La classe ouvrière doit se porter à la défense des travailleurs de Postes Canada

Par Laurent Lafrance
21 janvier 2019

Le processus d'arbitrage exécutoire imposé par le gouvernement qui, en vertu du projet de loi C-89, le projet de loi anti-ouvrier des libéraux, vise à déterminer les salaires et les conditions d'emploi de 50.000 facteurs et trieurs de courrier de Postes Canada a officiellement débuté la semaine dernière.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau et l'ensemble de la classe dirigeante, après avoir interdit la campagne de grèves tournantes des postiers, considèrent que l'imposition de nouvelles concessions aux postiers est essentielle à leur programme d'austérité des grandes entreprises, d'agression et de militarisme à l'étranger.

Il est donc impératif que tous les travailleurs viennent à la défense des postiers.

L'arbitre nommé par le gouvernement, Elizabeth MacPherson, se range depuis longtemps du côté des grandes entreprises en tant que médiatrice et arbitre du ministère fédéral du Travail et présidente du Conseil canadien des relations industrielles (CCRI). Il est certain qu'elle appuiera et appliquera les exigences de la direction. Il s'agit notamment d'une vaste expansion des travailleurs postaux temporaires, de formules de travail souples qui obligent les travailleurs postaux à être prête à recevoir les ordres de la direction 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, d'augmentations salariales inférieures au taux d'inflation et de changements purement symboliques à un régime de travail brutal qui laisse les facteurs avec des blessures invalidantes sur une base quotidienne.

Cependant, plutôt que de rallier la classe ouvrière à la défense des postiers et de faire de leur lutte le fer de lance d'une offensive ouvrière contre les concessions, le démantèlement des services publics et la criminalisation de la résistance ouvrière, le Syndicat des postiers du Canada (STTP) et ses «alliés» du Congrès du travail font tout pour isoler et enterrer leur lutte. Cela est conforme à leur rôle tout au long du conflit, qui a été de démobiliser les postiers et de saboter toute véritable lutte contre Postes Canada et le gouvernement libéral.

Au début de l'arbitrage, le STTP a publié deux déclarations – ses premiers commentaires publics sur la lutte des postiers en près d'un mois – dans lesquelles il affirmait que «la lutte continue».

«Nous n'arrêterons pas de nous battre», a affirmé Mike Palecek, président du STTP, «tant que nous n'aurons pas résolu notre crise de santé et de sécurité, maximisé les possibilités d'emploi à temps plein dans le service postal et atteint l'égalité pour les femmes.»

Tout cela n'est que de la poudre aux yeux. La direction du STTP n'a même pas appelé à une manifestation de protestation depuis qu'elle a ordonné aux postiers de mettre fin à tous leurs débrayages conformément à la loi de retour au travail des libéraux. En effet, Palecek et ses collègues bureaucrates craignaient tellement que les travailleurs ne choisissent de défier la législation libérale qu'ils ont refusé de convoquer une grève nationale ou même des assemblées générales des membres pendant que le projet de loi C-89 des libéraux était adopté d'urgence au Parlement.

Le STTP a coopéré avec le processus de médiation bidon prévu par la loi libérale pour briser la grève, et il a maintenant l'intention de se soumettre à l'arbitrage exécutoire.

Malgré le bluff rhétorique qu’utilise le STTP à l’occasion, l'objectif principal du syndicat est d'empêcher que la lutte des travailleurs des postes ne sorte de la camisole de force d'un conflit de négociation collective et devienne une lutte politique ouvrière contre Postes Canada et le gouvernement libéral.

La direction du STTP voudrait faire croire aux postiers qu'ils sont isolés et impuissants. En fait, un défi lancé par les postiers rallierait l'appui des travailleurs de tout le Canada et des travailleurs à l'étranger.

Les enjeux et les problèmes auxquels font face les postiers – la prolifération des emplois à deux vitesses et précaires, les conditions de sécurité épouvantables, les bas salaires, l'utilisation du changement technologique pour réduire le nombre d'emplois et intensifier le travail, le démantèlement des services publics – sont communs à des millions de travailleurs des secteurs public et privé du Canada tout entier.

La criminalisation de la grève des postiers et l'imposition de l'arbitrage sont une attaque contre l'ensemble de la classe ouvrière. Elle fait partie de la réponse de la classe dirigeante canadienne à la plus grande crise du capitalisme mondial depuis la Grande Dépression; une crise qui alimente maintenant la guerre commerciale et une montée des conflits impérialistes entre grandes puissances. Le gouvernement Trudeau est déterminé à faire payer à la classe ouvrière pour les milliards qui seront dépensés au cours des prochaines années afin de moderniser la machine de guerre du Canada, et les milliards qui seront confiés à l'élite des entreprises pour concurrencer les réductions d'impôt du gouvernement Trump et pour compenser les tarifs commerciaux américains.

La criminalisation de la grève des postes souligne que le gouvernement Trudeau, malgré sa posture «progressiste», n'est pas moins déterminé que le précédent gouvernement conservateur dirigé par Stephen Harper à utiliser toute la force de l'État capitaliste pour supprimer l'opposition de la classe ouvrière. En fait, l'interdiction des grèves chaque fois que les travailleurs sont en position de force est devenue la norme au Canada, comme en témoigne l'interdiction récente des mesures prises par les travailleurs de la construction du Québec, les enseignants des collèges de l'Ontario et les travailleurs d'Ontario Power Generation.

La capitulation du STTP face à cet assaut encouragera davantage l'élite au pouvoir.

