Bernie Sanders annonce sa campagne présidentielle pour 2020

Par Niles Niemouth
21 février 2019

Le sénateur Bernie Sanders a fait une annonce, qui était attendue, mardi à la Vermont Public Radio et dans une vidéo postée sur YouTube. Il allait solliciter la nomination du Parti démocrate en tant que candidat à l’élection présidentielle de 2020. Sanders est le 10ème candidat démocrate à annoncer une campagne ou la création d’un comité exploratoire. Au moins 16 autres personnes envisagent activement de briguer la présidence.

En 2016, Sanders attira un large soutien de travailleurs et de jeunes, en raison de son engagement à lutter contre les inégalités sociales. Des auditoires de masses écoutèrent ses dénonciations de l'inégalité économique et son appel à une «révolution politique» contre la «classe des milliardaires». Au choc et à l'horreur de l’élite du Parti démocrate et à sa propre surprise, Sanders a obtenu plus de 13 millions de votes, remportant des victoires inattendues contre Hillary Clinton lors aux primaires des Etats du Rust Belt [friche industrielle] dans le Michigan, l'Indiana et le Wisconsin.

Alors même qu'il gagnait le soutien populaire, des courriels publiés par WikiLeaks montraient que la campagne Clinton travaillait avec le Comité national démocrate pour saper la campagne de Sanders et faire en sorte que Clinton, détestée par les travailleurs et les jeunes pour ses politiques pro-guerre et pro-affaires, serait la candidate du parti.

Malgré ces révélations dommageables, Sanders joua le rôle qui lui avait été assigné, en entérinant la candidature de Clinton lors de la convention du parti et en demandant à ses partisans de voter pour la candidate préférée de Wall Street, de l’armée et des services de renseignement. Ce fut là tout le résultat de sa « révolution politique ».

D’importantes transformations ont eu lieu dans la vie sociale et politique depuis la première campagne électorale de Sanders. Les deux dernières années ont vu une recrudescence de la lutte de la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde. En 2018, on a vu aux États-Unis le plus grand nombre de grèves depuis 32 ans. La vague de grèves d’enseignants qui a débuté l’année dernière en Virginie-Occidentale est de retour dans cet État cette semaine, et des milliers d’enseignants sont sur le point de faire grève à Oakland, en Californie. Plus de 33 000 enseignants ont fait grève à Los Angeles le mois dernier et 5 600 enseignants de Denver ont débrayé la semaine dernière. L’opposition des travailleurs de l’automobile aux États-Unis et au Canada à la fermeture d’usines et au recul des avantages sociaux s’intensifie alors que les négociations sur les conventions collectives doivent commencer plus tard cette année.

Des dizaines de milliers de travailleurs des ‘maliquadoras’ se rebellent contre leurs syndicats et font grève au Mexique, les manifestations des Gilets jaunes contre le gouvernement Macron se poursuivent en France et d'importantes grèves ont éclaté en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Inde, en Afrique du Sud et dans d'autres pays.

La classe dirigeante est terrifiée à l'idée que cette vague croissante de luttes de classe fasse la jonction avec un programme et une perspective socialistes.

C’est là le sens du discours fascisant prononcé par Trump lundi, suite à son discours sur l’état de l’Union. «Le crépuscule du socialisme est arrivé dans notre hémisphère», a-t-il déclaré devant un auditoire à l’université de Floride, quelques jours seulement après la proclamation de l'état d'urgence qui mobilisera l’armée pour construire, au mépris du Congrès, un mur le long de la frontière avec le Mexique. L'attaque par Trump de droits démocratiques et constitutionnels fondamentaux est une déclaration de guerre à la classe ouvrière et à toute opposition aux diktats de l'élite patronale.

Quelles que soient les espérances de Trump, l’heure n’est pas au «crépuscule» du socialisme mais bien plutôt à son contraire. Les luttes de masse des travailleurs et des jeunes les font directement entrer en conflit avec la classe dirigeante et le système capitaliste.

