Vidéo : l’intervention de Chris Marsden à la réunion à Paris pour exiger la libération de Julian Assange

Par Chris Marsden
28 juin 2019

Le dimanche 23 juin, le Parti de l’egalité socialiste, la section francaise du Comité international de la IVe Internationale, a organisé une réunion publique a Paris, intitulée, « Libérez Julian Assange ! Libérez Chelsea Manning ! » Cette vidéo contient l’intervention de Chris Marsden, le secrétaire national du Socialist Equality Party (UK). Lisez le rapport intégral sur la réunion ici.

Camarades, le 11 avril, le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, a été interpellé à l’Ambassade d’Equateur à Londres.

Il a été arrêté et traîné de force par une équipe de la police après que l’Equateur a mis fin illégalement à son asile politique.

L’intervention de Chris Marsden à la réunion à Paris (sous-titres disponible en français)

En quelques heures, un mandat américain pour complot avec Chelsea Manning qui était en fait daté de Décembre 2017 a été rendu public.

Le prétendu complot concerne des documents que Manning, qui était alors soldat, a fait fuiter au début de 2010: les journaux de guerre en Irak et en Afghanistan, et diverses communications diplomatiques américaines.

Le seule chef d’accusation rendu public était pour complot en vue de commettre une intrusion informatique. Mais le conseil américain d’Assange, Barry Pollack, a précisé que les allégations se résument à « encourager une source à lui fournir des informations, tout en protégeant l’identité de cette source. » Les journalistes du monde entier devraient être profondément troublés par ces accusations pénales sans précédent.

Le même après-midi, Assange a été déclaré coupable d’une infraction à sa libération sous caution remontant à 2012. Puis le 1er mai, le juge Deborah Taylor a condamné Assange à 50 semaines à Belmarsh, une prison à sécurité maximale. Elle a déclaré, « Vous avez exploité votre position privilégiée pour contourner la loi et avez rendu public internationalement votre dédain pour les lois de ce pays. »

Depuis 8 ans, alors qu’il était à l’ambassade, Assange et son équipe d’avocats ont expliqué qu’un grand jury américain secret était en train d’enquêter sur lui. Assange lui-même a souligné que ce grand jury « travaillait à un acte d’accusation sur la base de la Loi sur l’espionnage de 1917 et de la Loi de 1986 sur les fraudes et les atteintes informatiques. »

Ces avertissements sur l’extradition vers les États-Unis et sur le grand jury secret ont été dénoncés comme une théorie du complot. Mais le 23 mai, le département de la Justice aux Etats-Unis a porté 17 accusations supplémentaires contre Assange en vertu de la loi sur l’espionnage, passibles d’une peine de prison de 175 ans.

Toutes les accusations sont liées à la divulgation par WikiLeaks de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, des violations des droits de l’homme par le gouvernement américain.

C’est la première fois qu’un journaliste a été accusé en vertu de la loi sur l’espionnage de 1917. Assange a été inculpé pour avoir mené des activités journalistiques normales, activités protégées par le premier amendement de la constitution américaine.

Son destin sera déterminé au cours d’un procès spectacle tribunal en février, présidé par la juge Emma Arbuthnot.

Arbuthnot est la femme d’un politicien conservateur, James Arbuthnot, qui était l’ancien président de la commission parlementaire à la défense et membre du conseil consultatif du Royal United Services Institute for Defence and Security Studies.

Il est administrateur de la compagnie Security Intelligence Consultancy SC Strategy Ltd, avec Sir John Scarlett, qui était l’ancien chef du MI6. Il est lié à l’entreprise d’armement Thalès.

Il y a presque 2000 références dans les bases de données WikiLeaks à Thalès et 61 au Royal United Services Institute.

C’est ça la justice de classe impérialiste britannique en action !

Il faut souligner que l’attaque contre Wikileaks n’a pas commencé sous le président Donald Trump. C’étaient la secrétaire d’Etat de Barack Obama à l’époque, Hillary Clinton, et le vice-président Joe Biden, qui ont lancé une chasse à l’homme politique contre Assange, le traitant de « cyber terroriste » et de menace pour la « sécurité nationale. »

Quelques semaines après la sortie de la vidéo « Meurtre collatéral », Bradley Manning, qui s’appelle maintenant Chelsea Manning, a été arrêtée, passée en cour martiale, et condamnée à 35 ans dans une prison militaire. Sa peine a été commuée par Obama. Mais elle est maintenant de retour en prison pour refus de témoigner contre Assange.

