Lors d’une rencontre avec le dictateur égyptien, Trump vocifère contre les migrants

Par Niles Niemuth
11 avril 2019

Le président Donald Trump a accueilli le dictateur égyptien Abdel Fattah al-Sissi à la Maison-Blanche mardi pour la deuxième fois en deux ans.

Tout comme il l'a fait lors de la visite de Sisi en avril 2017, Trump a profité de l'occasion pour se solidariser avec un régime établi en 2013 par un coup d'État militaire contre le président égyptien démocratiquement élu, Mohammed Mursi, des Frères musulmans. Depuis son arrivée au pouvoir, le régime d'al-Sissi a massacré des milliers de manifestants et continue d'emprisonner des dizaines de milliers de dissidents politiques, ainsi que des dizaines de journalistes.

Al-Sissi et Trump à la Maison-Blanche. Crédit: C-Span

«Nous sommes d’accord sur tant de choses», a déclaré Trump. «Je veux juste que tout le monde sache, au cas où il y aurait un doute, que nous sommes très favorables au Président al-Sissi. Il a fait un travail fantastique dans une situation très difficile».

Al-Sissi a gagné l’admiration des puissances impérialistes comme l’Allemagne et la France pour son rôle de premier plan dans la répression du mouvement révolutionnaire des travailleurs et des jeunes en Egypte. Celui-ci avait abouti à l’éviction du dictateur, Hosni Moubarak, soutenu de longue date par les États-Unis, en 2011 et avait inspiré des millions de gens dans le monde.

L’approbation de Trump intervient plusieurs semaines avant un référendum prévu en Égypte. Ce référendum modifierait la constitution du pays pour permettre à al-Sissi d’exercer ses fonctions pendant encore 12 ans après l’expiration de son mandat actuel. Il lui permettra de soumettre le pouvoir judiciaire à son contrôle et de donner aux militaires un contrôle plus strict sur le processus politique.

«Il fait un excellent travail», a réitéré Trump lorsqu’on l’a interrogé sur les efforts déployés par ce dictateur sanguinaire pour étendre son emprise sur le pouvoir jusqu’en 2034. «Je ne sais pas pour ce qui est de l’effort. Je peux juste vous dire qu’il fait un splendide boulot».

La Maison-Blanche avait déclaré avant la visite que les deux dirigeants discuteraient à huis clos sur la sécurité maritime et celle des frontières égyptiennes, sur la lutte contre le terrorisme, le Sinaï et le développement économique. Lundi, les dirigeants du Congrès avaient envoyé une lettre au secrétaire d’État Mike Pompeo conseillant à l’Administration Trump de se servir des violations endémiques des droits de l’homme pour faire pression sur l’Égypte et la faire renoncer à un récent accord de 2 milliards de dollars avec la Russie pour l’achat de plus de 20 avions de combat Sukhoi SU-35.

L’Administration Trump n’a utilisé aucun des prétextes invoqués par l’Administration Obama pour justifier d’avoir suspendu pendant deux ans ses envois d’aide après le coup d’État de 2013. Ces deux dernières années, le Congrès a approuvé la demande par l’Administration Trump de près de 3 milliards de dollars d’aide au régime d’al-Sissi. Et 1,4 milliard de dollars sont déjà prévus pour 2020. Fin 2018, le Pentagone avait approuvé une vente d’armes d’un milliard de dollars à l’Égypte, dont 10 hélicoptères d’attaque AH-64E Apache.

La visite d’al-Sissi venait quelques jours après que Trump eut limogé plusieurs de ses hauts responsables de la sécurité dont ceux chargés du contrôle de l’immigration et des frontières. Le président américain n’avait pas à l’esprit les ventes d’armes, les violations des droits de l’homme ou le Sinaï lorsqu’il est apparu avec al-Sissi dans le Bureau ovale.

