Les désastres de Boeing: 346 autres victimes du capitalisme

Par Bryan Dyne
23 mars 2019

À la suite de deux écrasements d'avion mortels qui ont fait 346 morts, il est devenu évident que les dirigeants du géant de l'aérospatiale Boeing ont à maintes reprises subordonné les considérations fondamentales de sécurité au profit, avec l’aide et l’encouragement du gouvernement fédéral.

La première catastrophe s'est produite le 29 octobre, lorsqu'un Boeing 737 Max 8 opéré par Lion Air s'est écrasé treize minutes après avoir quitté Jakarta, en Indonésie, tuant 189 personnes. Ce même avion avait évité de justesse un désastre seulement un jour plus tôt, a rapporté Bloomberg cette semaine, lorsqu'un troisième pilote en repos, qui se trouvait sur le vol, est intervenu dans des conditions similaires à celles qui ont finalement causé l'accident.

Moins de cinq mois plus tard, le 10 mars, le vol 302 d'Ethiopian Airlines s'est écrasé environ six minutes après son décollage d'Addis-Abeba, tuant 157 autres hommes, femmes et enfants.

À partir du 11 mars, tous les pays du monde ont interdit l'utilisation du 737 Max 8, invoquant des problèmes majeurs de sécurité. Les États-Unis étaient le dernier pays à mettre en œuvre cette interdiction, mais ils ont finalement immobilisé l'avion au sol le 13 mars.

«Boeing, en développant le 737 Max 8, a évidemment ressenti une pression concurrentielle intense pour mettre le nouvel appareil sur le marché le plus rapidement possible», a écrit le capitaine Sully Sullenberger dans une chronique pour MarketWatch cette semaine. Sullenberger, un expert en sécurité aérienne de premier plan, est le pilote qui a posé en toute sécurité un Airbus A320 sur le fleuve Hudson en 2009.

«Lorsque les essais en vol ont révélé un problème de conformité aux normes de certification, la compagnie a mis au point un correctif [...] mais n'en a pas informé les pilotes de ligne. En atténuant un risque, Boeing semble en avoir créé un autre, plus important», a-t-il écrit.

Sullenberger a ajouté: «Après le crash du Lion Air 610 en octobre dernier, il était évident que ce nouveau risque devait être traité efficacement». Mais au lieu d'immobiliser l'avion au sol et de régler immédiatement le problème, Boeing a fait tout ce qui était en son pouvoir pour dissimuler le défaut mortel et maintenir l'avion en vol.

En d'autres termes, les dirigeants de Boeing ont manifestement agi de manière imprudente et négligente, contribuant ainsi à la mort de 346 personnes.

Sullenberger conclut: «Il a été rapporté que Boeing a repoussé les discussions avec la FAA [Federal Aviation Administration] sur l'ampleur des changements qui seraient nécessaires et, après le deuxième accident du vol 302 d'Ethiopian Airlines, le PDG de Boeing a contacté le président américain pour essayer d'empêcher que le 737 Max 8 soit immobilisé au sol aux États-Unis.

La FAA et l'administration de Trump, pour leur part, étaient toutes deux plus que disposées à s'ingérer pour favoriser les affaires de la compagnie.

L'étroite intégration entre l'industrie du transport aérien et l'organisme qui est théoriquement chargé de le réglementer est bien documentée. En 2005, la FAA a introduit un nouveau programme qui permet aux constructeurs d'aéronefs de choisir leurs propres employés pour agir à titre de «désignés» de la FAA, chargés de certifier la sécurité de leurs avions commerciaux. Depuis lors, il n'y a pratiquement pas eu de surveillance indépendante de la sécurité des nouveaux avions civils, ceux fabriqués chez Boeing ou ailleurs.

Lors du déploiement du 737 Max 8, Boeing a dit à ses pilotes qu'ils pouvaient apprendre tout ce qu'ils devaient savoir sur le pilotage d'un nouveau type d'avion grâce à une présentation de 56 minutes sur un iPad et un manuel de 13 pages. Les deux ont été approuvés par la FAA et le syndicat des pilotes, et ni l'un ni l'autre ne contenait de renseignements sur le système probablement responsable des accidents, le Maneuvering Characteristics Augmenting System (Système d'augmentation des caractéristiques de manœuvre) ou MCAS.

En outre, les responsables américains ont des liens étroits avec l'industrie du transport aérien. Dan Elwell, administrateur par intérim de la FAA, était un cadre supérieur d'American Airlines. Le nouveau candidat du président américain Donald Trump à la tête de l'administration, Stephen Dickson, est un ancien chef de Delta.

Boeing est l'un des principaux entrepreneurs de la défense qui entretient des liens étroits avec l'appareil de renseignement militaire. Patrick Shanahan, secrétaire adjoint à la Défense, a travaillé pour Boeing pendant trois décennies. De plus, l'actuelle secrétaire aux Transports, Elaine Chao, est l'épouse du sénateur Mitch McConnell, qui a reçu de Boeing des centaines de milliers de dollars en financement pour ses campagnes électorales.

De plus, Boeing est un élément clé de la guerre de l'élite financière américaine pour le contrôle des marchés. Depuis le lancement de la série 737 Max 8 en 2017, les ventes de seulement 350 des 5.011 commandes reçues par Boeing ont représenté 50 pour cent des bénéfices de l'entreprise. Boeing a maintenu son statut de cinquième fournisseur mondial de matériel de défense et est actuellement le premier exportateur américain.

Les actions de Boeing ont plus que triplé depuis l'élection de Donald Trump et ses promesses de déréglementation accrue, ce qui en fait le titre le plus cher de l'indice Dow Jones Industrial Average. La société représente plus de 30 pour cent de l'augmentation du Dow Jones depuis novembre 2016.

Les décès tragiques et évitables de près de 350 personnes témoignent de certaines réalités de la vie sociale et politique contemporaine. Le système capitaliste est basé sur la maximisation du profit des actionnaires et non sur la satisfaction des besoins sociaux. Si le fait de mettre en danger la vie de centaines de personnes entraînera des profits plus élevés, un tel risque est justifié.

Les gouvernements, à leur tour, servent à protéger les intérêts des entreprises, une réalité démontrée par les efforts de la Maison-Blanche pour protéger le plus grand exportateur américain, et les actions répétées de la FAA pour couvrir la série de raccourcis désastreux pris par Boeing.

Ces catastrophes mettent en évidence la nécessité de retirer l'industrie du transport aérien des mains de Wall Street afin que le transport aérien puisse être mis en harmonie avec les besoins humains et sociaux.

Les progrès technologiques qui ont été réalisés dans le domaine du transport aérien au cours des dernières décennies sont incontestables. Pour la première fois dans l'histoire du monde, les voyageurs peuvent se déplacer de deux points quelconques dans le monde en une seule journée. Cette technologie doit être libérée des contraintes des grandes entreprises et du système capitaliste dans son ensemble. Cela exige la nationalisation des grandes compagnies aériennes et aérospatiales, leur transformation en entreprises publiques et contrôlées démocratiquement pour subvenir aux besoins sociaux et non aux profits privés.