Le 29 novembre 2010, le procureur général d’Obama, Eric Holder, a déclaré que le ministère de la justice avait commencé une « enquête pènale en cours sur WikiLeaks. »

Les démocrates ont créé le climat politique qui a permis à l’ancien président de la Chambre Newt Gingrich de décrire Assange comme un « terroriste » qui devrait être « traité comme un combattant ennemi. »

Le commentateur de Fox News, Bob Beckel, a déclaré que les États-Unis devraient assassiner Assange parce que « un mort ne peut pas révéler des trucs. Il n’y a qu’une façon de le faire: tirer illégalement sur ce fils de chienne. » Parmi ceux qui appellent à la peine de mort pour Assange, il y a Donald Trump.

Les démocrates comptent toujours parmi les plus vicieux des adversaires d’Assange.

Ils centrent leur attaque sur de fausses affirmations qu’il aurait travaillé avec la Russie et Trump pour contrecarrer la glorieuse perspective de voir la va-t-en-guerre dégénérée Hillary Clinton devenir présidente. Ils ne mentionnent pas le fait que WikiLeaks a révélé ses efforts pour amadouer Wall Street et sa campagne de coups tordus contre Bernie Sanders.

Afin de réaliser le projet de réduire Assange au silence, on a ensuite lancé une opération politique pour le piéger à travers de fausses allégations de viol alors qu’il était en Suède à la mi-août 2010.

Après que l’affaire a été ouverte et fermée par trois fois sans qu’une seule accusation ne soit portée, un tribunal suédois a décidé qu’Assange ne devrait pas être détenu par contumace sur la base des allégations contre lui, tellement ce coup monté est évident.

Personne ne peut plus nier qu’Assange risque une détention à durée indéterminée, la torture, voire la peine de mort aux États-Unis.

Tous ceux qui essaie de se cacher derrière les allégations suédoises pour justifier un refus de le défendre, comme le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn, sont complices des États-Unis et de l’impérialisme britannique dans leurs efforts pour faire taire l’un de leurs plus féroces et importants critiques.

La vie d’Assange est en danger avant même qu’il soit transféré aux États Unis. Il a été soumis à l’équivalent d’un assassinat au ralenti.

Le rapporteur spécial de l’ONU sur la torture, Nils Meltzer, a déclaré qu’Assange « a été délibérément exposé pendant une période de plusieurs années à des formes de plus en plus sévères de traitements cruels, inhumains et dégradants. Le cumul de leurs effets ne peut être décrit que comme une torture psychologique. »

Il a conclu: « En 20 ans de travail avec les victimes de la guerre, de la violence et de la persécution politique, je n’ai jamais vu un groupe d’États démocratiques s’unir pour isoler, diaboliser et maltraiter délibérément un seul individu depuis si longtemps et avec si peu de respect pour la dignité humaine et l’État de droit. »

Assange a déjà été hospitalisé, mais il est dans une prison de sécurité maximale, entouré de meurtriers et de gangsters. N’importe quoi pourrait lui arriver.

Le sort d’Assange est un produit du tournent à droite de toutes les puissances impérialistes vers des formes de gouvernement dictatoriales, le militarisme et la guerre.

Il y a des gens dans cette salle qui ont été soumis à une violence étatique massive lors des manifestations des « Gilets Jaunes » contre Macron, le président des riches.

Il y a eu plus de 2.500 blessés, dont une centaine de blessés sérieux. Vingt-trois ont perdu un œil, cinq ont perdu une main et un un testicule.

Plus de six mille arrestations ont été faites au total. En ce moment même, aujourd’hui, la presse est remplie d’articles sur la façon dont Trump était à dix minutes d’autoriser une frappe aérienne sur l’Iran. Cela aurait mis le feu à tout le Moyen-Orient et risqué une Troisième Guerre mondiale.

Il est impossible d’imposer une austérité massive et soutenue sur fond de niveaux grotesques d’inégalité sociale et de descente dans le militarisme et la guerre par des moyens démocratiques. Cela demande une intense répression étatique comme on n’en a pas vu en Europe depuis les régimes fascistes des années 1930.

L’on tente de faire taire Assange et WikiLeaks par peur du développement d’une classe ouvrière politiquement informée et mobilisée et par anticipation de l’entrée en lutte de millions, de centaines de millions de gens.

Pour la même raison, notre portail d’informations, le World Socialist Web Site, est soumis à une censure constante de Google et d’autres médias géants travaillant avec l’État. Notre parti en Allemagne a été placé sur la liste des services secrets comme une menace extrémiste de gauche pour l’Etat allemand.

Il n’y a pas de temps à perdre.

