L’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires au bord d’une guerre totale

Par K. Ratnayake
4 mars 2019

Le danger d’une guerre totale en Asie a encore augmenté le 27 février, après que l’armée de l’air indienne ait bombardé des cibles au plus profond du Pakistan mardi. Hier, alors que les combats s’intensifiaient, le Pakistan a annoncé qu’il avait mené une frappe en Inde.

Des bombardements d’artillerie intensifs ont traversé la ligne de contrôle entre le Cachemire sous administration pakistanaise et le Cachemire sous administration indienne. Les forces aériennes des deux pays se sont affrontées et ont perdu plusieurs chasseurs à réaction. Le ministère pakistanais des Affaires étrangères a publié une déclaration qui affirme que ses avions à réaction avaient frappé des «cibles non militaires» en Inde depuis l’espace aérien pakistanais. Elle a ajouté que la frappe n’était «pas une riposte» à la frappe indienne. Bien que le Premier ministre pakistanais Imran Khan ait promis que le Pakistan riposterait, et que le Pakistan soit «entièrement préparé» à une nouvelle escalade.

Le porte-parole militaire du Pakistan, le général de division Asif Ghafoor, a affirmé que deux chasseurs MiG-21 indiens «ont été abattus quand ils ont traversé le territoire pakistanais» et que les Pakistanais ont capturé un des pilotes qui a atterri dans le côté pakistanais du Cachemire.

Le porte-parole du ministère indien des affaires étrangères, Raveesh Kumar, a affirmé que l’Inde avait abattu un F-16 appartenant à l’armée de l’air pakistanaise (PAF), après que le Pakistan ait pris pour cible des installations militaires du côté indien du Cachemire pour ue frappe aérienne. L’aviateur a été identifié comme étant le commandant d’escadrille Abhinandan Varthaman, et les autorités pakistanaises ont publié une photo de lui en détention.

Les deux pays ont annoncé la fermeture de l’espace aérien et la suspension des vols commerciaux, signe qu’ils s’attendent à ce que le conflit continue de s’intensifier. Le Pakistan aurait complètement fermé son espace aérien et fermé trois aéroports indéfiniment dans des villes proches de la frontière indienne. Tous les vols en provenance des principaux aéroports, y compris Karachi, Peshawar et Lahore, sont suspendus indéfiniment. L’Inde a suspendu les vols au départ des aéroports du Cachemire et de l’État du Pendjab jusqu’à nouvel ordre.

Washington, qui cherche depuis plus d’une décennie à faire de l’Inde un allié diplomatique et militaire contre la Chine, jette de l’huile sur le feu, soutenant tacitement l’attaque indienne. Cela pose d’immenses dangers pour l’humanité. Si les combats continuaient à dégénérer en un échange nucléaire entre l’Inde et le Pakistan, des centaines de millions de personnes mourraient. De surcroît, un tel conflit pourrait facilement entraîner les principaux alliés des deux pays, les États-Unis et la Chine, dans une conflagration mondiale.

Hier, le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a publié une déclaration sur la frappe indienne de mardi en réponse à l’attentat à la bombe, qui constituait une violation manifeste du droit international. Pompéo n’a pas critiqué l’attaque indienne. Au lieu de cela, il a déclaré qu’il s’était entretenu avec le ministre indien des affaires étrangères, Sushma Swaraj. En disant: «à la suite des actions antiterroristes menées par l’Inde le 26 février», pour «souligner notre partenariat étroit en matière de sécurité et notre objectif commun de maintenir la paix et la sécurité dans cette région».

D’autre part Pompeo a rencontré le ministre pakistanais des affaires étrangères Shah Mahmood Qureshi. À la conférence de presse, il a souligné: «la priorité de désamorcer les tensions actuelles en évitant les actions militaires, et l’urgence pour le Pakistan de prendre des mesures significatives contre les groupes terroristes qui opèrent sur son sol».

Alors que tous les gouvernements font des déclarations vides de sens contre cette escalade, Washington, New Delhi et Islamabad aggravent le conflit. Pompeo a déclaré qu’il avait dit aux deux ministres «que nous encourageons l’Inde et le Pakistan à faire preuve de retenue et à éviter l’escalade à tout prix».

À Wuzhen, en Chine, où elle rencontrait des responsables chinois et russes, la ministre indienne des affaires étrangères Sushma Swaraj a déclaré que l’Inde voulait éviter «une nouvelle escalade de la situation». Néanmoins, Pékin et Moscou se sont pliés aux exigences des autorités indiennes et ont approuvé les mesures qui visent à «éradiquer les foyers du terrorisme» – le prétexte que New Delhi a donné pour bombarder le Pakistan, après avoir blâmé le Pakistan pour un attentat meurtrier du 14 février contre les forces indiennes à Pulwama, au Cachemire.

Le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Lu Kang, a déclaré: «La position de la Chine est claire. Nous espérons que les deux pays pourront faire preuve de retenue, engager le dialogue et prendre des mesures pour assurer la paix et la stabilité dans la région».

