Le 1er mai 2019 en Allemagne: les syndicats appellent à soutenir l'Union européenne

Par Ulrich Rippert
3 mai 2019

Il y a cent-trente ans, le congrès fondateur de la Deuxième Internationale lançait un appel à soutenir le 1er mai comme «journée de lutte du mouvement ouvrier». Depuis lors, le 1er mai a été associé par des travailleurs conscients de leur classe à la lutte contre l'exploitation et l'oppression basée sur l'unité mondiale de la classe ouvrière contre le capitalisme.

La situation cette année souligne plus que jamais qu'un tel combat ne peut être mené que dans une lutte implacable contre les syndicats existants.

Au lieu d'appeler à l'unité internationale des travailleurs, la Confédération syndicale allemande (DGB) appelle à l'unité du gouvernement, des grandes entreprises et de l'Union européenne (UE) contre les travailleurs. Son tract «La Fête du Travail» commence par les mots: «Si l'Union européenne n'existait pas, il faudrait l'inventer.» Vient ensuite un portrait glorifié de l'UE, truffé de mensonges.

Selon les syndicats allemands, l'UE assure la paix en Europe depuis des décennies. L'appel ne mentionne pas le fait que tous les principaux États membres de l'UE sont impliqués depuis des années dans des guerres brutales menées par l'OTAN au Moyen-Orient, en Afrique, en Afghanistan et dans de nombreux autres pays. Il n'est pas fait mention du gigantesque réarmement militaire systématique en cours dans chaque État de l'UE. Rien n'est dit sur les plans du gouvernement allemand en matière d'armement nucléaire et de construction d'un porte-avions; pas un mot sur le fait que, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des troupes allemandes sont à nouveau stationnées à la frontière avec la Russie à un moment où la politique militaire de l'OTAN et de l'UE menace la planète d'une guerre nucléaire.

L'affirmation du DGB selon laquelle l'UE est une force contre les «populistes et nationalistes de droite» est un mensonge. En fait, l'UE est un foyer de nationalisme, de fascisme et de guerre. Les partis d'extrême droite sont maintenant ouvertement impliqués dans le gouvernement de dix États membres de l'UE, tandis que des personnalités politiques pro-UE, comme le président français Emmanuel Macron et le président du Parlement européen Antonio Tajani, se sont exprimés en faveur de dirigeants fascistes comme Philippe Pétain et Benito Mussolini.

La DGB écrit également que l'UE a apporté «des avantages considérables aux peuples d'Allemagne et d'Europe», tels que le droit de «travailler et de voyager librement». Vraiment? Les réfugiés et demandeurs d'asile, qui n'ont le droit de voyager nulle part, qui sont harcelés par l'État, terrorisés et placés dans des camps de concentration afin de les expulser le plus rapidement possible, ne sont-ils pas des «personnes en Europe»? Et qu'en est-il des 142 millions d'Européens qui, selon les chiffres officiels, vivent dans la pauvreté, c'est-à-dire gagnent moins de 813 euros par mois et peuvent à peine se payer un repas chaud deux fois par semaine ? Comment peuvent-ils se permettre de voyager?

Les bureaucrates suffisants et bien nourris des sièges des syndicats allemands affirment: «L'UE protège et étend les droits des travailleurs en ce qui concerne les heures de travail, les vacances, le congé de maternité et dans de nombreux autres domaines du monde du travail.»

L'arrogance et le mensonge de cette déclaration sont difficiles à surpasser. Des études de la Fondation Hans Böckler, qui est un groupe de réflexion syndical, réfutent cette affirmation et documentent les effets catastrophiques de l'expansion de l'UE vers l'est. En Bulgarie, membre de l'UE, le salaire moyen est huit fois inférieur à celui de l'Allemagne.

En Allemagne même, 12,9 millions de personnes vivent dans la pauvreté et 3,2 millions ont plus d'un emploi, parce qu'un seul salaire est insuffisant pour survivre. Quant à ceux qui ont un salaire «normal», ils sont confrontés à des loyers prohibitifs, à de longs trajets pour se rendre au travail, à une charge de travail croissante et à la précarité de leur emploi.

En France, les travailleurs luttent contre l'introduction de nouvelles lois du marché du travail basées sur l'Agenda 2010 de l'Allemagne et les «réformes Hartz», introduites il y a 15 ans par un gouvernement social-démocrate (SPD)-Verts en étroite coordination avec les syndicats.

Et qu'en est-il des travailleurs en Grèce? Quels avantages ont-ils tirés de l'UE?

L'euro a été utilisé pour piller les économies des pays les plus faibles d'Europe. Au cours des cinq dernières années, l'Allemagne a imposé une série incessante de programmes d'austérité à la population grecque. Des millions de Grecs ont perdu leur emploi, leurs soins de santé et une grande partie de leur pension. Il n'y a jamais eu de processus comparable de pillage et de dépouillement d'actifs dans un pays en temps de paix, le tout entrepris avec le plein soutien de la DGB, du gouvernement allemand et de la troïka de l'UE.

