En opposant son veto au projet de loi visant à annuler l'urgence nationale, Trump lance un appel fasciste

Par Barry Grey
19 mars 2019

Vendredi, le président Donald Trump a opposé son veto à une loi adoptée par le Congrès pour annuler l'urgence nationale qu'il avait déclarée le 15 février, par laquelle il consacrait des ressources militaires à la construction d'un mur le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

La déclaration d'urgence est une affirmation sans précédent de pouvoir exécutif unilatéral et une attaque contre le principe de «séparation des pouvoirs» de la Constitution, qui confère au Congrès l’autorité exclusive pour affecter des fonds publics et fournir les ressources nécessaires à l’exécution des mesures fédérales.

L'importance du veto a été mise en évidence par une déclaration que Trump a faite sur le site Internet d'extrême droite Breitbart dans une interview publiée mercredi. Dénonçant la «gauche» comme étant «malveillante», Trump a déclaré: «Je peux vous dire que j'ai le soutien de la police, le soutien de l'armée, le soutien des Motards pour Trump – j'ai les gens durs, mais ils ne jouent pas dur – jusqu'à un certain point, et alors ce serait très mauvais, très mauvais».

La déclaration de Trump à Breitbart ne peut être considérée que comme une menace et une incitation à la violence par sa base fasciste. Dans des conditions de crise politique prolongée au sein de l'appareil d'État et d’agitation sociale croissante, Trump suit un plan de match fasciste. Il cherche à mobiliser des soutiens en dehors des voies constitutionnelles et politiques normales et largement indépendants des deux grands partis traditionnels de la grande entreprise, en s'appuyant sur des éléments militaires, policiers et d'extrême droite.

Trump a clairement apprécié l'occasion offerte par le conflit sur le financement du mur frontalier de s’opposer au Congrès, au Parti démocrate et à certaines factions au sein de son propre Parti républicain. Il n'a rien fait pour éviter la défection des 12 sénateurs républicains qui se sont joints, jeudi, aux 47 démocrates pour adopter la «résolution de désapprobation» qui avait été adoptée le mois dernier par la Chambre des représentants sous contrôle démocrate.

Au lieu de cela, Trump est intervenu personnellement mercredi pour faire échouer une mesure de compromis parrainée par le républicain Mike Lee de l'Utah, qui aurait permis que la déclaration d'urgence soit maintenue en échange d'une modification de la loi de 1976 sur les urgences nationales pour donner au Congrès un plus grand contrôle sur les futures mesures d'urgence présidentielles.

Sachant que les deux tiers des votes requis dans chaque chambre pour passer outre un veto présidentiel ne seront pas réunis, M. Trump compte sur la lâcheté et la complicité des démocrates pour faire avancer son programme autoritaire.

L'appel à la violence a déjà eu des conséquences très réelles et tragiques. Trump a publié un tweet avec un lien à l'édition de Breitbart contenant son interview jeudi soir, peu après que des rapports aient commencé à faire état du massacre de musulmans dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, qui a fait 49 morts.

Tôt vendredi matin, alors que les détails de l'ampleur du massacre en Nouvelle-Zélande s'accumulaient, Trump a supprimé le tweet. Parmi les détails qui ont fait surface, il y avait le fait que le suspect arrêté en lien avec la fusillade avait publié un manifeste en ligne dans lequel il faisait l'éloge de Trump en tant que «symbole d'une identité blanche renouvelée».

Bien qu'il n'existe actuellement aucune base de masse pour le fascisme, les efforts de Trump pour créer une telle base doivent être pris comme un sérieux avertissement pour la classe ouvrière. Le mouvement «America First» des années 1930 que Trump cherche à évoquer était pro-nazi. Trump, par son éloge des néo-nazis de Charlottesville, ses attaques contre les demandeurs d'asile à l'approche des élections de 2018 en tant qu'«envahisseurs» et ses incitations à la violence contre ses opposants politiques, a fait la promotion des forces de droite, racistes et antisémites.

Parmi ceux qui ont été encouragés par les divagations de Trump, il y a le fasciste armé qui a assassiné 11 fidèles à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh en octobre dernier. Lui et le meurtrier néo-zélandais se sont fait l'écho de la rhétorique de Trump en qualifiant les immigrants d'«envahisseurs».

Depuis son discours sur l'état de l'Union du mois dernier, Trump a directement invoqué le thème central du fascisme, la haine du socialisme, identifiant sa campagne de réélection de 2020 à une croisade mondiale contre le socialisme.