L’avertissement le plus direct est venu du Premier ministre pakistanais, qui s’est adressé à la nation pour l’avertir du danger d’erreur de calcul et de guerre mondiale. Il a déclaré: «Toutes les guerres sont mal calculées, et personne ne sait où elles mènent. Et la Première Guerre mondiale devait se terminer en quelques semaines, cela a duré six ans [sic]… Les États-Unis ne s’attendaient pas à ce que la guerre contre le terrorisme dure 17 ans.» Faisant allusion aux armes nucléaires détenues par les forces armées des deux pays, Khan a déclaré: «Si ça dégénère, les choses ne seront plus sous mon contrôle ou celui de Modi.»

Néanmoins, les gouvernements américain et indien et Khan lui-même continuent d’intensifier les combats, même s’ils font des allusions voilées au danger d’une guerre nucléaire.

L’immense danger dans cette situation est que les travailleurs d’Asie, des États-Unis et du monde entier ne soient pas pleinement conscients du danger imminent d’un holocauste nucléaire. C’est les politiques de l’impérialisme américain et des bourgeoisies de l’Asie du Sud qui provoquent ce danger. La guerre de plusieurs décennies menée par l’impérialisme américain pour dominer l’Eurasie, qui vise maintenant la Chine, s’entremêle à la faillite historique des classes capitalistes du sous-continent indien.

L’Inde s’achemine vers une guerre catastrophique avec le Pakistan. L’origine de ce chemin s’est enracinée dans la partition communale de 1947 du sous-continent indien par le colonialisme britannique. C’est l’impérialisme britannique avec la connivence du Parti du Congrès indien et de la Ligue musulmane qui ont divisé le sous-continent entre l’Inde majoritairement hindoue et le Pakistan majoritairement musulman. La partition a servi à noyer dans le sang la révolution contre le colonialisme britannique, à diviser les travailleurs selon des lignes nationales et à défendre le pouvoir capitaliste. Plus de 70 ans plus tard, ces conflits, qui ont trois fois dégénéré en guerres indo-pakistanaises qui ont coûté des millions de vies humaines, menacent de déclencher une guerre mondiale.

Les régimes indien et pakistanais sont profondément impopulaires parmi les travailleurs et les pauvres ruraux. En particulier, à l’approche des élections générales indiennes d’avril-mai 2019, ils attisent l’hystérie guerrière pour pousser la population à se rallier derrière eux dans cette guerre.

Après les frappes pakistanaises de mercredi, le Premier ministre indien Narendra Modi a tenu une réunion d’urgence avec de hauts responsables de la sécurité. Il n’y a eu aucun rapport sur le contenu de leurs discussions. Selon PTI, Modi avait passé toute la nuit mardi à surveiller l’opération de l’armée de l’air indienne pour attaquer un camp terroriste supposé à Balalkot, et s’était détendue après la fin du raid. Ensuite, il était «occupé par l’emploi du temps du lendemain», où il devait rencontrer les responsables de la défense et les ministres pour préparer les prochaines étapes.

Le parti au pouvoir, le Parti Bharatiya Janata (BJP) de Modi et ses alliés extrémistes hindous ont organisé des rassemblements dans tout le pays depuis l’attaque de mardi au Pakistan.

Ils sont sans doute encouragés par la déclaration de John Bolton, conseiller américain à la sécurité nationale, après l’attaque de Pulwama, selon laquelle Washington reconnaît le droit de l’Inde à se défendre contre le terrorisme transfrontalier.

La fièvre de la guerre se propage également au Pakistan. Le journal pakistanais Dawn a rapporté hier qu’après l’assassinat de combattants indiens, une «ambiance de triomphe belliqueux s’est répandue dans les stations d’information pakistanaises et sur Internet.»

L’énorme danger de guerre justifie la perspective du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) avancée dans sa déclaration sur le socialisme et la lutte contre la guerre. La seule solution est de développer un mouvement socialiste international de la classe ouvrière contre la guerre et de construire le CIQI en Asie du Sud et dans le monde.

Les institutions politiques de l’Inde et du Pakistan sont toutes deux entièrement impliquées dans ce conflit. Alors que les partis politiques pakistanais se rassemblent autour de Khan et de l’armée, un groupe de 21 partis d’opposition en Inde, dont deux partis staliniens, a publié une déclaration soutenant la campagne de guerre.

Hier, dans une déclaration saluant la «vaillance et la bravoure» de l’armée, ils ont regretté que Modi n’ait pas convoqué une réunion multipartite «comme le veut la pratique établie dans notre démocratie». Ils se sont plaints de la «politisation» de la guerre par Modi et ont demandé à Modi de les inclure alors qu’il faisait monter la fièvre guerrière. Ils ont «condamné la mésaventure pakistanaise et exprimé leurs vives inquiétudes quant à la sécurité de notre pilote disparu», demandant «au gouvernement de faire confiance à la nation sur toutes les mesures visant à protéger la souveraineté, l’unité et l’intégrité de l’Inde».

La seule façon pour les travailleurs d’avancer est de rompre avec toutes les factions des élites dirigeantes capitalistes et, en ralliant le soutien des travailleurs du monde entier, de développer leur lutte politique indépendante pour une Union des Républiques socialistes d’Asie du Sud à la tête des masses laborieuses. Seul le CIQI se bat pour ce programme, et il exhorte les travailleurs et les jeunes à se tourner vers cette lutte et à se battre pour construire des sections du CIQI en Inde, au Pakistan et dans le monde entier.

(Article paru d’abord en anglais le 28 février 2019)