La seule phrase vraie de l'appel du DGB du 1er mai dit: «L'Allemagne profite aussi énormément de son adhésion à l'Union européenne». Mais qui en profite en Allemagne? Ce ne sont pas les travailleurs, mais plutôt les grandes entreprises et les banques. Depuis la crise financière internationale il y a 10 ans, le nombre de milliardaires en Europe et dans le monde a doublé, et leurs actifs ont augmenté de 11 % par an. En revanche, les revenus de la moitié la plus pauvre de la population mondiale ont été réduits de près de moitié au cours de la même période.

La crise en Grèce a été sans aucun doute lucrative pour les banques allemandes et le gouvernement allemand. Entre 2010 et 2017, l'Allemagne a investi 2,9 milliards d'euros dans les obligations d'État grecques, une somme que le gouvernement allemand a utilisée pour augmenter son propre budget.

Avec son soutien sans réserve à l'UE, la DGB réagit de manière réactionnaire à la radicalisation croissante de la population et au retour de la lutte des classes.

En France, le mouvement des «Gilets jaunes» se poursuit avec détermination. Des centaines de milliers de personnes protestent chaque semaine contre les bas salaires, les inégalités sociales et le gouvernement Macron, en dépit d'opérations policières massives et d'une campagne de haine brutale menée dans les médias. En Pologne, la grève d'une semaine de plus de 300.000 enseignants a ébranlé le gouvernement du Parti de Loi et de Justice (PiS) d'extrême droite. Il s'agissait de la première grève nationale en Pologne depuis des décennies et de l'un des plus grands arrêts de travail depuis le mouvement de grève massif contre la dictature stalinienne au début des années 1980.

Le même jour, la semaine dernière, alors que les syndicats polonais réussissaient à étouffer la grève de masse des enseignants, les pilotes de Scandinavian Airline (SAS) ont fait grève au Danemark, en Suède et en Norvège. En Europe occidentale et orientale, la résistance aux conditions de vie et de travail de plus en plus mauvaises imposées ces dernières décennies par l'UE et ses gouvernements respectifs s'accroît.

Au cours des derniers mois, les travailleurs de l'automobile et d'autres travailleurs industriels ont déclenché des grèves en Roumanie, en Hongrie, en République tchèque, en Serbie et au Kosovo. Il y a eu des protestations de masse contre la loi dite «loi esclavagiste» introduite par le régime de droite de Viktor Orbán en Hongrie, qui oblige les travailleurs à faire des heures supplémentaires non rémunérées.

En Allemagne, des dizaines de milliers de fonctionnaires ont participé à des grèves de courte durée pour protester contre la situation désastreuse dans les écoles, les conditions de travail insupportables et les salaires misérables. En mars, des milliers de travailleurs des transports se sont mis en grève à Berlin et ont paralysé la ville. Début avril, 40.000 personnes à Berlin ont protesté contre la hausse des loyers et exigé l'expropriation des sociétés immobilières et des fonds d'investissement.

Les dirigeants syndicaux bien nantis, qui siègent aux conseils d'administration des grandes entreprises et des banques et conseillent leurs directions, sont saisis par la peur. Ils se sentent menacés. Ils sont bien conscients de la colère dans les usines et les bureaux et de la tempête de résistance qui approche. Après la réunification allemande il y a 30 ans et l'effondrement de l'Union soviétique, ils ont pu réprimer la lutte des classes en Europe et dans le monde. Cela devient de plus en plus difficile. Les tensions sociales ont atteint le point de rupture et l'opposition se renforce de plus en plus.

Les fonctionnaires du DGB s'accrochent à la bureaucratie de l'UE dans l'espoir qu'elle sera en mesure d'établir un État policier européen capable de réprimer le mouvement d'opposition croissant des travailleurs. Dès 2012, la DGB a cherché à s'allier avec l'armée allemande (Bundeswehr). L'ancien chef du DGB Michael Sommer et les présidents des huit syndicats affiliés au DGB ont rencontré le ministre allemand de la Défense Thomas de Maizière (Union chrétienne-démocrate, CDU) et ont accepté de travailler en étroite collaboration. Sommer a décrit l'armée allemande comme faisant partie intégrante du mouvement pour la paix.

Peu après, le gouvernement allemand annonça que la période de retenue militaire de l'Allemagne était terminée, lançant un vaste programme de réarmement militaire. Le chef par intérim de la DGB, Reiner Hoffmann, a exprimé son accord. Depuis lors, le professeur Herfried Münkler, professeur à l'université Humboldt, qui conseille le gouvernement allemand en matière de politique étrangère et de grande puissance, et a appelé l'Allemagne à devenir le «maître d'oeuvre et le bailleur de fonds» en Europe, est devenu un intervenant fréquent dans les réunions et séminaires syndicaux.

L'appel du 1er mai lancé par la DGB en appui à l'UE est un signal d'alarme. Il est grand temps de sortir de la camisole de force des syndicats et de s'organiser de manière indépendante. Le Parti de l'égalité socialiste (PES) participe aux élections européennes et lutte pour la création des États socialistes unis d'Europe. Il appelle à la mise en place de comités d'action indépendants pour lier les travailleurs au-delà des frontières, organiser des activités communes et développer la discussion sur un programme socialiste international.

Contactez le PES pour soutenir notre campagne électorale et participer à la construction de comités d'action indépendants !

(Article paru en anglais le 2 mai 2019)