Pour une action commune des travailleurs américains, canadiens et mexicains

Défendons les ouvriers de Matamoros!

Par Le bulletin des travailleurs de l’auto du WSWS
18 mars 2019

Deux mois après le début de la vague de grèves indépendantes qui sévit à Matamoros, des compagnies du Mexique, des États-Unis et d’autres sociétés étrangères, ainsi que la classe dirigeante mexicaine, punissent collectivement les travailleurs courageux de la ville, de l’autre côté de la frontière, à Brownsville au Texas. Les travailleurs ont subi des licenciements collectifs, des agressions physiques et ont été mis sur des listes noires parce qu'ils avaient l'audace de lutter contre les salaires dérisoires dans des ateliers de misère produisant des pièces pour Ford, GM, Fiat Chrysler et d'autres fabricants d'automobiles et d'appareils ménagers.

L'alarme doit être sonnée! Le bulletin des travailleurs de l’auto du World Socialist Web Site appelle les travailleurs des États-Unis et du Canada à prendre la défense de leurs frères et sœurs de classe de l'autre côté de la frontière. Si les représailles ne sont pas arrêtées, des dizaines de milliers de travailleurs et leurs familles seront jetés dans le dénuement et deviendront la matière première à des fins de surexploitation pour les années à venir.

Depuis le 12 janvier, près de 70.000 travailleurs des maquiladoras de Matamoros se sont engagés dans une révolte collective, soulevant la revendication de «20-32», soit une augmentation de salaire de 20% et une prime de 32.000 pesos (1.700 dollars). Aux États-Unis et au Canada, les travailleurs de l'industrie de l'automobile ont été inspirés par le défi des travailleurs mexicains à l'égard des syndicats favorables à l'entreprise et par leurs démarches initiales en vue de la création d'organisations de base indépendantes.

Terrifiée par le fait que des grèves et des actions similaires vont se propager à travers le Mexique et la frontière, la classe dirigeante réagit par des licenciements collectifs, des fermetures d'usines et des attaques d’hommes de main. Les entreprises, le gouvernement mexicain et les syndicats cherchent tous à tracer un exemple sur le grévistes afin de montrer que toute opposition aux diktats des grandes entreprises se heurterait à de brutales mesures de représailles.

Depuis le début des grèves, au moins 4.000 travailleurs ont été licenciés et 50.000 autres ont fait l’objet de menaces de licenciement par la principale organisation économique du Mexique, le Conseil de coordination des entreprises.

Des sociétés telles que Joyson Safety Systems, un des principaux fournisseurs de volants et de systèmes de sécurité automobile, basée au Michigan, ont déjà annoncé qu’elles cesseraient complètement de produire à Matamoros, jetant 800 travailleurs dans la rue.

Pendant ce temps, une autre organisation d’entreprises, COPARMEX, a proposé un projet de loi pour illégaliser les arrêts de travail comme ceux de Matamoros en vertu de la loi fédérale.

En plus de tenter d’inverser l’impact des concessions salariales accordées temporairement, les entreprises et les syndicats ciblent les travailleurs qu’ils ont identifiés comme étant les leaders des grèves et les plus militants, y compris ceux qui ont publiquement exprimé leur solidarité avec les travailleurs américains et canadiens sur le WSWS. Lorsque les travailleurs retournent au travail, ils font état de conditions dictatoriales dans les ateliers, la direction cherchant à licencier les travailleurs au moindre prétexte.

Il est temps que les travailleurs tirent les leçons nécessaires de ces événements.

Pendant des décennies, la United Auto Workers et les Travailleurs canadiens de l’automobile/Canadian Auto Workers – maintenant Unifor – et d'autres syndicats ont dit aux travailleurs que leurs ennemis étaient les travailleurs du Mexique, qui, selon eux, sont heureux de travailler pour des salaires de misère dans le but de «voler» les emplois des travailleurs américains et mexicains. À présent, les travailleurs mexicains mènent une bataille courageuse et lancent un appel à leurs frères au nord de la frontière pour qu’ils se joignent à eux pour lutter contre les multinationales.

En opposition au nationalisme réactionnaire colporté par les syndicats, les travailleurs de Matamoros prouvent que la classe ouvrière est une classe internationale connectée dans un processus unique de production intégrée à l'échelle mondiale. Cela est mis en évidence par le fait que les grèves à Matamoros ont ralenti la production dans l’industrie automobile nord-américaine.

Plusieurs des compagnies touchées par les grèves sont des fournisseurs transnationaux de pièces automobiles, notamment Fisher Dynamics, Autoliv, Inteva, Joyson Safety Systems, APTIV, Parker et d’autres. Aux États-Unis et au Canada, des travailleurs de l'automobile ont signalé des perturbations de la production, des manques de volants et d'autres pièces suite aux grèves que les entreprises et les syndicats ont tout fait pour dissimuler. Ford à Flat Rock, Chicago et Oakville en Ontario; Fiat Chrysler à Windsor; General Motors à Oshawa; et Nissan dans le Mississippi ont tous été touchés.

