Mexique : Les attaques de l’État et des entreprises contre les travailleurs de Matamoros s’intensifient

Par Andrea Lobo
25 février 2019

Au milieu de la rébellion en cours contre les syndicats et les entreprises par les travailleurs des pièces d’automobile à Matamoros, au Mexique, la classe dirigeante intensifie ses efforts pour sévir contre les travailleurs.

Des voyous du syndicat ont récemment agressé les travailleurs de l’automobile de Fisher Dynamics qui avaient envoyé une vidéo la semaine précédente aux WSWS pour soutenir la manifestation du 9 février.

De plus, lundi matin, des dizaines de policiers anti-émeutes ont violemment démantelé un piquet de grève des grévistes de Bright Finishing à Matamoros, blessant un travailleur et arrêtant un jeune qui était présent.

La police sévit contre les piquets de grève à Bright Finishing (Photo : Crédit La Frontera Dice)

Plus de 50 usines dites « maquiladora » à Matamoros ont accepté l’augmentation et la prime exigées par les travailleurs en grève, tandis que 20 entreprises sont toujours en grève dans la ville, selon le Secrétariat au travail. Les associations de maquiladora, qui représentent largement les entreprises américaines, menacent d’une contre-attaque massive qui impliquerait des dizaines de milliers de licenciements. Le 14 février, des groupes d’entreprises ont appelé à « l’intervention immédiate » du gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO) et de la bureaucratie syndicale pour réprimer la résistance des travailleurs.

Les attaques récentes contre les travailleurs au Mexique doivent être considérées comme un avertissement sérieux de la répression préparée par la classe dirigeante contre le militantisme croissant et la radicalisation des travailleurs et des jeunes sur le plan international.

Jeudi, l’Association mexicaine des distributeurs d’automobiles a averti que les grèves paralysent les affaires. « C’est le cas de l’installation au volant KSS[Joyson], le plus grand fabricant au monde, qui est installé ici à Matamoros et qui fournit pratiquement toutes les marques. La perturbation dans cette usine risque d’affecter l’ensemble de l’industrie automobile nord-américaine ».

Dimanche dernier, le Département du Commerce américain a indiqué dans un rapport à Trump que les importations de voitures constituent une menace pour la « sécurité nationale ». Ce rapport vise à étayer les menaces d’une guerre commerciale contre l’Union européenne et le Japon. Mais ses conclusions indiquent que les grèves et les troubles dans des industries cruciales à travers le pays et l’hémisphère peuvent empiéter sur les intérêts géopolitiques américains. Donc, l’État américain considérera l’ensemble comme des questions de « sécurité nationale » et va agir en conséquence.

L’impérialisme américain considère l’hémisphère comme une plate-forme d’affrontements économiques et militaires contre ses rivaux. Donc, il intensifie ses efforts pour consolider son contrôle semi-colonial sur les gouvernements, la main-d’œuvre, les marchés et les ressources de la région. C’est notamment le cas de la présente opération de changement de régime contre le gouvernement vénézuélien, qui vise principalement à contester la présence de la Russie et de la Chine.

Trump a déclaré l’état d’urgence pour que les militaires puissent construire un mur de l’autre côté de la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Lundi dernier, Trump a proclamé dans un discours prononcé « l’heure crépusculaire du socialisme est arrivée dans notre hémisphère », en se plaignant que « le socialisme par sa nature même ne respecte pas les frontières ».

Au Mexique, le Conseil mexicain des entreprises (CMN) a dénoncé les grèves « illégales » à Matamoros et les blocages de chemins de fer cruciaux par les enseignants protestataires au Michoacán. En réponse, López Obrador a déclaré lundi soir : « Nous accepterons tous le critère maximum que personne ne soit en dehors ou au-dessus des lois. Soyons tous sages ». Ensuite il a ajouté : « Le secteur des entreprises a un rôle social fondamental à jouer en matière d’investissement, de création d’emplois et de renforcement du Trésor public. Vous vous en sortez très bien et nous continuerons à le faire ensemble ».

Mardi, lors d’une cérémonie qui marquait le 106ᵉ anniversaire de l’armée, López Obrador a déclaré devant un auditoire de militaires que la nouvelle Garde nationale, les unités militaires existantes, et la police fédérale : « travailleront de manière coordonnée et avec persévérance afin de pacifier le pays ».

En 2017, près de 60 pour cent de tous les investissements étrangers directs au Mexique provenaient des États-Unis et du Canada, principalement dans les secteurs manufacturier et financier. Les 10 pour cent les plus riches des Mexicains contrôlent 80 pour cent des actifs financiers du pays, reçoivent les deux tiers du revenu annuel, et possèdent 64 pour cent de la richesse totale. Depuis 2008, plus de quatre millions de personnes de plus sont tombées sous le seuil officiel de pauvreté, soit en totalité 54 millions de personnes ou près de la moitié de la population.

De tels niveaux d’inégalité économique et la dépendance des élites dirigeantes mexicaines vis-à-vis de l’impérialisme américain et canadien sont incompatibles avec les formes démocratiques de gouvernement.

La classe dirigeante fonde sa réponse à la résistance croissante sur la stratégie des décennies 1970 et 1980. Des staliniens, des Guevaristes, des pablistes et d’autres mouvements nationalistes petits-bourgeois, y compris les syndicats de l’époque pouvaient gérer la crise pour la bourgeoisie. Ils désarmaient politiquement les travailleurs radicaux, les paysans et les jeunes afin de les subordonner à l’une ou l’autre fraction de la bourgeoisie. Washington et les oligarchies locales ont alors installé des régimes d’extrême droite, et ont soutenu des forces terroristes – militaires et paramilitaires – pour tuer, torturer et faire « disparaître » des dizaines de milliers de personnes.

Alors que des millions de travailleurs entrent dans la lutte de classe et regardent de plus en plus au-delà des frontières pour trouver des liens à leurs luttes, la leçon historique cruciale des défaites sanglantes du XXᵉ siècle s’impose : le mouvement croissant de la classe ouvrière doit être armé d’un programme indépendant et révolutionnaire pour renverser le capitalisme dans le monde et établir le socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 22 février 2019)