Sanders n'est pas le représentant de ce mouvement de la classe ouvrière insurgée. Comme le WSWS l'a écrit en février 2016, lorsque les sondages indiquaient un soutien croissant pour lui dès le début des primaires démocrates: «Il est plutôt le bénéficiaire temporaire d'une vague d'opposition croissante qui n’en est qu’à ses balbutiements et va se décanter sur le plan social et de classe». Le WSWS expliqua que Sanders était la réponse de la classe dirigeante à ce mouvement. Sa fonction a été et reste de servir de paratonnerre pour détourner l’opposition sociale et la faire revenir vers le Parti démocrate.

Toute mention de «capitalisme», de «socialisme», de «fascisme», d’«impérialisme», d’«internationalisme», d’«égalité» ou de «classe ouvrière» a été exclue de la déclaration d'ouverture de la campagne de Sanders.

Il a déclaré mardi que sa campagne visait «à transformer notre pays et à créer un gouvernement fondé sur les principes de justice économique, sociale, raciale et environnementale», mais il n'a pas expliqué comment cela pourrait se faire à travers le Parti démocrate.

La fraude fondamentale promue par Sanders et des individus comme Alexandria Ocasio-Cortez, est que le Parti démocrate peut être poussé à gauche et qu’on puisse en faire une force de changement progressiste. Articulant cette fiction politique, Bhaskar Sunkara, rédacteur en chef de Jacobin et membre influent des Socialistes démocrates d'Amérique (DSA), a proclamé mardi dans une chronique du journal The Guardian: «Sanders a lancé une révolution en 2016. Il peut l'achever en 2020».

L'affirmation selon laquelle Sanders pousse les démocrates à gauche est démentie par les faits. Au cours des deux dernières années, les démocrates ont axé leur opposition à Trump sur des questions de politique étrangère impérialiste, en particulier sur la demande d'une action militaire plus agressive au Moyen-Orient et contre la Russie. Ils ont servi de porte-parole aux sections dominantes de l'armée et des services de renseignement en exigeant une escalade de la censure sur Internet au nom de la lutte contre les «fausses nouvelles». Loin de s'opposer à cette politique de droite, Sanders lui a apporté son soutien.

Les démocrates ont réagi aux attaques fascisantes de Trump contre les immigrés en accordant plus d'un milliard de dollars pour la «sécurité des frontières» tout en soutenant une augmentation massive du financement de l'armée. Ils ont facilité les attaques du gouvernement contre les programmes sociaux et ses réductions d'impôts pour les riches à hauteur de milliers de milliards de dollars

Les démocrates ont défendu sans relâche la politique d’identité, notamment par le biais de la chasse aux sorcières #MeToo qui sert à diviser la classe ouvrière tout en sapant les droits démocratiques fondamentaux comme le procès en bonne et due forme et la présomption d'innocence. Le seul fait qu’on associe Sanders à une opposition aux inégalités économiques a suscité des reproches au sein de son propre parti, qui entend, comme en 2016, fonder sa campagne de droite sur la politique d’ethnicité, de sexualité et de genre, visant à mobiliser les couches privilégiées de la classe moyenne supérieure derrière Wall Street et l'armée.

Les expériences avec des démocrates «progressistes» et «pro-travailleurs» ne manquent pas, et elles se terminent toujours par un désastre. Le Parti démocrate est le cimetière de tous les mouvements sociaux progressistes. Sanders cherche encore une fois à mener la classe ouvrière et les jeunes dans une impasse politique.

On n’obtiendra pas l'abolition de l'inégalité sociale et de la dictature des riches et on ne s’opposera pas avec succès au danger de la guerre, du fascisme et de l'autoritarisme par des raccommodages superficiels et des réformettes d’ailleurs impossibles à réaliser dans une structure sociale capitaliste dominée de haut en bas par une oligarchie riche et parasitaire jusqu’à l’obscène. Les intérêts de la classe ouvrière ne peuvent être garantis que par une réorganisation fondamentale et révolutionnaire de la vie sociale et économique, aux États-Unis et dans le monde.

L'égalité sociale et la démocratie véritables ne peuvent être réalisées qu’à travers l'instauration du socialisme. Cela nécessite la création d'organes du pouvoir de la classe ouvrière, l'expropriation des riches et la transformation des sociétés géantes en services contrôlés publiquement. Rien de cela ne peut être obtenu sans une attaque frontale contre le système capitaliste lui-même.

(Article paru d’abord en anglais le 20 février 2019)