Une réunion du Parti de l'égalité socialiste à Paris exige la libération de Julian Assange

Par nos reporters
26 juin 2019

Le Parti de l'égalité socialiste (PES), section française du Comité international de la IVe Internationale (CIQI), a organisé dimanche à Paris une réunion appelant à construire un mouvement de masse pour libérer le journaliste persécuté Julian Assange et la lanceuse d'alerte Chelsea Manning.

Trois jours auparavant, le 20 juin, le Comité international de rédaction du World Socialist Web Site avait publié une déclaration proposant de former un Comité mondial de défense pour libérer d'Assange.

Cent personnes ont assisté à la réunion sur Paris. Le PES a distribué des copies de la déclaration du 20 juin à tous les participants. Parmi eux figuraient des «gilets jaunes» en lutte contre l'inégalité sociale et l'austérité, des travailleurs et des jeunes, ainsi que de nombreux participants à la lutte pour libérer d'Assange. Plusieurs «gilets jaunes» qui s'étaient rendus à Londres en mai pour se joindre aux manifestations contre son arrestation à l'ambassade équatorienne étaient présents.

C’était un meeting international, avec des interventions de membres dirigeants des sections du CIQI en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France. Chris Marsden, secrétaire national du Socialist Equality Party (SEP) britannique et Alexandre Lantier, secrétaire national du PES, étaient présents à Paris. Christoph Vandreier, le secrétaire national adjoint du Sozialistische Gleicheitzpartei (SGP), est intervenu par liaison vidéo depuis Berlin.

Marsden, qui a joué un rôle de premier plan dans la campagne contre la persécution d'Assange par les autorités britanniques et par Washington, est intervenu pour expliquer la lutte menée par Assange et la perspective qui sous-tend l'appel à former un Comité mondial de défense.

Chris Marsden addressing the meeting

M. Marsden a expliqué l'enlèvement d'Assange par la police de l'ambassade d'Équateur à Londres et le dépôt d'accusations américaines contre Assange, menacé de 175 ans en prison, le placent à la merci des criminels de guerre qu'il a tant fait pour démasquer. Sa détention dans des conditions épouvantables à la prison de Belmarsh, où il risque d'être restitué aux États-Unis, voire la peine de mort, témoigne d’un virage international vers l’autoritarisme. Marsden a souligné la répression brutale des «gilets jaunes» et la décision du renseignement allemand de ficher le SGP en tant que parti «extrémiste de gauche».

La persécution d’Assange est au centre de l’assaut des capitalistes contre les droits démocratiques, a ajouté Marsden, et «la classe ouvrière internationale doit faire de sa défense le point central d'une contre-offensive contre le militarisme et pour défendre les droits démocratiques et sociaux.» Il a raconté la mobilisation massive des travailleurs britanniques en 1972 pour libérer 5 délégués syndicaux de Pentonville emprisonnés pour avoir monté des piquets de grève.

Marsden a rappélé que le CIQI travaillera avec tous ceux qui sont engagés pour défendre les droits démocratiques et construire un mouvement de masse pour libérer Assange et Manning, excluant naturellement la droite politique. Evoquant les rallyes pour Assange organisés par le CIQI en Australie, en Grande-Bretagne et au Sri Lanka, il a comparé les partisans français de la libération d’Assange aux dreyfusards. Ceux-ci avait lutté pour libérer Alfred Dreyfus, le capitaine juif français injustement emprisonné en 1894 pour espionnage pour le compte de l'Allemagne.

Christoph Vandreier a parlé de la lutte du SGP contre la légitimation du militarisme allemand, du néofascisme et de Hitler par des professeurs d'extrême droite comme Jörg Baberowski. L'inscription sur la liste noire du SGP et l'assassinat récent de Walter Lübke, au milieu de signes évidents d'implication néo-fasciste, indiquent un virage croissant vers des formes fascistes de gouvernement qui ne peuvent être combattues que par une mobilisation internationale de la classe ouvrière sur un programme socialiste.

