Netanyahu accueille chaleureusement le Brésilien Bolsonaro lors de sa visite en Israël

Par Jean Shaoul
8 avril 2019

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a accueilli à bras ouverts un dirigeant fascisant de plus, le président brésilien Jair Bolsonaro, en Israël.

Sous Netanyahu, Israël est devenu un pôle d'attraction pour les idéologues de droite, les ultra-nationalistes et les néo-fascistes du monde entier. Le président américain Donald Trump a inclus Israël dans son itinéraire lors de sa première tournée à l'étranger. Figurent parmi les autres qui ont fait ce pèlerinage:

* Le ministre de l'Intérieur, chef du parti anti-immigrés Lega et partisan du fasciste italien Mussolini, Matteo Salvini, que Netanyahu a accueilli comme un «grand ami d'Israël».

* L’homme fort des Philippines, Rodrigo Duterte, qui a publiquement loué Hitler et s’est juré de l’imiter en exterminant trois millions de «criminels».

* Narendra Modi, de l’Inde, leader du BJP nationaliste hindou.

* Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui a félicité le dictateur hongrois, l'amiral Miklos Horthy, qui a collaboré avec les nazis pour exterminer plus d'un demi-million de Juifs hongrois, en tant qu'«homme d'État exceptionnel».

* Le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui dirige une coalition avec le parti de la liberté, fondé par deux anciens officiers SS nazis.

* Steve Bannon, ancien conseiller de Trump et ancien président exécutif de Breitbart News, qui se décrit comme un sioniste chrétien et qui a assisté à la cérémonie d'ouverture de l'ambassade américaine à Jérusalem en 2018.

Fervent partisan de la politique étrangère de Trump contre la Chine, la Russie et Cuba, Bolsonaro a menacé d'utiliser l'armée contre le Venezuela. Ancien officier de l'armée, il a vanté les mérites de la dictature militaire brésilienne qui a emprisonné, torturé et assassiné des dizaines de milliers d'ouvriers et d'étudiants entre 1964 et 1985. Bolsonaro a déclaré un jour que le Brésil ne pouvait être transformé que par une guerre civile qui achèverait «la tâche que régime militaire n'a pas fait, tuant 30.000 personnes».

Cet aspirant boucher a commencé sa visite de quatre jours en Israël dimanche, quelques jours à peine avant les élections israéliennes du 9 avril. C'était une récompense pour la visite de Netanyahu au Brésil pour son investiture présidentielle en décembre dernier, qui avait été largement boudée par de grands dignitaires étrangers - à l'exception du secrétaire d'État américain Mike Pompeo et du hongrois Orban.

Les fils de Bolsonaro, Eduardo et Carlos, s'étaient rendus en Israël en 2016, lorsqu'ils avaient été photographiés portant des chemises de l'armée israélienne et du Mossad. Eduardo est un membre du Parlement brésilien et un représentant d'Amérique latine du consortium politique mis en place par Bannon, connu sous le nom de Mouvement, qui promeut les partis politiques d'extrême droite sur la scène internationale.

Netanyahu a salué Bolsonaro avec effusion: «Mon ami, le président, nous entrons dans l'histoire ensemble.» Le Brésil a ouvert un comptoir commercial à Jérusalem et cherche à renforcer la coopération en matière de sécurité et de technologie, notamment par l'achat de drones perfectionnés dotés d'une reconnaissance faciale, une technologie à l'usage de la police contre des opposants politiques.

Netanyahu a accompagné Bolsonaro au Mur occidental, dans la vieille ville de Jérusalem-Est. En tant que première visite officielle d’un chef d’État au mur avec un dirigeant israélien, cela a donné l’imprimatur à la souveraineté israélienne sur un territoire illégalement annexé après la guerre de 1967.

L’aspect de loin le plus dégoûtant du voyage de Bolsonaro a été sa visite au mémorial et musée international de l’Holocauste Yad Vashem en Israël, après quoi il a déclaré, dans un effort obscène visant à calomnier les socialistes comme antisémites, que les nazis étaient de gauche.

«Il n'y a aucun doute» que le nazisme était un mouvement de gauche, a-t-il dit, puisque le nom complet du parti nazi était le Parti national-socialiste d'Allemagne, qui inclut le mot «socialiste».

Ces calomnies et diffamations grossières font partie intégrante de la mission de Bolsonaro et de ses semblables de débarrasser le monde du socialisme et de toute opposition de la classe ouvrière au capitalisme – l’essence politique de tous les mouvements fascistes.

Les propos de Bolsonaro ont à peine été rapportés, alors que les médias ont recyclé une version pour la forme de l’agence de presse Reuters de l’entretien selon laquelle «il est largement admis que le nazisme était un mouvement d'extrême droite». Le site Internet de Yad Vashem indique qu'un grand nombre de facteurs, dont la défaite d l'Allemagne dans la Première Guerre mondiale, «ont créé un terrain fertile pour la croissance de groupes d'extrême-droite radicaux en Allemagne, engendrant des entités telles que le parti nazi.»