L’ensemble de l’establishment politique est rangé contre Assange, mais l’opposition à ce système se développe dans la classe ouvrière. C’est cette force massive qu’il s’agit de mobiliser pour garantir la liberté pour Assange et pour Chelsea Manning.

Le 20 juin sur le World Socialist Web Site Le Comité international de rédaction a publié un appel : « Pour une campagne mondiale contre la restitution de Julian Assange aux Etats-Unis! Pour la formation d’un Comité de Défense Global pour assurer sa liberté! »

Vous avez des copies, je sais, de la déclaration. Elle soulève les points essentiels suivants. Le premier point que je veux souligner est que:

· « Cette campagne doit viser à éveiller et à mobiliser politiquement la classe ouvrière internationale, l’écrasante majorité de la population et la force sociale la plus puissante de la planète »

· La solidarité latente de millions de gens pour Julian Assange doit être transformée en un mouvement politique conscient. La classe ouvrière doit faire de sa défense le point focal pour une contre-offensive contre le militarisme et toutes les attaques contre les droits démocratiques et sociaux.

· « La victoire dans cette lutte sera impossible sans perspective politique. La défense de Julian Assange et de Chelsea Manning exige une stratégie globale reliant consciemment la défense des droits démocratiques à la lutte sociale réelle et croissante de la classe ouvrière internationale contre l’exploitation capitaliste et l’oppression politique. »

· « La lutte pour garantir la liberté de Julian Assange doit venir d’en bas. Les appels moraux aux États qui le persécutent sont inutiles. On ne peut lutter pour la liberté d’Assange qu’indépendamment des agents politiques de la classe dirigeante et contre eux. »

· Guidée par une telle stratégie, cette lutte peut terminer par la victoire. Le pessimisme, la plus auto-paralysante des émotions, ne mène à rien sauf à la démoralisation. La lutte décidera de ce qui est possible.

Laissez-moi citer un exemple important prouvant la justesse de cette perspective et de cette orientation, que je tire de l’histoire du mouvement ouvrier britannique.

Entre 1970 et 1974, le Royaume-Uni a connu une vague de luttes de classe qui a pris fin avec la chute du gouvernement conservateur. Environ 50 millions de jours de travail ont été perdus pour fait de grève, y compris deux grèves nationales des mineurs, la première grève nationale des ouvriers du bâtiment, et deux grèves nationales des dockers.

L’État a répondu par une répression brutale. Des armées ont été formées. L’armée était dans la rue.

Cinq délégués syndicaux ont été emprisonnés à la prison de Pentonville en juillet 1972, pour avoir organisé des piquets de grève un dépôt de conteneurs à East London.

En réaction, tous les principaux ports au Royaume-Uni se sont arrêtés, 250 000 dockers se sont mis en grève. Les imprimeurs à Fleet Street ont cessé le travail en et bloqué pratiquement tous les quotidiens nationaux. De nombreuses couches de travailleurs organisaient des grèves tournantes.

Un blocus de Pentonville a été monté par des dizaines des milliers de travailleurs qui ont obtenu la libération des cinq de Pentonville.

C’était un mouvement aux implications révolutionnaires.

Les syndicats ont fait tout leur possible pour mettre la situation sous contrôle. On a su plus tard que 21 dirigeants syndicaux rencontraient régulièrement le service secret MI5, et que le chef du syndicat national des mineurs, Joe Gormley, était un correspondant de la Branche spéciale de la police. En fin de compte, ce fut à un nouveau gouvernement travailliste de stabiliser la situation pour la classe dirigeante et lui permettre de se rassembler et ensuite de passer à l’offensive sous Margaret Thatcher.

C’était aussi grâce à la bureaucratie syndicale, au Parti travailliste et au Parti communiste que l’État a pu s’en tirer après avoir arrêté 24 travailleurs du bâtiment pour avoir organisé des piquets de grève, et puis condamné deux d’entre eux à des années de prison. L’un était militant communiste, Des Warren ; l’autre est à présent un acteur célèbre, Ricky Tomlinson.

L’un de ces ouvriers du bâtiment qui a été arrêté, Terry Renshaw, a parlé au World Socialist Web Site. Il a rappelé la libération des cinq de Pentonville pour souligner son accord avec notre campagne pour libérer Assange.

