La direction de Corbyn s'incline devant la chasse aux sorcières blairiste de l'antisémitisme

Par Robert Stevens
11 février 2019

La droite blairiste du Parti travailliste a doublé la mise dans sa campagne calomnieuse contre le chef du parti, Jeremy Corbyn et ses partisans, citant de fausses déclarations d'antisémitisme généralisé à « la gauche ».

Lundi soir, les députés du Parti travailliste parlementaire (PLP) ont adopté une motion accordant à Corbyn une semaine pour s'attaquer aux cas d'antisémitisme au sein du parti et leur faire fournir un compte rendu sur le traitement des mesures disciplinaires.

La motion a été proposée par Catherine McKinnell et appuyée par Ruth Smeeth, qui ont joué un rôle clé dans les tentatives de calomnier Corbyn et forcer sa démission (article en anglais).

Smeeth a été démasquée dans une publication de WikiLeaks des câbles diplomatiques de l'ambassade des États-Unis qui l’ont décrite comme un atout à «strictement protéger».

Jennie Formby, secrétaire générale du Parti travailliste et proche soutien de Corbyn, a été soumise à des diatribes hystériques lors de la réunion des députés de droite qui ont dénoncé une lettre de sa main selon laquelle que depuis sa prise de fonctions en avril dernier, tous les cas d'antisémitisme vérifiable au sein du parti ont été examinés. Le Parti travailliste avait réussi à «traiter toutes les affaires d'antisémitisme en suspens auparavant par le processus du comité de l’enquête et de règlement des différends», a-t-elle écrit.

La députée Wes Streeting, a réagi à la déclaration de Formby en laissant entendre que c’était un mensonge qui « défie l’entendement »

Le but de cette dernière offensive est clair. À peine deux jours avant la réunion, l' Observer a rapporté qu'il avait été informé qu'il y avait au moins six dirigeants travaillistes de droite qui s’apprêtaient à fonder un nouveau parti dissident. Ces députés s’opposaient à « l’autorité de Jeremy Corbyn sur le Brexit et sur d'autres questions clés telles que l'immigration, la politique étrangère et l'antisémitisme », a-t-il noté.

Angela Smith, Chris Leslie et Luciana Berger figuraient au nombre des six. Quatre jours avant la réunion du PLP, Berger a pris la parole lors du dîner annuel de la Yad Vashem UK Foundation, déclarant qu'elle avait «complètement honte et était en colère et révoltée par la montée de l'antisémitisme à gauche et au sein du Parti travailliste». Elle a ensuite écrit un article dans le Times déclarant: «J'en ai assez d'être souillée par l’accusation d’antisémitisme travailliste. Je suis de plus en plus préoccupé par le fait que les comités de discipline du Parti travailliste ferment les yeux sur la haine envers les Juifs.»

La motion de la droite des députés travailliste s’alignait sur l’assertion que: «il y a 10 mois la communauté juive britannique [ en réalité eux-mêmes, des groupes sionistes et des sections du Parti conservateur] s'est rendue à la Place du Parlement pour la manifestation Enough is Enough [Assez c’est Assez] réclamant que le Parti travailliste prenne des mesures contre l'antisémitisme […] Au cours des mois qui ont suivi, les députés travaillistes sont consternés par le fait qu'il reste un tel nombre de cas d'antisémitisme à être examinés et tranchés, en particulier les cas très médiatisés que le parti avait promis d’être réglés avant juillet 2018.»

La motion demandait des informations personnelles sur les membres du Parti travailliste qui pourraient faire l’objet d’une enquête. Lorsque Formby a refusé de transmettre ces données, les chasseurs de sorcières ont déclaré que c'était la preuve que les antisémites étaient protégés par Corbyn. En marge de la réunion des députés du parti, la dirigeante de droite, Margaret Hodge, a déclaré qu'il restait le «cancer de l'antisémitisme dans le Parti travailliste». Elle a dénoncé Formby, déclarant: «La résolution a été unanimement soutenue par le Parti travailliste parlementaire, puis par le secrétaire général du parti a essentiellement déclaré qu'elle n'était pas disposée à nous fournir les informations requises dans la résolution.»

Un porte-parole du Parti travailliste a confirmé par la suite que Formby avait raison de ne pas transmettre de données sur les membres: «Les procédures pour traiter des plaintes sont confidentielles et le parti a la responsabilité de protéger les données de ses membres.»

Un rapport publié cette semaine par l’Association de sécurité de la communauté sioniste (CST) a été cité comme preuve de la manière dont la direction du Parti travailliste de Corbyn avait déclenché une vague d'antisémitisme.

Même selon ses propres critères, il ne fait rien de tel.

