Des responsables de Trump ont discuté de l’utilisation de l’armée pour gérer les camps de détention

Par Barry Grey
15 avril 2019

Alors que Trump s'est engagé à envoyer davantage de troupes américaines à la frontière mexicaine, il a été rapporté que de hauts responsables de la sécurité nationale avaient discuté de l'utilisation de soldats en service actif pour construire et gérer de nouveaux camps de détention pour migrants. NBC News a rapporté vendredi que cette proposition illégale et inconstitutionnelle avait été discutée lors d'une réunion à la Maison Blanche entre les plus hauts responsables de la sécurité nationale mardi soir.

Ces discussions s'inscrivent dans le cadre d'une forte intensification de l'assaut digne d'un progrom qui vise les immigrés, et dont Trump en a fait la pièce maîtresse de sa politique intérieure.

NBC a cité deux responsables du Pentagone non identifiés et un du Département de la sécurité intérieure (DHS) qui «étaient bien au courant de ces conversations». Parmi les projets envisageables, citons l'utilisation de troupes pour évaluer les terrains avant la construction de nouvelles villes de tentes à El Paso et Donna (Texas) et d'un nouveau centre de traitement des migrants à El Paso. Ce dernier sera similaire à celui qui est actuellement en activité à McAllen, au Texas, où des enfants ont été détenus dans des cages l'été dernier alors que la politique de séparation des familles de l'administration était en vigueur.

Un camp de détention à Tornillo Texas, Crédit :DHS

Un des responsables a déclaré que de récentes réunions avaient débattues de la question de savoir si le recours à des troupes de service actif pour gérer un camp de détention violerait la loi Posse Comitatus, qui interdit à l'armée de se livrer à des activités d'application de la loi à l'intérieur des frontières américaines. Citant l’une de ses sources, NBC a ajouté que l’idée de créer des prisons de migrants construites et gérées par l’armée a «fait son chemin dans les réunions de planification cette semaine au DHS [ministre de la Sécurité intérieur]».

Le ministère de la défense a publié une déclaration dans laquelle il affirmait qu'il pourrait être impliqué dans la construction de nouveaux centres de détention.

Trump intensifie sa persécution fascisante des immigrants et milite pour des politiques ouvertement illégales afin de créer un système de centres d'internement rappelant les camps qui ont emprisonné des centaines de milliers d’Américains d'origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Il revendique de plus en plus de pouvoirs autoritaires et rejette tout contrôle du Congrès.

Mercredi, lors d'une visite à San Antonio, au Texas, Trump a déclaré: «Je vais devoir faire appel à davantage de militaires. Nos militaires, n'oubliez pas, ne peuvent pas agir comme une armée agirait. Parce que s'ils devenaient un peu durs, tout le monde s’affolerait [...] Ils ont toutes ces lois horribles que les démocrates ne changeront pas.»

Ce que Trump entend dire par «un peu dur» est indiqué par ce qu'il a dit à Sean Hannity de Fox News le mois dernier - ordonner aux troupes d'utiliser des mitraillettes sur les hommes, les femmes et les enfants demandeurs d'asile serait «un moyen très efficace de le faire.»

Vendredi, le New York Times a annoncé que lors de sa visite vendredi à Calexico, ville frontalière de la Californie, Trump avait demandé au chef du Département des douanes et de la protection des frontières (CBP), Kevin McAleenan, d'empêcher les demandeurs d'asile d'entrer dans le pays et promis de lui pardonner s’il rencontrait des ennuis judiciaires.

Cette visite a été suivie d'une purge du DHS, notamment des hauts responsables de ses unités de l'immigration. La secrétaire du DHS, Kirstjen Nielsen, aurait été limogée par Trump, apparemment parce qu'elle s'opposait à la reprise de la politique de séparation des familles et au blocage illégal des réfugiés qui entraient aux États-Unis pour déposer une demande d'asile. Il a destitué le directeur adjoint par intérim du DHS afin d'élever McAleenan à ce poste et a limogé le directeur des services secrets.

Ces mesures antidémocratiques coïncident avec une intensification des raids de type Gestapo sur les lieux de travail de travailleurs immigrés, y compris un raid contre CVE Technology le 3 avril à Allen (Texas), au cours duquel des agents de l'Immigration et des douanes (ICE) ont arrêté 280 employés.

Ces tactiques terroristes seraient en réponse à une crise à la frontière provoquée par une arrivée sans précédent de migrants sans papiers. Il y a eu une forte augmentation d’arrestations à la frontière, avec plus de 361.000 arrestations au cours du premier semestre de l'exercice 2019, soit le niveau le plus élevé depuis 2007, selon le CBP. Cependant, cela est dû à la politique délibérée de ralentir l'acceptation des demandes d'asile dans les points d'entrée, poussant les familles désespérées fuyant la violence meurtrière et la pauvreté en Amérique centrale à traverser illégalement la frontière dans les régions plus reculées.

