Manifestations au Maroc contre l’emprisonnement des contestataires du Rif

Par Anthony Torres
23 avril 2019

Condamnant à des peines de vingt ans quarante deux opposants marocains du Hirak, mouvement de contestation social qui secoue le Rif depuis deux ans, le gouvernement marocain cherche à intimider tout mouvement d’opposition alors qu’une vague internationale de grèves qui secoue le Maghreb.

Nasser Zefzafi, leader du mouvement rifain inculpé pour atteinte à la sûreté de l’État a écopé de vingt ans de prison ferme pour «complot visant à porter atteinte à la sécurité de l'État». Les autres ont été condamnés à des peines allant de 1 à 15 ans de prison

Des manifestations en opposition à la décision de justice se sont déroulées dans le royaume. Plusieurs milliers de personnes ont défilé à Rabat le dimanche 21 avril pour dénoncer le verdict en appel prononcé. A l’appel des associations de défense des droits de l’homme et de plusieurs partis politiques, dont la gauche et les islamistes, les manifestants ont battu le pavé depuis le quartier populaire de Bab El Had jusqu’au Parlement.

Des manifestations ont aussi eu lieu en Europe comme à La Haye aux Pays-Bas où la diaspora marocaine s’est mobilisée pour protester contre cette décision de justice et «ouvrir les yeux» du monde sur la violation des droits de l’homme au Maroc.

De 2016 à 2017 un mouvement des travailleurs et des pauvres du Rip s’est soulevé après la mort d’un poissonnier, Mouhcine Fikri, 31 ans, écrasé suite à une altercation avec la police. La région du Rif est connue pour être l’une des régions les plus pauvres du Maroc et un centre historique d’opposition à la colonisation française et espagnole du pays,

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Al Hoceïma et dans les principales villes du Maroc, notamment Casablanca, Rabat, Fès, Marrakech et Agadir à l'occasion de ses funérailles. Sa mort a été comparée à plusieurs reprises au suicide de Mohamed Bouazizi, le jeune marchand de rue qui s'est immolé pour protester contre la confiscation de ses fruits et légumes par la police tunisienne en 2010. Cela a été le catalyseur des soulèvements révolutionnaires des travailleurs qui ont renversé les régimes tunisien et égyptien en 2011.

A RFI, Myriam, militante associative, a dit que la confirmation de la peine avait été un choc: « On avait de l’espoir, d’ailleurs même maintenant en sortant aujourd’hui c’est qu’on a l’espoir qu’il soit libéré. C’est-à-dire que si vous avez ne serait-ce qu’une petite lueur d'espoir, d’humanité, et de défense de droits de l’homme, on ne peut que sortir aujourd’hui ».

Abdelhak, qui milite pour la libération des détenus, a dit: « Ils sont innocents, il faut les libérer, car ce sont des détenus politiques, ils défendent les droits de l’homme; les malfaiteurs sont au Parlement, au gouvernement, ce sont eux qui doivent aller en prison, et non pas Nasser Zefzafi et ses amis ».

Les peines lourdes prononcées par la justice marocaine sont un avertissement aux travailleurs et aux jeunes. Huit ans après les soulèvements en Egypte et en Tunisie, la lutte des classes émerge de nouveau à l’international et au Maghreb dans un contexte d’aggravation de la crise du capitalisme.

Face à la montée de la lutte des classes à l’international et au Maghreb, l’état marocain intimide l’opposition pour chercher à mettre fin aux grèves. Le gouvernement marocain a envoyé la police anti-émeute agresser des enseignants en grève avec des matraques et des canons à eau dans la capitale Rabat.

De 10.000 à 15.000 travailleurs de l’éducation, en grève depuis le 3 mars, s’étaient rassemblés pour réclamer des emplois permanents, des pensions, des salaires supplémentaires et des soins de santé décents.

Depuis le début de 2019, ‎une vague de grèves et de manifestations traverse l’Algérie, la Tunisie et le Maroc. Depuis plusieurs semaines, les grèves se propagent dans le secteur de l’éducation dans les trois pays, ainsi que dans les transports et la fonction publique. Cette grève se déroule sur fond de larges mobilisations d’enseignants ces derniers mois dans de nombreux États des États-Unis, des «stylos rouges» en France, en Grande-Bretagne, ainsi qu’au Mexique et en Argentine.

Avant tout, le mouvement en Algérie contre la dictature du FLN est plus largement contre les inégalités sociales terrifie la classe dirigeante marocaine. Comme le souligne Le Monde, «Sur les réseaux sociaux, le ton est différent. Le soulèvement en Algérie a nourri un sentiment ambivalent. Des internautes marocains soulignent avec admiration le ‘civisme’ de leurs voisins lors des manifestations et critiquent ‘l’humiliation’ que le peuple subit. »

Le politologue Mustapha Sehimi a dit journal: «La crise algérienne est une question de premier plan qui mobilise en ce moment l’appareil militaire, les services de renseignement… Tout le monde est attentif. Si la crise s’aggrave, il pourrait y avoir une forte pression migratoire au niveau d’Oujda, à la frontière, où beaucoup d’Algériens ont encore de la famille, et il sera difficile de les refoule.»

La lutte des travailleurs et des jeunes marocains contre le régime ne peut être dissocié de la lutte des travailleurs en Algérie et en Europe eux aussi engagés dans une lutte contre les inégalités sociales et des régimes antidémocratiques. La tâche des travailleurs marocains est d’unifier leurs luttes avec leurs frères et sœurs. De classe dans le Maghreb et en Europe pour lutter pour le renversement de régimes autoritaires et pour la prise du pouvoir internationale par la classe ouvrière.