Podemos s'effondre lors des élections européennes, régionales et municipales en Espagne

Par Alejandro López
29 mai 2019

Le parti de pseudo-gauche Podemos a reçu ses pires résultats électoraux aux niveaux local, régional et européen depuis sa fondation il y a plus de cinq ans, alors que des centaines de milliers de personnes qui avaient précédemment voté pour Podemos ont décidé de s'abstenir ou de voter pour le Parti socialiste (PSOE). Cela intervient à peine un mois après que le parti eut perdu 1,5 million de votes aux dernières élections législatives.

Dimanche, outre les élections au Parlement européen, les Espagnols ont été appelés à élire plus de

8000 maires et gouvernements régionaux dans 12 des 17 régions du pays. Le principal vainqueur a été le PSOE, qui a obtenu les mêmes voix aux élections européennes, municipales et régionales. Le Parti Populaire et Citoyens (Ciudadanos) de droite n'ont pas amélioré leurs résultats par rapport aux élections législatives du mois dernier, mais avec le soutien du parti de l'extrême droite Vox ils pourrait s'unir à ces forces pour gouverner à Madrid et dans la région de Madrid. Le PSOE gouvernera dans les régions de Castilla-La Mancha, Extremadura, et les îles Baléares.

Podemos s'est effondré dans toutes les sondages. Au niveau régional, le parti a perdu 860.000 voix et 68 conseillers régionaux dans les 12 parlements régionaux. Podemos a perdu des voix, des élus et le pouvoir dans toutes les régions.

En Castilla-La Mancha, où Podemos était le principal partenaire gouvernemental du PSOE, Podemos a disparu. Il est passé de deux sièges à zéro, avec seulement 33.000 voix. José García Molina, chef régional de Podemos, a démissionné.

Aux élections européennes, Podemos et la Gauche unie ont remporté 600.000 voix de moins qu'en 2014, lorsqu'ils étaient inscrits sur des listes séparées. Cette année-là, ils ont obtenu 11 sièges; cette fois-ci, ils ont été réduits à 6.

En combinaison avec son virage programmatique vers la droite, y compris sa défense de la formation d'un gouvernement pro austérité et militariste dirigé par le PSOE, un facteur majeur dans le déclin du Podemos a été l'expérience des travailleurs et de la classe moyenne avec le parti dans de nombreuses mairies et hôtels de ville.

Pendant quatre ans, Podemos a dirigé une population combinée de près de 7 millions d'habitants dans les grandes villes d'Espagne, dont Madrid, Barcelone, Saragosse, Valence, Cadiz, Santiago, Ferrol et La Corogne. Après dimanche, sur ces huit villes, seules Cadiz et Valence restent sous le contrôle des forces soutenues par Podemos. Manuela Carmena a perdu à Madrid à la faveur de la droite et l'extrème droite, et Ada Colau à Barcelone est à égalité avec le candidat catalan-separatiste de la Gauche républicaine de Catalogne.

Il y a quatre ans, on les surnommait «les municipalités du changement» ou les «conseils rebelles». Il a été question d'«audits de la dette citoyenne» pour faire cesser le paiement des dettes «illégitimes», de mettre fin aux projets de construction entrepris pendant le boom de la construction en Espagne, mettre fin aux augmentations de loyer et de rendre plus difficile l'obtention de permis pour transformer des appartements en logements de vacances de court séjour. Ils ont également affirmé qu'ils amélioreraient la vie des travailleurs ordinaires, augmenteraient les dépenses sociales et transformeraient leurs villes en refuges sûrs pour les migrants.

Au contraire, ils sont devenus des outils de la classe dirigeante pour imposer l'austérité. A Madrid, Carmena a réduit la dette publique de 52 %, notamment en réduisant les prestations de soins de santé et de chômage. Parallèlement, Carmena a donné son feu vert à la construction de complexes de luxe et à des projets immobiliers gelés, politique longtemps recherchée par les grandes banques et les grandes sociétés immobilières. A Barcelone, Colau, avant les élections, était en train de préparer un budget qui aurait réduit de jusqu'à 109 millions d'euros le budget des écoles, des bibliothèques, des théâtres et des centres de soins de santé.

