Acte 18: les «gilets jaunes» solidaires du mouvement révolutionnaire en Algérie

Par nos reporters
18 mars 2019

Lors de la mobilisation pour l’Acte 18 marquant quatre mois du mouvement des «gilets jaunes», les manifestants ont appelé à la poursuite du mouvement et à la solidarité avec les luttes en Algérie.

Après quatre mois, il est clair qu’en se mobilisant, les «gilets jaunes» se sont engagés dans une lutte plus longue que prévu et dont le caractère international est de plus en plus évident. La mobilisation de millions de travailleurs et de jeunes Algériens évolue vers un affrontement révolutionnaire avec la dictature militaire algérienne. Et en fait, le régime de Macron, appuyé par les banques et par l’Union européenne s’avère tout à fait aussi insensible aux revendications légitimes des travailleurs que la dictature sanguinaire présidée par Abdelaziz Bouteflika.

Les reporters du WSWS sont intervenus sur les Champs Elysées où ils ont rencontré des «gilets jaunes» qui manifestaient pacifiquement leur opposition à Macron. Ils ont interviewé Agnès, Patrice et Dany, des travailleuses venues de Picardie, une région durement touchée par le chômage et la désindustrialisation.

Elles ont expliqué les conditions qui les ont poussées à manifester: «On ne vit plus, on essaye de garder la tête hors de l’eau. Et puis voilà, donc il y en a marre, c’est toujours les mêmes qui récoltent le fruit de notre travail. Et puis tout ferme, les usines ferment les unes après les autres. Alors on est des oubliés. … Rien ne se crée, aucune industrie. Donc il nous restait que les administrations qui sont en train de s’éclater. Donc en fait c’est juste des cités dortoirs. On en a ras le bol de Macron. On attendra pas 2022.»

Elles ont déclaré leur soutien au mouvement en Algérie et espéré qu’il déboucherait sur autre chose qu’un régime plus jeune qui ferait la même politique que Bouteflika: «Enfin on espère que si en Algérie il y a un gouvernement jeune, que ça ne se passe pas comme avec nous avec Macron. Vous avez de belles paroles, il était jeune, il ressemblait au gendre idéal, et pour finir au bout du compte c’est une merde pas possible. On souhaite aux Algériens autre chose … et qu’ils ne fassent pas les mêmes erreurs que nous.»

Elles ont également évoqué leur préférence pour une lutte organisée indépendamment des appareils syndicaux, qu’elles rejettent après de longues expériences avec la faillite de la classe politique officielle en France.

Sur les syndicats, elles ont dit, «Ils ont été très timides. On leur a ouvert légèrement la porte, mais finalement on se débrouille mieux sans eux. Sincèrement. Les syndicats ils ont des subventions de l’État aussi, les grandes têtes sont payées par l’État. Donc les bases essayent de bouger mais les têtes non, automatiquement, c’est ça qui bloque tout. Les têtes sont payées, elles sont reçues par le gouvernement, donc on ne peut pas avancer.»

Elles ont ajouté, «Les têtes des syndicats veulent conserver leurs privilèges, ils se disent ‘on se mouille pas trop,’ c’est ça donc, automatiquement. Avec tous les privilèges qu’ils ont, ils ne vont pas essayer de les perdre.»

Le WSWS a également interviewé Dorian, un auto-entrepreneur qui a rejoint le mouvement des «gilets jaunes» dès les premières manifestations du 17 novembre: «Moi je suis là depuis le début, depuis les rond-points. Et en fait, rien n‘a changé par rapport à ce qu‘Emmanuel Macron nous a promis. Moi je ne trouve pas qu’il y ait des choses qui ont changé en fait.»

«Ce qui m’a poussé au départ à manifester, c’était un ras le bol lié au pouvoir d’achat. Je suis auto-entrepreneur, voilà, je gagne plutôt bien ma vie. Mais à la fin du mois, il ne reste pas grand chose par rapport au coût de l’essence, par rapport à plein de choses. Tout augmente d’année en année et tout est de plus en plus dur. On a beau travailler, travailler, travailler, on ne s’en sort pas,» a-t-il expliqué.

Dorian a aussi souligné son soutien pour la mobilisation en Algérie contre la dictature du FLN: «Ils ont raison parce que ce n’est pas un peuple qui était libre jusqu’à maintenant. Du coup, ils veulent une nouvelle génération, sur une nouvelle politique.»

Il a ajouté que les Français sont face à un problème similaire, lié à l’intransigeance du régime dirigé par Macron: «Il ne bougera pas, pour moi il ne bougera pas. Mais voilà, donc on veut le renverser, c’est un peu ça.»

Nos reporters ont parlé à Patrick, un ancien chef d’entreprise de la région lyonnaise qui travaille à présent dans le handicap et qui a aussi déclaré sa solidarité avec le mouvement algérien: «On les comprend complètement, parce qu’ils étaient dans une dictature. Nous ce n’est pas une dictature, ou en fait c’est complètement caché ici. Mais vous avez ici 1 pour cent de la population qui se partage la richesse de la France, et il y en a 99 qui bossent pour cette richesse.»

Il a ajouté, «Il y a beaucoup de gens qui gagnent 2.000-3.000 euros qui n’y arrivent plus. Et ce qu’on craint aussi c’est pour nos enfants; aujourd’hui, on ne peut plus vivre. Et puis en plus on est devenu un État policier: vous descendez une fois manifester, vous vous faites taper dessus et gazer. A un moment donné, il y a plus de respect du peuple.»

Sur ses conditions de vie, il a expliqué: «J’avais une société, je me suis fait casser la figure, j’ai déposé le bilan. Maintenant je travaille pour 650 euros par mois. Heureusement que ma femme est infirmière, on peut subvenir à nos besoins, mais sinon je me lève à 6 heures du matin pour gagner 650 euros par mois et ce sont des boîtes qui sont subventionnées par l’État. … On est surtaxés, on donne tout pour les multinationales. J’ai travaillé pour une multinationale, ils font du black à outrance. Ils ne sont jamais contrôlés, bien sûr. On est dans une mafia pas possible.»

Patrick a aussi souligné sa colère face à la montée de la répression de l’État policier français et la complicité entre la police et les forces d’extrême droite qui répriment les manifestations: «A Lyon, les fachos sont venus, ils sont protégés par les flics. Ce n’est pas normal, on a été chercher les CRS pour qu’ils défendent les ‘gilets jaunes,’ ils sont partis à l’opposé en courant.»

Il a dit, «A Lyon il y en a une cinquantaine qui sont protégés, on l’a vu, par la BAC. Ils sont infiltrés par la BAC. Nous, on est fouillé; les mecs, eux, rentrent avec des barres à mine et des battes de baseball et ils tapent sur les ‘gilets jaunes.’ Et on laisse faire. Il y a bien un blocage quelque part, c’est bien le gouvernement à un moment donné. Vous allez à Lyon dans les manifs une fois sur deux ils infiltrent, on les connaît, tout le monde les connaît, les flics ne bougent pas. … La BAC, ils ont traité ma femme de salope de pute de gilet jaune. On ne parle pas comme ça aux gens.»