Selon le CST, 1652 incidents d'antisémitisme ont été signalés au Royaume-Uni au cours de l'année dernière, soit une augmentation de 16% par rapport à 2017. Son directeur, David Delew, a déclaré: «Depuis le début des années 2000, il est de plus en plus évident que les conflits à l'étranger sont la cause de la forte augmentation soudaine de l'antisémitisme national. Bien sûr, cela était particulièrement évident quand Israël défrayait la chronique.»

«Maintenant, 2016, 2017 et 2018 sont toutes les années les plus mauvaises enregistrées, mais la dynamique est très différente. En termes simples, Israël n'a pas été totalement en guerre et cet antisémitisme plus récent concerne la situation de la Grande-Bretagne aujourd'hui.»

En fait, le rapport indique que les incidents mensuels les plus importants se sont produits en avril et en mai derniers (151 et 182 incidents) lors de manifestations lorsque des soldats israéliens ont tué et blessé des milliers de Palestiniens qui manifestaient à la frontière avec Gaza. En outre, environ un tiers des incidents (456) «impliquait un langage ou des images liées à l'extrême droite ou à la période nazie; l’extrême droite.»

Sans préciser les incidents auxquels la CST faisait référence, elle a déclaré qu'il y avait «148 incidents en 2018 qui étaient des exemples de, ou se sont produits dans le cadre de discussions sur l'antisémitisme au sein du Parti travailliste».

Même si l'on prenait ces chiffres pour argent comptant, cela signifie que moins de 9% de tous les incidents antisémites au Royaume-Uni sont liés, d'une certaine manière, à des «discussions» au sein du parti travailliste. Le rapport est également obligé de noter que de tels cas n’ont été enregistrés que dans la période qui a suivi la reprise par les partisans de Tony Blair de leur sale campagne, accusant Corbyn de transformer le parti en un sanctuaire pour les antisémites. Il déclare: «Bien qu'aucun incident lié au Labour n'ait été enregistré en janvier ou en février, 9 l'ont été en mars et 15 en avril. Cela a coïncidé avec des histoires très médiatisées liées à des allégations d'antisémitisme au Parti travailliste».

La seule tentative dans le rapport de donner des exemples concrets d'antisémitisme au sein du parti inclut, comme «étude de cas», une lettre prétendument remise aux mains propres du bureau de circonscription de Berger, signée anonymement par des «partisans de Corbyn», qui se disent noirs, appellent Corbyn du nom de «Jezza» et inclut la déclaration fasciste que «la racaille juive» devrait être tuée dans des chambres à gaz. Elle se termine par une citation de Louis Farakhan, leader nationaliste de la Nation of Islam, un antisémite virulent.

Face à l'opposition écrasante des membres du Parti travailliste, les blairistes n'ont pu mener une campagne basée sur un tel ramassis de mensonges à cause des capitulations constantes de Corbyn et de son entourage, qui se sont opposés à toute initiative de les chasser du parti sous prétexte de vouloir maintenir «l’unité du parti».

Mardi soir, un jour après la réunion des députés travaillistes, le chancelier fantôme du Parti travailliste John McDonnell a répondu aux appels des auditeurs de la station de radio LBC. Un auditeur, Oliver, a demandé à McDonnell: «Quand est-ce que l'équipe de Jeremy Corbyn, y compris vous-même, va-t-elle affronter cette campagne calomnieuse d'antisémitisme?»

McDonnell a répondu: «J'ai vu les menaces proférées contre certains de nos membres et députés juifs, alors ce n'est pas une campagne calomnieuse et nous devons y faire face.»

Trois jours plus tard, McDonnell a été interrogé pour savoir s'il était d'accord avec les membres de la circonscription de Wavertree de Luciana Berger pour avoir voté une motion de censure à l’encontre de Berger. McDonnell s'est opposé aux mesures visant à destituer Berger, en déclarant: «Mon conseil à Luciana est simplement de dire aux gens que vous ne soutenez pas un parti séparatiste, que vous restez fidèle au Parti travailliste et que vous ne quittez pas le navire. Et pour que les membres des sections locales du parti puissent se mettre à table avec Luciana et dire «comment pouvons-nous vous soutenir? Comment pouvons-nous travailler ensemble à l'avenir? Et ensuite surmonter les difficultés actuelles.»

Le chef adjoint du Parti travailliste, Tom Watson, a soutenu Berger «alors qu'elle combattit la haine intimidante des membres de son propre parti», et a appelé à la suspension de la section du parti dans la circonscription de Wavertree. Sous cette pression, les deux résolutions ont été retirées et la réunion à laquelle elles devaient être discutées annulée.

Comme le Parti de l’égalité socialiste (Royaume-Uni) l'avait averti dans sa résolution du congrès de 2018, «Corbyn et sa coterie préféreraient que leurs propres partisans soient expulsés plutôt que de rompre avec la droite blairiste».

A voir aussi en anglais:

Retreat by Corbynites on anti-Semitism definition emboldens UK right-wing
[6 Septembre 2018]

(Article paru en anglais le 9 février 2019)