Les syndicats et les démocrates font tout pour mettre fin à la grève des enseignants d’Oakland qui résistent aux attaques contre l’éducation publique

Par Joseph Santolan
27 février 2019

Avec la grève des 3000 enseignants d’Oakland en Californie qui en est à sa cinquième journée, l’Oakland Education Association (OEA) et la California Teachers Association (CTA) font tout en leur pouvoir avec les démocrates de l’État pour mettre fin à la grève dès que possible, et avec des conditions entièrement acceptables pour les intérêts financiers qui dictent le financement des écoles.

Alors que les syndicats collaborent avec le surintendant de l’instruction publique de l’État Tony Thurmond pour parvenir à un accord avec les responsables du district, le conseil scolaire refuse catégoriquement d’accorder toute augmentation de salaire qui irait au-delà du taux d’inflation.

Tout comme lors des grèves récentes des enseignants à Los Angeles, à Denver, au Colorado et en Virginie-Occidentale, les enseignants ont l’appui de la population non seulement pour obtenir de meilleurs salaires, mais aussi pour contrecarrer l’assaut national contre l’éducation publique. Dans un certain nombre d’écoles parmi les plus grandes, les enseignants en grève ont organisé des piquets de grève mobiles pour aller renforcer ceux des enseignants où des briseurs de grève sont employés.

Les travailleurs d’AC Transit ont refusé de traverser les lignes de piquetage et huit trajets d’autobus ont été fermés. Bien que le Service Employees International Union (SEIU) et l’American Federation of State, County and Municipal Employees (AFSCME) n’aient pas appelé leurs membres à se joindre au mouvement, des employés de bureau, des concierges et d’autres travailleurs rejoignent néanmoins les lignes de piquetage tous les jours.

Lundi, les deux syndicats ont annoncé qu’ils ne protégeraient plus ces travailleurs contre les représailles et que ceux-ci devraient retourner au travail, ordonnant du coup à leurs membres de traverser les lignes de piquetage des enseignants.

L’OEA demande une augmentation salariale de 12 p. 100 répartie sur trois ans, ce qui correspond à peine à l’inflation, ainsi qu’une légère réduction de la taille des classes. En même temps, elle rejette toute lutte contre les demandes de la commission scolaire de payer quelque augmentation que ce soit par la réduction du financement et des services éducatifs. Le conseil, qui offre au personnel enseignant une augmentation salariale de 7 p. 100 sur quatre ans et une prime ponctuelle de 1,5 p. 100, a déclaré qu’il cherchait à réduire ses dépenses de 60 millions de dollars au cours des deux prochaines années et à fermer un tiers des écoles du district.

Chris Learned, l’administrateur chargé de la surveillance financière du district scolaire, a clairement indiqué qu’il n’autoriserait rien allant au-delà de l’offre du district. Learned a été nommé fiduciaire chargé de superviser les finances du district lorsque le Oakland Unified School District (OUSD) a été placé sous le contrôle direct de l’État en échange d’un plan de sauvetage par suite de son sous-financement chronique. Bien que le district n’est plus sous séquestre, Learned agit en véritable dictateur des banques et a le pouvoir d’opposer son veto à toute mesure qu’il juge susceptible de «mettre le district en détresse financière».

Learned a publié une déclaration écrite dimanche: «Sous mon autorité en tant qu’administrateur chargé de la Division de la supervision financière de l’OUSD, je suspendrai et/ou résilierai tout accord qui mettrait le district en détresse financière... Or, une augmentation salariale de 12 % ferait exactement cela. Ce que le district a sur la table, c’est ce qu’il peut se permettre.»

Voilà qui montre clairement que les enseignants d’Oakland, comme leurs homologues partout ailleurs aux États-Unis, ne luttent pas contre tel ou tel fonctionnaire du conseil scolaire, mais bien contre de puissants intérêts financiers qui contrôlent les budgets scolaires et qui sont à l’origine du mouvement incessant de privatisation de l’enseignement public.

Consciente qu’elle ne peut vendre l’offre du district à ses membres, l’OEA a demandé au surintendant de l’Instruction publique démocrate de l’État Tony Thurmond, récemment élu avec l’appui et le financement de la California Teachers Association, de servir de médiateur pour les pourparlers. Thurmond a joué un rôle similaire dans la grève de Los Angeles le mois dernier, en aidant le syndicat des United Teachers Los Angeles (UTLA) à faire adopter à toute vapeur un accord traitre aux 33.000 enseignants en grève. Cet accord a permis au surintendant de LAUSD, Austin Beutner, un démocrate et ancien banquier d’affaires, de commencer à démanteler le deuxième plus grand district scolaire du pays afin de faciliter l’expansion des écoles à charte à but lucratif.

L’OEA a organisé un rassemblement en début d’après-midi lundi à la Frank Ogawa Plaza au centre-ville d’Oakland, où se trouvait Robert Reich, l’ancien secrétaire au Travail du président Bill Clinton et partisan du «choix scolaire». L’architecte de la trahison de la grève de Los Angeles, le président de l’UTLA Alex Caputo-Pearl, y a enjoint les enseignants à se tourner vers les élus démocrates de l’État tels Thurmond et le gouverneur Gavin Newsom pour leur demander d’augmenter le financement des écoles, tandis que le président de l’OEA, Keith Brown, a déclaré pour sa part que la solution à l’impasse des négociations était «d’obtenir plus de fonds des villes et du comté».

Pourtant c’est ce même Tony Thurmond qui a voté l’an dernier en faveur du Projet de loi 1840 de l’Assemblée qui a obligé le district d’Oakland à fermer plusieurs écoles publiques pour rembourser sa dette. L’équipe de la sénatrice d’État Nancy Skinner, une autre démocrate appuyée par les syndicats malgré le fait qu’elle ait voté pour plus de 20 milliards de dollars de compressions dans l’éducation, était également présente à la table des négociations mardi.

Les enseignants doivent prendre cela comme un avertissement: l’OEA et la CTA se préparent à trahir leur grève.

Si les enseignants veulent empêcher cette trahison, ils doivent former des comités de grève de base pour enlever des mains des syndicats la conduite de la grève et des négociations. Ces comités d’enseignants doivent élire des représentants pour superviser les pourparlers et empêcher toute entente en coulisse en insistant pour que toutes les négociations soient transmises en direct aux membres. Enfin, les enseignants doivent insister dès maintenant pour obtenir trois jours complets afin de pouvoir étudier et discuter les détails de tout contrat proposé et qu’il n’y aura pas de retour au travail sans un vote de ratification.

En rejetant une autre capitulation et en prenant le contrôle de leur grève, les enseignants de la base inspireront et gagneront le soutien actif des travailleurs de la région de la baie de San Francisco, de la région de Sacramento où les enseignants s’apprêtent à voter sur la décision de déclencher la grève, et de toute la Californie pour déclencher une grève générale afin de défendre l’éducation publique. Les enseignants d’Oakland doivent tracer une ligne dans le sable et se battre pour ce dont leurs élèves ont besoin, plutôt que de se résigner à n’accepter que ce que les politiciens contrôlés par le monde des affaires disent pouvoir se permettre.

(Article paru en anglais le 26 février 2019)