Les enseignants mobilisés face à l'attaque de Macron sur l’Education nationale

Par Anthony Torres
13 novembre 2018

Hier, les enseignants se sont mobilisés contre le volet Education nationale du budget 2019 du gouvernement Macron. C'était le première fois que l'ensemble des syndicats appelaient à une journée de mobilisation dans l'Education nationale depuis 2011.

Pour cette première journée de mobilisation près d'un enseignant sur deux dans le second degré et un sur quatre dans le primaire selon les syndicats, le ministère ne recensant que 10 pour cent de grévistes. Des défilés ont réuni environ 4.000 enseignants à Paris, 1.000 à Marseille, 2.500 à Lyon, 850 à Nantes, 800 à Caen et 700 à Clermont-Ferrand, selon les chiffres des préfectures de police.

Les enseignants s’opposent à la suppression de 2.650 postes dans les collèges et lycées publics, 550 dans le privé, et 400 dans l'administration. C'est ce que prévoit le volet Education nationale du budget 2019 qui sera discuté en session plénière aujourd'hui à l’Assemblée, alors que l'agence des statistiques du ministère de l'Éducation prévoit une hausse de 40.000 élèves à chaque rentrée entre 2019 et 2021 dans le secondaire.

Afin de compenser la suppression de postes, le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin, propose d’avoir recours à d’avantage de contractuels en lieu et place d’un recrutement d’enseignants par voie de concours. Ceci provoque l'opposition des enseignants, aui craignent la casse de leur statut et le recours massif au travail précaire dans l’Education nationale.

A la manifestation sur Paris, les reporters du WSWS ont pu rencontrer Caroline, enseignante dans un lycée venue «manifester contre les suppressions d'emplois prévues dès la rentrée prochaine en particulier dans les lycées». Concernant les emplois contractuels, elle a expliqué qu' «il y en a déjà pas mal. Il y a beaucoup d'échelons différents entre les agrégés, contractuels et certifiés. Cela crée des inégalités inutiles parce qu'on n'est pas payé la même chose, alors on fait le même boulot dans les mêmes conditions.»

Caroline a aussi mis en avant que la suppression de poste allait entraîner une augmentation des effectifs par classe, «ce qui va être très compliqué pour les établissements scolaires et les élèves qui sont en décrochage scolaire.»

Autre sujet légitime de la colère des enseignants concerne la réforme de la filière professionnelle, qui prévoit de fusionner les lycées pros avec les Centres de formation d’apprentis. Les matières générales tels le français, l’histoire et les mathématiques verraient leurs nombres d’heures diminuer, ce qui nuirait à la culture générale des jeunes.

Enfin les enseignants ont vu leur condition de travail décliner. Les enseignants français sont parmi les moins bien payés de l’Union européenne, leur point d’indice étant gelé depuis plusieurs années tout en ayant une charge de travail qui croît. Selon les statistiques de l’Insee, un professeur du second degré fait en moyenne 41 heures par semaine, bien loin des 35 heures.

La mobilisation des enseignants fait partie d’une vague de lutte et une radicalisation internationales des enseignants et plus largement des travailleurs depuis le début de 2018.

En mars de cette année, 33 000 enseignants de Virginie occidentale se sont mis en grève débordant les syndicats contre l’augmentation de salaire minime négociée entre le gouverneur et les syndicats durant neuf jours. En réponse aux débrayages locaux et à une vague de soutien parmi les enseignants à travers l’État, les syndicats ont appelé une grève de deux jours, qui, espéraient-ils, laisserait l’ardeur des grévistes s’épuiser et leur permettrait de conclure un accord avec le gouverneur et les législateurs de l’État.

La grève a ensuite été prolongée de deux jours avant que les syndicats ne reviennent avec un accord pourri et appellent les enseignants à retourner au travail. Encore une fois, les enseignants ont tenu des réunions impromptues dans tout l’État et ont voté pour rejeter le retour au travail.

Les protestations d’enseignants se sont multipliaient dans une dizaine d’états des USA rejoint par des travailleurs des télécommunications et de l’automobile mais aussi en dehors des Etats Unis, puisque la grève s’est exportée au Royaume-Uni, au Kenya, et en Argentine.

Une vaste colère sociale couve parmi les travailleurs contre la politique de Macron, dont la politique économique n'est approuvée selon un sondage Elabe que par 6 pour cent des Français. Conscient de la rébellion naissante des travailleurs américains contre les syndicats corporatistes et anti-ouvrier, et du soutien obtenu par les enseignants plus largement auprès des travailleurs, les syndicats en France appellent à un jour d'action. Ils veulent éviter de se faire déborder, alors qu'ils négocient les attaques contre les acquis sociaux et le financement du militarisme lors du «dialogue social» avec Macron.

Les enseignants et les travailleurs ne peuvent s'attendre à rien des syndicats, qui ne sont pas opposés à la politique d’austérité du PS et de Macron. Ils n’ont pas cherché à mobiliser largement les enseignants contre l’austérité pendant 7 ans, et ils ont isolé les enseignants en France du mouvement international naissant des enseignants, des cheminots et autres sections de travailleurs en lutte en France et à travers l'Europe.

Les travailleurs doivent tirer les leçons des expériences de la lutte des cheminots contre la privatisation de la SNCF et la casse de leur statut, lutte trahie par les syndicats.

Alors que les cheminots font partis historiquement des sections les plus combatives de la classe ouvrière, Macron a pu attendre plusieurs mois que les syndicats épuisent les cheminots grévistes avec un calendrier de «grèves perlées» pour faire passer la réforme. A l'époque, les travailleurs de l'énergie et les étudiants étaient aussi mobilisés en lutte contre la politique de Macron. Mais les syndicats, appuyés par le Nouveau parti anticapitaliste et Jean-Luc Mélenchon, ont isolé les différentes grèves malgré le désir des travailleurs d’unifier leur lutte contre Macron.

Pour lutter contre Macron, il n'y a pas d'autre option pour les travailleurs que de prendre leurs propres luttes en main et de s'organiser indépendamment des appareils syndicaux, en organisant des comités d’action sur les lieux de travail, élus par et parmi les travailleurs, afin de mener et d’unifier la lutte avec les autres couches de travailleurs en France et autour du monde.