Colau et Carmena ont également promis de mettre un terme aux augmentations brutaux annuelles des loyers. Au cours des quatre dernières années, les loyers ont plutôt augmenté de 36,7 % à Madrid et de 34,2 % à Barcelone. Des centaines de familles de travailleurs continuent d'être expulsées chaque jour.

Les deux maires sont tristement célèbres pour leur traitement brutal infligé aux migrants vendeurs de rue, déployant un grand nombre de policiers locaux pour cibler les vendeurs de rue afin de les disperser, arrêter et même menacer d'expulsion. Les vendeurs de rue, principalement des migrants et des réfugiés d'Afrique subsaharienne, sont régulièrement attaqués par la police qui tend des «embuscades» dans certaines stations de métro et confisque leurs marchandises.

Ces dernières années, les vendeurs de rue se sont heurtés aux maires de pseudo-gauche, notamment à Madrid en mars, lorsque des émeutes ont éclaté après qu'un vendeur sénégalais eut décédé d'une crise cardiaque après un contrôle de police.
A Barcelone, Colau a également attaqué ouvertement les travailleurs en grève. En 2016, elle s'est opposée à une grève de 3200 travailleurs du métro public de Barcelone (TMB). Lors de son lancement, Colau s'est prononcée en faveur d'une obligation légale de «service minimum» pour continuer à faire rouler les trains, ce qui a contribué à la défaite de la grève.
Aux yeux de nombreux travailleurs, les «municipalités du changement» sont devenues un symbole de ce que la pseudo-gauche ferait au pouvoir, comme en témoignent le gouvernement Syriza en Grèce et le soutien de Podemos à un gouvernement pro-austérité et militariste du PSOE. Ce qui ressort de plus en plus clairement, c'est que l'opposition croissante de la classe ouvrière, exprimée par des grèves et des protestations croissantes contre l'austérité, le militarisme et les atteintes aux droits démocratiques, ne peut s'exprimer sans une lutte contre les partis de pseudo-gauche.

Alors que la classe ouvrière vire vers la gauche, la pseudo-gauche se bat pour bloquer l'opposition de la classe ouvrière au PSOE et le danger croissant de l'extrême droite en Europe.

Dimanche soir, le chef de Podemos, Pablo Iglesias, a pris la parole au siège du parti sans rien dire des résultats. Au cours des dernières semaines, il a clairement indiqué que son objectif dimanche était d'obtenir les meilleurs résultats possibles afin de faire pression sur le PSOE pour qu'il forme un gouvernement de coalition au niveau national. Vendredi dernier, Iglesias a même déclaré à l'agence de presse EFE qu'il était «de bon sens» qu'il soit ministre s'il y avait un gouvernement de coalition avec le PSOE.

Lundi, Iglesias a reconnu que les résultats n'étaient pas bons, accusant la division» de la gauche pour les mauvais résultats. Il a félicité le PSOE et a appelé à un «bloc de pouvoir progressiste» des villes, aux régions et au gouvernement national. Cela signifie que Podemos pourrait aussi potentiellement se trouver en alliance avec des forces ouvertement de droite.
L'évaluant les résultats, le Premier ministre par intérim du PSOE Pedro Sánchez a appelé le parti Ciudadanos à être disposé à gouverner avec lui: «Le PSOE est la première force politique du pays. Les Espagnols partagent les recettes que nous préparons pour le gouvernement espagnol. Là où le PSOE ne peut pas gouverner, c'est parce que la droite conclut des accords avec l'extrême droite. C'est l'entière responsabilité du PP et de Ciudadanos. Ceci ne sera pas comprise en Europe par les partis libéraux et conservateurs. J'en appelle à votre responsabilité. Il est temps de lever le cordon sanitaire contre le PSOE. Nous devons isoler l'extrême droite.»(Article paru en anglais le 28 mai 2019)