Le président chinois demande à l’armée de se préparer à la guerre

Par Peter Symonds
31 octobre 2018

Dans un autre signe de la montée rapide des tensions américano-chinoises et du danger de conflit, le président Xi Jinping a demandé à l’armée de son pays de se préparer à la guerre. Son discours, prononcé jeudi dernier devant le Commandement du théâtre sud de l’Armée de libération du peuple (APL), constituait une réponse aux actions agressives de l’Administration Trump, qui visait non seulement à intensifier la guerre commerciale, mais aussi à se préparer ouvertement à un conflit militaire avec la Chine et la Russie.

Xi, qui est également le commandant en chef de l’armée chinoise, a souligné la nécessité de forces militaires capables de « combattre et de gagner des guerres » et a demandé au commandement de « se concentrer [sur] les préparatifs en vue d’une guerre. » Il a déclaré : « Nous devons renforcer les exercices de préparation au combat, des exercices conjoints et les exercices de confrontation pour améliorer les capacités des soldats et la préparation à la guerre ».

« Vous travaillez constamment en première ligne et vous jouez un rôle clé dans la protection de la souveraineté territoriale nationale et des intérêts maritimes », a déclaré Xi. Le commandement avait « une lourde responsabilité militaire » de « prendre en compte toutes les situations complexes et d’élaborer des plans d’urgence en conséquence », a-t-il déclaré.

Le Commandement du théâtre de Sud de l’APA est responsable de la mer de Chine méridionale et du détroit de Taïwan : deux points poudrières qui pourraient déclencher la guerre. Sous l’Administration Trump, le Pentagone a déjà mené plus d’opérations provocatrices sur la liberté de navigation dans la mer de Chine méridionale – huit au total – que sous le président Barack Obama.

***PHOTO***

Un groupe aéronaval américain, Crédit photo : US Navy

La dernière provocation américaine, plus tôt ce mois-ci, a abouti à une rencontre rapprochée entre un navire de guerre chinois et l’USS Decatur, qui a délibérément défié les revendications maritimes chinoises en naviguant dans la limite des 12 milles marins d’îlots situés dans les îles Spratley sous contrôle chinois. Il va sans dire que si des navires de guerre chinois conduisaient de telles opérations au large des côtes américaines à proximité de bases militaires sensibles, cela provoquerait un tollé à Washington et des appels insistants à des représailles.

Les États-Unis envoient également un nombre croissant de navires de guerre dans l’étroit détroit de Taïwan, qui sépare la Chine de Taïwan, revendiquée depuis longtemps par Beijing sur son territoire. L’Administration Trump exacerbe délibérément les tensions à propos de Taïwan en renforçant les liens militaires avec Taipei.

Le ministre chinois de la Défense, Wei Fenghe, a déclaré la semaine dernière que Taïwan « faisait partie des intérêts fondamentaux de la Chine ». Il a carrément averti : « Sur cette question, il est extrêmement dangereux de contester à plusieurs reprises les intérêts fondamentaux de la Chine. Si quelqu’un tente de couper Taïwan de la Chine, l’armée chinoise prendra les mesures nécessaires à tout prix. »

Pourtant, c’est exactement ce que fait l’Administration Trump. Plus tôt ce mois-ci, CNN avait annoncé que la marine américaine se préparait à « une démonstration de force majeure » en novembre, à titre d’avertissement à la Chine. Le projet de proposition recommandait une série d’opérations concentrées sur une semaine comprenant l’envoi de navires de guerre et d’avions de guerre américains dans les eaux territoriales chinoises dans la mer de Chine méridionale et le détroit de Taïwan.

Ces projets font partie de préparatifs beaucoup plus vastes de la guerre entre les États-Unis et la Chine qui, avec la Russie, était qualifiée par le Pentagone a au début de l’année de « puissance révisionniste » et de concurrent stratégique. Dans un discours belliqueux prononcé plus tôt ce mois-ci, le vice-président américain Mike Pence a signalé une escalade dramatique du face-à-face du gouvernement Trump avec la Chine, qui a déjà entraîné une aggravation de la guerre commerciale.

Ce mois-ci, l’Administration Trump a également pris deux mesures militaires majeures qui auraient certainement sonné l’alarme à Beijing.

Un jour après le discours de Pence, le Pentagone a publié un rapport qui ne peut être interprété que comme une préparation économique à la guerre totale. Le rapport a appelé à la fin de la dépendance des États-Unis vis-à-vis des importations de matériaux et de fournitures stratégiques. Tout particulièrement, il s’agit des importations depuis de rivales telles que la Chine, et à la mise en place d’une « base industrielle de défense solide et de chaînes d’approvisionnement résilientes » afin de soutenir un conflit militaire prolongé.

La deuxième initiative – la décision de Trump de se retirer du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) – est encore plus incendiaire. Le traité signé entre les États-Unis et l’ex-Union soviétique en 1987 interdisait formellement la mise au point de missiles nucléaires à courte et moyenne portée. En se retirant de l’accord, Donald Trump a fait part de son intention d’élargir massivement l’arsenal nucléaire américain dirigé non seulement contre la Russie, mais surtout contre la Chine avec des armes nucléaires basées en Asie.

Le danger croissant d’un conflit nucléaire entre les États-Unis et la Chine a fait l’objet d’un article dans le dernier numéro d’Affaires étrangères, intitulé « L’option nucléaire de Pékin : pourquoi une guerre américano-chinoise pourrait-elle échapper à tout contrôle ». L’analyste Caitlin Talmadge a conclu qu’un conflit conventionnel avec les États-Unis menacerait nécessairement l’arsenal nucléaire relativement petit de la Chine.

Si tel était le cas, l’armée chinoise devrait choisir entre utiliser ses armes nucléaires ou perdre sa capacité de représailles contre une attaque nucléaire américaine. Talmadge a rejeté les assurances de routine du Pentagone selon lesquelles il n’y avait aucune probabilité de guerre nucléaire entre les États-Unis et la Chine. « S’il était déployé contre la Chine, le style de guerre conventionnel préféré du Pentagone [pour écraser les ressources militaires de l’ennemi] serait une recette pour une escalade nucléaire », a-t-il averti.

La réaction de Xi Jinping et du Parti communiste chinois (PCC) à la menace d’agression américaine n’a rien de progressiste. Le régime du PCC représente les intérêts de la minuscule couche d’oligarques super riches qui ont amassé d’énormes richesses au cours du processus de restauration capitaliste amorcé en 1978. En tant que tel, Beijing est organiquement incapable de faire appel à la classe ouvrière en Chine et dans le monde afin de monter une offensive de classe unifiée contre le capitalisme et son système démodé d’États-nations. Au lieu de cela, Xi a cherché à apaiser l’impérialisme américain en offrant des concessions, tout en accélérant le renforcement militaire de la Chine, une recette pour la guerre.

La tentative des États-Unis de faire la guerre à la Chine, initiée par Obama et accélérée par Trump, découle de la crise de plus en plus profonde du capitalisme mondial, centrée sur les États-Unis. Dans une tentative désespérée de contrecarrer son propre déclin historique, l’impérialisme américain considère la Chine comme la principale menace actuelle pour son hégémonie mondiale et ne recule devant rien pour subordonner la Chine à ses intérêts économiques et stratégiques.

Le danger montant de la guerre nucléaire doit trouver une réponse dans la construction d’un mouvement anti-guerre unifié de la classe ouvrière en Chine, aux États-Unis et dans le monde basé sur une perspective socialiste visant à mettre un terme au système capitaliste qui menace de plonger l’humanité dans la barbarie.

(Article paru d’abord en anglais le 30 octobre 2018)