Son révisionnisme historique n'a suscité aucune opposition de la part de la presse israélienne, y compris de ses soi-disant journaux libéraux, ou de la presse juive.

La seule opposition à la visite de Bolsonaro est venue du caricaturiste brésilien Aroeira - qui a dessiné Netanyahu et Bolsonaro dans une étreinte les bras en forme de croix gammée - publié dans le journal O Dia et diffusé sur les réseaux sociaux. La Fédération juive de Rio a réagi en intentant une action en justice contre le caricaturiste pour ce qu’elle déterminé être un dessin antisémite.

Il ne fait aucun doute que ces forces fascistes se rendent en Israël pour avoir accès à son matériel militaire, sa technologie de répression et de ses logiciels de renseignement, qui a fait ses preuves à l’égard des Palestiniens. Ils cherchent également à blanchir leur passé fasciste et antisémite en obtenant l’approbation par Israël de la résurgence des dictatures militaires et du fascisme. En même temps, ces fondamentalistes chrétiens, antisémites et xénophobes ne sont pas moins anxieux que leurs antécédents politiques pour que leurs citoyens juifs partent pour Israël.

Netanyahu est plus que prêt à fournir le cachet d’approbation casher nécessaire. Il a refusé d'admettre que l'extrême droite européenne est antisémite, dirigeant un effort mondial pour redéfinir l'antisémitisme en tant qu’antisionisme et l'assimiler à toute opposition à la soumission brutale des Palestiniens par Israël. L'antisémitisme européen, a-t-il déclaré, est le «nouvel antisémitisme issu de l'extrême gauche ainsi que des poches islamiques radicales en Europe». Il a ajouté: «L'idée qu'Israël n'a pas le droit d'exister est l’antisémitisme suprême aujourd'hui.»

L'alliance entre Netanyahu et l'extrême droite européenne et internationale est finalement une alliance entre les sympathisants politiques du même camp. Netanyahu incarne l'émergence d'une tendance fascisante au sein d'Israël. Il dirige une coalition composée de partis ouvertement racistes et fascistes qui a introduit l'année dernière la loi dite «État-nation», consacrant la suprématie juive en tant que fondement juridique de l'État, imitant l'apartheid de l’Afrique du Sud. Plus récemment, Netanyahu a formé une alliance électorale avec le parti du pouvoir juif, parti anti-arabe terroriste et fasciste, afin de renforcer son soutien lors des prochaines élections.

Son État-caserne est fondé sur l'oppression brutale d'un peuple entier, les Palestiniens. Les militaires israéliennes ont massacré au moins 266 Palestiniens - y compris des enfants, des journalistes et des ambulanciers paramédicaux - et en ont blessé quelque 30.000 au cours de la manifestation d’un an du mouvement de «La marche du retour» à Gaza, pour obtenir le droit des Palestiniens de retourner dans leur foyers et villages. Cela fait suite au blocus qui a duré onze ans contre la minuscule enclave de la bande de Gaza et à trois guerres meurtrières contre Gaza qui ont tué près de 4000 Palestiniens et détruit une grande partie de ses infrastructures de base et des dizaines de milliers de maisons.

C’est pour faire taire toute critique de ces crimes que Netanyahu a fourni des millions de dollars à la campagne des groupes sionistes et des personnalités politiques pro-israéliennes pour continuer les efforts visant à criminaliser la gauche.

Cette campagne a vu un flot incessant de vitupérations et de calomnies contre Jeremy Corbyn, le chef du parti travailliste britannique et ses partisans. La fausse accusation a été lancée qu'il aurait transformé le parti travailliste - pour lequel les Juifs britanniques ont traditionnellement voté et que deux personnes d'origine juive se sont battues pour la direction en 2010 - en un parti antisémite.

Plus récemment, Israël a mis en ligne de mire la députée démocrate américaine Ilhan Omar, la qualifiant d'antisémite en raison de son soutien au mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) qui appelle à la fin des relations universitaires et commerciales avec l'État d'Israël.

L'accent mis sur la prétendue montée de «l'antisémitisme de gauche» sert à couvrir la cultivation et la croissance actuelles des forces d'extrême droite et néo-fascistes par les gouvernements capitalistes, y compris l'administration Trump, le gouvernement français Macron et le grand gouvernement de coalition en Allemagne, ainsi que le caractère d'extrême droite du gouvernement Netanyahu lui-même. L'alliance de l'élite politique israélienne avec de telles forces démontre que le sionisme est un ennemi non moins âpre des travailleurs et de la jeunesse juifs, qu'ils soient dans la diaspora ou en Israël, qu’il n’est au sujet des Palestiniens.

(Article paru en anglais le 6 avril 2019)