Trump n'est pas une exception ou une aberration. Il incarne la putréfaction de la démocratie américaine et la criminalité de l'oligarchie de la grande entreprise et de la finance au pouvoir. C'est le résultat d'un processus de déclin du capitalisme américain qui dure depuis des décennies et qui est au centre d'une crise sans précédent du capitalisme mondial.

Sous l'effet des contradictions économiques insolubles, de la croissance des conflits inter-impérialistes et géopolitiques et, surtout, de la recrudescence de la lutte des classes, la classe dirigeante américaine, comme ses homologues dans le monde entier, se sent assiégée et menacée. Elle est alarmée par la propagation des grèves militantes et des manifestations de travailleurs aux États-Unis et dans le monde, et par le soutien croissant au socialisme, en particulier chez les jeunes.

C'est pourquoi, partout dans le monde, les classes dirigeantes se tournent vers des méthodes dictatoriales de gouvernement et mettent en avant des forces d'extrême droite et fascistes: de l'éloge de Pétain, l'allié des nazis pendant la guerre, faite par Macron en France, à l'élévation du parti fasciste Alternative pour l'Allemagne par le gouvernement allemand de la grande coalition, à l'installation de gouvernements d'extrême droite en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Autriche, en Inde et en Israël.

La défaite du fascisme et la défense des droits démocratiques aux États-Unis ne peuvent pas être réalisées par le biais du Parti démocrate. Il a, comme les républicains, présidé au pillage de l'économie pour enrichir l'élite du monde des affaires, ainsi qu'à l'espionnage massif, à la guerre sans fin, à la censure d'Internet et à la destruction des emplois de la classe ouvrière, du niveau de vie, de l'éducation, des soins médicaux et de l'environnement.

Le conflit au sein de l'État est un conflit au sein de la classe dirigeante, les démocrates exprimant l'opposition à Trump de pans importants de l'élite dirigeante, de l’armée et des services de renseignement, largement centrée sur la politique étrangère. En même temps, les démocrates sont terrifiés par la croissance de la lutte des classes et déterminés à éviter toute action qui pourrait déstabiliser l'appareil d'État et encourager l’augmentation de l'opposition sociale des masses.

C'est ce qui explique les hésitations des démocrates, des dénonciations de Trump en tant qu'agent russe et traître, aux appels au président pour qu'il travaille avec eux à un programme commun de droite, y compris le renforcement de la «sécurité aux frontières».

Lorsque Trump a menacé pour la première fois en janvier de déclarer une urgence nationale pour la construction de son mur, pendant les 35 jours de shutdown (paralysie des services) du gouvernement, le New York Times, qui est étroitement allié au Parti démocrate, a endossé cette proposition comme moyen de sortir de la crise budgétaire. Nancy Pelosi, Présidente démocrate de la Chambre des représentants, a exhorté Trump à déclarer une urgence nationale contre la violence causée par les armes à feu.

Plus tard, Pelosi a dénoncé la déclaration de Trump comme «détruisant la Constitution». Pourtant, cette semaine, elle a déclaré qu'elle s'opposait à sa destitution à moins qu'il n'y ait un délit «impérieux et accablant» – comme si le fait de modifier unilatéralement la Constitution et d'établir une dictature présidentielle ne constituait pas des «crimes et délits graves». Elle est opposée à la destitution, a dit Pelosi, parce que cela «cause la division».

Pas un seul haut responsable démocrate n'a demandé que Trump soit démis de ses fonctions pour avoir usurpé les pouvoirs du Congrès et s’être arrogé des pouvoirs dictatoriaux. Les démocrates veulent contenir la lutte contre Trump dans le cadre d’une révolution de palais.

La classe ouvrière doit intervenir dans la crise politique en tant que force révolutionnaire indépendante et lier la défense des droits démocratiques à la lutte contre la guerre et les inégalités sociales. Toute l'histoire du XXe siècle montre qu'il ne peut y avoir de lutte réussie contre le fascisme sans une lutte politique consciente contre sa source – le capitalisme.

Cela exige l’affirmation de l'indépendance politique de la classe ouvrière par rapport à tous les partis et politiciens de la classe dirigeante et l'instauration de l'unité internationale des travailleurs dans la lutte pour le socialisme mondial.

(Article paru en anglais le 16 mars 2019)