Assis aux côtés du boucher du Caire hier, Trump s’est lancé dans une diatribe fasciste contre les migrants qui cherchaient à passer aux États-Unis depuis le Mexique. Il a attaqué les lois qui l’ont prétendument empêché d’expulser en masse de centaines de milliers d’immigrés. «Nous avons les pires lois de tous les pays du monde», a fulminé Trump qui énuméra les lois et les politiques qu’il voulait abolir: «capture et remise en liberté», «migration en chaîne», la loterie des visas et l’asile.

Interrogé la semaine dernière sur les raisons pour lesquelles il avait retiré la nomination du chef intérimaire de l’Immigration et des Douanes Ronald Vitiello au poste de directeur permanent de l’agence, Trump a expliqué qu’il voulait «se diriger vers quelque chose de plus dur». Cela fut suivi par la démission forcée de Kirstjen Nielsen, cheffe du Département de la sécurité intérieure, et par le licenciement de Randolph Alles, le directeur du Service secret.

Ce fut le conseiller fasciste de Trump, Stephen Miller, qui a mené cette purge. C’est lui qui, dans les premiers temps de l’Administration, avait demandé une interdiction totale de voyager pour les musulmans ainsi que la séparation des enfants de leurs familles à la frontière. Il aurait maintenant consolidé le contrôle sur la politique d’immigration.

Trump a nié, lors de la conférence de presse de mardi, des informations disant qu’il était en train de «nettoyer la maison». Il a concentré sa colère sur les hommes, femmes et enfants pauvres d’Amérique centrale et du Mexique cherchant asile aux États-Unis. «C’est ridicule. Voilà des gens qui viennent demander l’asile. Ils lisent tous exactement ce que l’avocat leur donne. Ils ont un bout de papier. ‘Lisez ce que c’est’. Et tout d’un coup, tu as droit à l’asile».

Il s’en est pris à la Cour d’appel du neuvième circuit, qui a rendu une ordonnance lundi bloquant la politique de son Administration, «Restez au Mexique». Cette politique oblige les demandeurs d’asile auprès des États-Unis à attendre du côté mexicain jusqu’à ce que leur cas soit entendu par le tribunal d’immigration. C’est un processus qui peut prendre des mois ou des années. «Personne ne peut croire à ces décisions que nous obtenons du neuvième circuit, c’est une honte. Donc, nous sommes en lutte contre les mauvaises lois».

«Mais nous nous opposons à un système judiciaire qui n’a jamais statué pour nous» s’est vanté Trump. «Et nous nous opposons au Congrès, les démocrates du Congrès n’étant pas prêts à agir». Le mois dernier, Trump a déclaré une urgence nationale à la frontière afin de redistribuer illégalement des fonds du Pentagone sans approbation du Congrès et de les utiliser pour la construction d’un mur le long de la frontière avec le Mexique. Il a déployé depuis l’an dernier plusieurs milliers de soldats en service actif à la frontière avec pour tâche d’ériger des barrières et de renforcer les agents des patrouilles frontalières. Ces derniers ont déjà détenu des dizaines de milliers de migrants ces derniers mois.

Trump a faussement proclamé que les démocrates «veulent des frontières ouvertes, ce qui signifie qu’ils veulent qu’il y ait de la criminalité; ils veulent que la drogue afflue dans notre pays. Ils ne veulent pas agir. Nous devons fermer les frontières. Nous le faisons, mais nous le faisons, je pourrais le faire beaucoup plus vite s’ils agissaient».

«Ce dont nous avons besoin: la sécurité intérieure», a conclu Trump. «Il n’y a pas de meilleur terme, pas de meilleur nom. Nous voulons la sécurité intérieure et c’est ce que nous allons obtenir».

Les vociférations xénophobes de Trump en présence du dictateur al-Sissi constituent un fort avertissement qu’on prépare une escalade massive de la guerre contre les immigrés et la répression d’un mouvement de lutte attendu de la classe ouvrière. Trump regarde la répression brutale et systématique d’al-Sissi contre l’opposition populaire de masse en Égypte et y voit un modèle pour sa propre réponse à l’éruption de tout mouvement d’en bas qui remettrait en cause le pouvoir de l’oligarchie capitaliste américaine.

(Article paru d’abord en anglais le 10 avril 2019)