Voici ce qu’il a dit: « Pour défendre les prisonniers de la guerre des classes comme Julian Assange, il faut lutter pour sensibiliser et mobiliser les masses. Cela ne peut en être autrement… Marx a dit que si les masses agissent ensemble, elles gagneront... Seul le pouvoir de la classe ouvrière, et non les tribunaux officiels, peut rendre possible la libération de Julian Assange. »

J’ai été frappé par la résonance des mots de Terry avec ceux d’un manifestant des Gilets jaunes, Stéphane, que je citerai aussi : « Nous devrions tous nous réunir et aller là où il est emprisonné à Londres et le libérer. Ce que vous dites sur le fait que c’est international est important... Dans le monde entier, nous sommes près de 7 milliards de personnes. La classe qui nous exploite n’est pratiquement rien. Nous devrions tous nous unir contre cette classe. »

Bien dit !

Réfléchissons à l’accent mis par Stéphane sur le caractère international de la lutte qui doit être menée.

Nous nous sommes battus en France pour alerter les travailleurs aux implications de la mondialisation de la production: comment cela conduit la classe dirigeante dans tous les pays à réduire les salaires et à détruire les services essentiels pour bien se positionner dans la guerre commerciale mondiale pour les parts de marché; que cela ne peut aboutir qu’à un conflit militaire; et comment cela a coupé l’herbe sous les pieds des vieux partis réformistes nationaux et des syndicats, transformés en annexes directes des employeurs et de l’État dans leur guerre contre la classe ouvrière.

Et nous avons insisté sur l’idée que la seule voie à suivre passe par un mouvement uni de la classe ouvrière internationale, dont le nombre et le pouvoir social ont augmenté massivement. Elle est objectivement unie par les processus de production qui couvrent les continents. Elle sera invincible si elles combinent leurs luttes contre l’ennemi de classe commun.

Ce sont les conclusions politiques qui trouvent un public réceptif parmi les travailleurs engagés dans les principales luttes contre les employeurs et les États. Les mêmes conclusions seront tirées par des millions d’autres. Ils verront à travers les mensonges et les calomnies dirigées contre Assange et Manning, et les considéreront comme l’un d’eux, un prisonnier de la guerre des classes.

Le Parti de l’égalité socialiste et l’international Comité de la IVe Internationale ont clairement fait savoir que nous faisons appel à tous ceux qui veulent la liberté pour Assange et Manning à se réunir pour être sûr que cela soit accompli.

Notre déclaration explique :

· Nous accueillons et cherchons le collaboration basée sur un principe engagement à la défense de la démocratie les droits de tous les socialistes progressistes et individus et organisations de gauche dans ce combat historique. Nous n’exigeons pas ni ne nous attendons à ce que ceux qui rejoignent ce comité soient d’accord avec toutes les aspects des opinions et du programme politiques avancés par le World Socialist Web Site et le Comité international de la IVe International.

· Il doit y avoir la place pour un large éventail de positions, excluant nécessairement de celles de la droite politique, parmi ceux engagés dans cette campagne essentielle de défense. Nous exigeons seulement que ceux qui rejoignent le comité soient inconditionnellement engagés pour la défense des droits démocratiques et reconnaissent que la liberté de Julian Assange et de Chelsea Manning dépendent de la construction d’un mouvement de masse populaire.

Nous concluons cette déclaration avec le point suivant:

« Personne de sérieusement engagé à la défense des droits démocratiques ne peut se permettre de s’abstenir de cette lutte. Le cas de Julian Assange est un champ de bataille critique du XXIe siècle pour la défense de la liberté d'expression, de la vérité et de la lutte contre l'exploitation, la dictature et la guerre, ces maux fondamentaux du système capitaliste mondial. »

Permettez-moi aussi de conclure avec cette observation. Aucun autre la tendance politique n’est mieux placée pour mener cette offensive que la nôtre. Toute notre histoire est fondée sur la lutte pour unir la classe ouvrière internationale la lutte contre le capitalisme et pour le socialisme.

Et après des décennies de trahisons, nous le faisons alors que les appareils stalinien et syndicaux pourri se sont discrédités eux-mêmes aux yeux des travailleurs avancés et des jeunes partout au monde. Aucun d’eux n’a fait la moindre chose pour Assange.

Nous avons lancé une lutte à l’échelle mondiale pour la liberté d’Assange et de Manning. Voici un montage de photos des rassemblements, piquets de grève et des réunions que nous avons organisées à Sydney et Melbourne, en Australie, à Berlin en Inde, et au Sri Lanka et au Royaume-Uni, où le complot contre ces les héros se joue.

Aujourd’hui, ici à Paris, nous lançons le prochain stade de ce mouvement international. Nous faisons notre appel à la classe ouvrière française avec sa puissante tradition démocratique et socialiste.

Ceux réunis ici dans cette salle sont les dreyfusards modernes. Nous avancerons ensemble dans cette lutte historique.

Merci camarades.