Dirigé par Mike Palecek, un ancien membre du groupe de pseudo-gauche Fightback, le STTP se présente comme l'un des syndicats les plus militants du Canada. En remportant l'élection au poste de président du syndicat en 2015, M. Palecek a fait un appel démagogique à la colère des membres de la base au sujet de la capitulation de la direction précédente devant la loi de retour au travail de 2011 du gouvernement conservateur Harper, et l'acceptation subséquente de vastes concessions, y compris des réductions des pensions et une expansion supplémentaire des emplois temporaires et «multi-tiers».

L'été dernier, les postiers ont voté massivement en faveur d'une grève nationale. Mais le STTP a refusé d'agir en vertu de ce mandat, optant plutôt pour une campagne inefficace de grèves tournantes. Même après que Trudeau eut signalé que son gouvernement préparait une loi de retour au travail, Palecek et le STTP ont continué à ne pas parler de la menace d'une intervention gouvernementale.

Lorsque Palecek a finalement abordé la question de la loi de retour au travail, il l'a fait aux côtés du président du Congrès du travail du Canada (CTC), Hassan Yussuff, qu'il a présenté comme un allié des postiers dans son opposition à Trudeau et à sa loi antigrève. En fait, le CTC n'a cessé de comploter avec les gouvernements pour étouffer l'opposition de la classe ouvrière et les grèves, tout en apportant un soutien explicite aux gouvernements libéraux, néo-démocrates et péquistes qui ont imposé l'austérité.

Les liens corporatistes entre le CTC, ses affiliés et le gouvernement libéral Trudeau sont sans précédent, Yussuff étant lui-même conseiller officiel de l'équipe de négociation de l'Accord de libre-échange nord-américain de Trudeau.

La «campagne» que le CTC a organisée pour «soutenir» les travailleurs des postes et contre le projet de loi C-89 était une imposture. Le CTC a parrainé une série de «piquets de grève communautaires» peu fréquentés afin de couvrir sa lâche capitulation et celle du STTP face à l'interdiction par les libéraux de la grève des postes. Lorsque plusieurs de ces piquets de grève ont brièvement perturbé l'entrée et la sortie des camions de livraison du courrier dans les usines de tri postal, Postes Canada a réagi par des injonctions judiciaires et le CTC a rapidement mis fin à ses actions.

Le bluff militant de Palecek n'ayant abouti à rien – ou plutôt ayant servi de couverture pour le sabotage de la lutte des postiers par la bureaucratie – non seulement Trudeau, mais aussi les gouvernements populistes de droite que la classe dirigeante a portés au pouvoir en Ontario et au Québec vont intensifier leurs attaques contre les travailleurs.

Les travailleurs doivent se méfier. Face à un gouvernement conservateur dirigé par Doug Ford en Ontario et à un gouvernement de la CAQ au Québec qui a l'intention de sabrer et de privatiser les services publics et de faire des immigrants et minorités des boucs émissaires, la réaction des principaux syndicats a été encore plus honteuse que celle du STTP.

Dans des conditions où Ford a imposé un gel de l'embauche dans le secteur public, réduit les prestations d'aide sociale, annulé une augmentation du salaire minimum, éviscéré les normes du travail, interdit à deux reprises les mesures d'emploi des travailleurs et promis des milliards de dollars de compressions budgétaires, la Fédération du travail de l'Ontario n'a lancé aucune protestation. Au lieu de cela, elle exhorte les travailleurs à attendre les élections provinciales dans plus de trois ans pour voter contre Ford, allant jusqu'à afficher sur sa page d'accueil un compte à rebours indiquant les jours, les heures et les minutes jusqu'à l'élection d'un gouvernement «progressiste», c'est-à-dire un gouvernement propatronal, des libéraux ou du NPD.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, de son côté, réclame un «dialogue social» avec le gouvernement de François Legault, la CAQ, qui s'est engagé à réduire la réglementation et les impôts des entreprises et à démanteler les services publics.

Les conditions sont réunies pour une puissante contre-offensive de la classe ouvrière face à cette attaque de la classe dirigeante. La grève des postiers s'inscrit dans une résurgence de la lutte des classes. Pas plus tard que la semaine dernière, les travailleurs de l'usine GM d'Oshawa ont pris des mesures indépendantes du syndicat Unifor pour arrêter la production afin de protester contre les plans de l'entreprise de fermer l'usine.

De plus, cette recrudescence s'inscrit dans une rébellion mondiale de la classe ouvrière contre l'austérité et les inégalités sociales, comme en témoignent les manifestations des Gilets jaunes en France, les grèves des enseignants américains, et celle des travailleurs mexicains des maquiladoras.

Les travailleurs des postes et tous les travailleurs qui cherchent un moyen de défendre leur emploi et d'affirmer leurs droits sociaux doivent fusionner leurs luttes avec la montée croissante de la classe ouvrière internationale et canadienne. Pour ce faire, il faut que les postiers prennent en main la direction de leur lutte, en établissant des comités d'action de la base, entièrement indépendants de l'appareil procapitaliste du STTP, dans chaque milieu de travail de Postes Canada. Ces comités devraient préparer une grève nationale générale pour défier la législation gouvernementale antigrève et le contrat de concession en cours de préparation par l'arbitre.

Une telle grève deviendrait une lutte politique contre le gouvernement libéral des grandes entreprises et l'appareil répressif de l'État, que l'élite dirigeante déploie invariablement pour tenter d'intimider les travailleurs et briser la grève. Pour l'emporter, les postiers devront galvaniser l'opposition massive à l'austérité qui existe dans tous les secteurs de la classe ouvrière et faire de leur lutte le catalyseur d'un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière visant à porter au pouvoir un gouvernement ouvrier.

(Article paru en anglais le 18 janvier 2019)