés. Nous appelons également à la reconnaissance de notre syndicat.»

«Nous voulons une augmentation de salaire. Je travaillais avant dans une autre entreprise automobile. Je me suis fait embaucher avec l'espoir de devenir un travailleur permanent. Bien que je sois maintenant permanent, mon salaire est très bas. La plupart des sociétés de deux-roues fournissent des salaires [mensuels] avec un paiement de départ de seulement 25.000 roupies [340 dollars américains].»

«La direction intimide les travailleurs pour nous forcer à respecter les règles de l'entreprise. Ce n’est qu’à ce moment qu’ils nous laisseront retourner au travail. Nous sommes déterminés à poursuivre la lutte pour nos droits.»

Selvam, un autre ouvrier de Yamaha India, a déclaré: «Nous avons le droit de former un syndicat. Nous continuerons la lutte pour la réintégration de tous les travailleurs licenciés.»

(Article paru en anglais le 25 octobre 2018)