De plus, la vague de grèves à Matamoros, l'une des plus importantes d'Amérique du Nord depuis des décennies, fait partie de l'intensification rapide de la lutte des classes à travers le monde en 2019. Au cours des deux premiers mois de l'année, on a vu aux États-Unis des manifestations des enseignants à l’échelle des villes et des États, la poursuite des manifestations des gilets jaunes contre les inégalités en France et des grèves ou manifestations de masse en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, avec des centaines de milliers de travailleurs en grève actuellement en Algérie contre le régime du président Abdelaziz Bouteflika.

Le Mexique en particulier est une poudrière sociale. Des enseignants de cinq États ont combattu cette année contre les coupes dans le secteur de l’éducation supervisées par l’administration d’Andrés Manuel López Obrador (AMLO), certains bloquant des lignes de chemin de fer dans l’/État de Michoacán, dans l’ouest du pays, stoppant les livraisons vers un port du Pacifique. Dans ce qui serait un développement d'une immense portée, près de 90.000 travailleurs de Walmart dans le pays menacent de faire grève plus tard en mars.

Non seulement la classe ouvrière du monde entier est confrontée aux mêmes problèmes – salaires de pauvreté, précarité, accélération de la cadence, harcèlement de la part de la direction et abus – mais elle est également reliée de manière objective par un milliard de fils dans un processus de production de plus en plus intégré.

Alors que les travailleurs sont de plus en plus liés les uns aux autres par-delà les frontières nationales, le fossé qui sépare leurs intérêts de ceux des grandes multinationales et des super-riches a atteint des proportions sans précédent. Que ce soit à Oshawa, à Detroit, à Lordstown, à Chongqing, en Chine ou à Matamoros, le même ennemi impitoyable – la classe dirigeante capitaliste – cherche à tirer chaque once de profit des travailleurs, puis à fermer des usines et à jeter des dizaines de milliers de personnes au chômage tout en cherchant continuellement du travail moins cher et de meilleurs taux de rendement.

Peu importe leur courage ou leur abnégation, les travailleurs ne peuvent pas combattre des entreprises mondiales dans une seule ville, ni même dans un seul pays. L'interdépendance internationale objective de la classe ouvrière et le conflit insoluble entre travailleurs et entreprises doivent être reconnus et constituer la base d'une stratégie consciente.

Une nouvelle stratégie nécessite de nouvelles organisations. Les sociétés transnationales comptent depuis des décennies sur les syndicats, qu’ils soient mexicains, américains ou canadiens, pour maintenir la «paix sociale», c’est-à-dire la suppression des grèves et toute autre forme de lutte des travailleurs. Les «partenariats entre travailleurs et direction» corrompus des syndicats sont allés de pair avec leur promotion sans fin du nationalisme, une stratégie de division et de conquête empoisonnée utilisée pour bloquer une lutte unifiée des travailleurs sur le plan international.

Tout en encourageant le chauvinisme anti-mexicain et antichinois, les syndicats ont collaboré avec les patrons de l'automobile dans le cadre d'innombrables fermetures d'usines et à la destruction de centaines de milliers d'emplois depuis les années 1980. Les dernières victimes sont les travailleurs de l'usine de montage de General Motors à Lordstown, qui a été fermée la semaine dernière. Des fermetures d'usines et des mises à pied similaires ont lieu en Amérique du Sud, en Europe et en Asie.

La lutte à Matamoros s'est développée en tant que révolte contre le Syndicat des travailleurs de l'industrie des maquiladoras (SJIOM). En se révoltant contre les syndicats et en commençant à former de nouvelles organisations de la base, les travailleurs de Matamoros ont démontré le pouvoir colossal qu’ils ont quand ils ont commencé à prendre des mesures indépendantes.

Cette initiative doit être élargie: un réseau de comités de base indépendants des syndicats doit être mis en place partout en Amérique du Nord et les organisations initialement créées par les travailleurs de Matamoros doivent être élargies dans toute la ville et devenir permanentes.

Il est du devoir urgent de tous les travailleurs soucieux de leur classe de défendre les grévistes de Matamoros. La classe ouvrière aux États-Unis et au Canada ne peut défendre ses intérêts tant que les travailleurs du Mexique sont maintenus dans des conditions de pauvreté extrême. La défense des travailleurs au Mexique est également la défense des intérêts de tous les travailleurs.

Les travailleurs des États-Unis et du Canada doivent exiger la fin des représailles au Mexique et que tous les travailleurs victimes de représailles soient réembauchés, avec une indemnité de retour complète. Les travailleurs doivent informer leurs collègues de la situation à Matamoros, disséminer largement leur lutte sur les médias sociaux et contacter leurs frères et sœurs de l'autre côté de la frontière. Des préparatifs doivent être faits en vue d'une grève et des manifestations de masse contre les entreprises, notamment aux États-Unis et au Canada, qui exploitent et victimisent les travailleurs de Matamoros.

Le bulletin des travailleurs de l’auto du WSWS et le comité directeur de la Coalition des comités de la base fourniront toute l’assistance possible pour forger ces liens. Nous invitons tous les travailleurs à nous envoyer par courrier électronique des déclarations de soutien pour les travailleurs de Matamoros à autoworkers@wsws.org que nous traduirons et enverrons aux travailleurs du Mexique.