Lantier a évoqué l’impact puissant qu’aura la lutte pour libérer Assange, sur fond d’une résurgence mondiale de la lutte des classes, avec celle des «gilets jaunes.» Il a rappelé qu’Assange a demandé l’asile en France, demande rejetée par François Hollande, alors Président de la République. Lantier a appelé les soutiens français d’Assange à rejoindre le Comité mondial de défense. Ils ne peuvent pas attendre que des politiciens comme Jean-Luc Mélenchon ou le Nouveau parti anticapitaliste agissent pour défendre Assange. Bien qu'ils aient reçu des millions de voix à différents moments, ceux-ci ne cherchent pas à construire un mouvement de masse luttant pour la liberté d'Assange.

Une discussion animée s'est ensuivie. Une intervenante polonaise a remarqué que l'extradition d'Assange, simplement pour avoir publié du matériel qui déplaisait à Washington, aurait un impact dévastateur sur tous les opposants de la construction de bases militaires américaines en Europe de l'Est visant la Russie. On crée ainsi les conditions juridiques sont créées pour les déportations en masse de journalistes ou d'opposants politiques du monde entier vers les prisons américaines.

On a aussi demandé si Mélenchon ou d'autres politiciens européens similaires pourraient mener une campagne pour libérer Assange. Marsden a répondu en expliquant qu’au départ Jeremy Corbyn avait défendu Assange, mais qu'il avait gardé le silence une fois devenu chef du Parti travailliste. Après qu'Assange ait été arraché à l'ambassade équatorienne Corbyn, comme Mélenchon, a tweeté des critiques d’une éventuelle l'extradition d'Assange vers les États-Unis. Mais dès que les députés de droite de son parti ont appuyé l'extradition vers la Suède, Corbyn est passé à la télévision pour appuyer leur appel. Il n'a rien dit depuis. Ainsi défendre Assange signifie s'opposer à l'impérialisme et à ses représentants politiques.

De nombreux participants sont restés après la fin de la réunion pour discuter avec les membres du PES. Josette, une retraitée ayant travaillé dans l’informatique, a expliqué comment les attaques contre les dénonciateurs l’avaient politisée. «Je n'ai pas bien compris pourquoi je suis animée par ça. J'en avais entendu parler de loin, parce que j'étais maman seule avec 2 enfants et je n'avais pas de temps pour la politique. Maintenant je commence a regarder au tour de moi, et c'est un sujet qui m'a immédiatement touchée.»

Josette

«J'ai découvert l’activiste Aaron Schwartz en 2015, par hasard, parce que j'avais vu le film sur lui. Personne ne le connaissait et j'étais choquée que personne ne savait qui il était. Déjà j'avais ça dans la tête depuis plusieurs années. Quand j'ai eu le temps, j’ai pris connaisssance d’Assange il a six mois, quand il était toujours dans l'ambassade équatorienne. J’ai commencé à tout lire pour rattraper le temps perdu. J’utilisais Facebook. J'étais choquée par le fait que personne ne savait…»

«J'étais d'accord avec ce que disaient les intervenants sur la responsibilite des personnes politiques qui ont des grandes audience, comme Jean-Luc Mélenchon», a-t-elle ajouté.

Josette a expliqué que c’était la première fois qu’elle prenait connaissance du PES. «Il n'y a pas beaucoup de structures aujourd'hui qui peuvent développer une structure internationale pour défendre Assange. Si le PES le peut, je suis avec. Après, on verra.»

Alexeï était aussi à sa première réunion du PES. Il a dit, «Mon but n’était jamais de faire la politique. Mais quand on comprend qu’il y a des personnes, les lanceurs d’alerte, qui se trouvent dans une situation ou ils ne devraient pas être, ca devient politique que de défendre les gens qui parlent de la société.»

Frédérique, une retraitée, a expliqué les raisons pour lesquelles elle est venue à la réunion du PES: «Je participe dès le début au soutien pour la libération d’Assange. J’ai assisté à 2 manifestations organisées par divers communautés. Aujourd’hui je vois rien qui est fait de leur part. Ils sont très fragmentés. Je ne vois aucun analyse politique ou perspective. C’est pour ca que je suis venue aujourd’hui à la reunion… Cette réunion était très claire. Votre analyse est correcte.»