De plus, ce nombre d'arrestations est toujours inférieur de 230.000 à celui de 2006 et de près de 500.000 à celui de 2000. Les arrestations dépassaient régulièrement un million par an dans les années 1980, 1990 et 2000.

L'intensification de la répression marque l'aboutissement de l'escalade constante de la guerre menée par l'administration Trump contre les travailleurs immigrés au cours des cinq derniers mois.

· L'automne dernier, à l'approche des élections de mi-mandat, Trump a ordonné à des milliers de soldats en service actif à la frontière afin d'arrêter ce qu'il a appelé une « invasion » du sud.

· En février, il a déclaré une urgence nationale afin d'utiliser les fonds du Pentagone pour étendre son mur frontière après que le Congrès ait rejeté sa demande de financement. C'était une violation directe de la Constitution des États-Unis, qui réserve au Congrès le pouvoir d'affecter des fonds.

Depuis la publication du rapport Mueller, le mois dernier, anéantissant les affirmations des démocrates sur la collusion Trump-Russie lors des élections de 2016, Trump a intensifié sa campagne contre les migrants.

Les démocrates et les médias alignés sur eux, tels que le New York Times et le Washington Post, ont minimisé la menace de Trump de mettre en place des camps de prisonniers pour les migrants gérés par l'armée. En revanche, ils ont plutôt mis l’accent sur son discours proposant de transporter des immigrants arrêtés dans des «villes sanctuaires» gérées par les démocrates, qui limitent la collaboration locale avec les policiers de déportation fédéraux, en guise de vengeance politique.

Trump a pu mener à bien son programme anti-immigré, malgré l'opposition populaire, car les démocrates n'ont rien fait pour s'y opposer sérieusement. Au contraire, ils ajustent de plus en plus leurs discours et leurs politiques sur la chasse aux sorcières anti-immigrés d'extrême droite.

Dimanche dernier, lors d'un événement de campagne dans l'Iowa, Bernie Sanders a explicitement rejeté une politique d'ouverture des frontières, faisant écho aux efforts de Trump, Stephen Miller, Stephen Bannon et leurs amis pour dresser les travailleurs de souche contre leurs frères et sœurs de classe du Mexique et d'Amérique centrale. «Vous ouvrez les frontières, il y a beaucoup de pauvreté dans ce monde», a-t-il dit, «et vous allez attirer des gens de partout dans le monde. Je ne pense pas que ce soit quelque chose que vous puissiez faire à ce stade.»

La déclaration de Sanders a suscité les éloges de Richard Spencer, le néo-nazi qui a participé à l'organisation de l'émeute fasciste à Charlottesville en Virginie en 2017, qui a tweeté: «Bernie retrouve sa forme».

Jeh Johnson, qui a présidé au plus haut taux de déportations de l'histoire des États-Unis alors qu'il était secrétaire du DHS sous Barack Obama, a déclaré jeudi à Fox News: «À tout point de vue, 4 000 arrestations en un jour, 100 000 en un mois… est une crise. C'est une crise parce que notre patrouille frontalière et la capacité de nos agents de l'immigration à gérer la situation sont submergées…»

Il a ensuite qualifié l’Amérique centrale de «région la plus violente du monde» et a appelé à l’unité bipartite pour faire face à la «crise» en «modifiant» la loi sur l’immigration.

La présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a déclaré jeudi que les démocrates ne devraient pas formuler de politique d'immigration alternative à celle de Trump pour les élections de 2020, et a ensuite esquissé le programme de droite des démocrates. «Nous avons nos principes que nous avons établis», a-t-elle déclaré, «sécurisons notre frontière, respectons la dignité des personnes qui viennent ici, mettons en place un parcours stricte vers la citoyenneté.»

Enfin, le New York Times a donné le signal d'un changement radical à droite du Parti démocrate en publiant un article en première page mercredi sous le titre: «Les migrants se précipitent en masse dans un système "en feu": la frontière américaine pourrait être au point de rupture.» L'article imputait la prétendue urgence à la frontière aux«failles juridiques» du système d'immigration.

Les attaques de plus en plus hystériques de Trump contre les immigrés et ses efforts pour établir un régime autour de sa personne, ainsi que ses dénonciations répétées du socialisme, reflètent une crise aiguë du système politique américain. La classe dirigeante est pétrifiée par la montée de l'opposition de la classe ouvrière aux États-Unis et dans le monde. Les deux partis réagissent en cherchant à renforcer l'État contre la menace d'en bas et à canaliser l'opposition sociale dans la direction réactionnaire du nationalisme et du militarisme.

Il est d'autant plus urgent que tous les travailleurs et les jeunes prennent la défense du droit des immigrants de vivre et de travailler dans le pays de leur choix sans craindre la déportation ou la répression. Ceci est essentiel à l'unification de la classe ouvrière dans la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 13 avril 2019)