Conforama annonce 1900 suppressions de poste en France pour 2020

Par Anthony Torres
5 juillet 2019

Englué dans un scandale financier depuis 2017, la société sud-africaine Steinhoff organise à présent 1.900 suppressions de postes à Conforama et la fermeture de 32 magasins en France. Après avoir annoncé en avril une restructuration pour 2020, Conforama, l’enseigne de meubles et d’électroménager détenue Steinhoff, rejoint les attaques menées à l’international contre les travailleurs de la grande distribution.

Face à un marché concurrentiel et l’arrivée du numérique, la grande distribution se restructure sur le dos des travailleurs déjà surexploités afin d’augmenter leur rentabilité. L’annonce de la direction de Conforama de la fermeture d’une trentaine de magasins s’additionne avec la suppression de 2.400 postes et la fermeture de 272 magasins annoncées par Carrefour l’été dernier.

Les salaries de Conforama ont appris par les médias la mise en place du licenciement de masse. Amel Sbartaï conseiller au rayon électroménager a déclaré en colère à la presse: «On ne s'attendait pas à ça, la direction nous avait dit de ne pas nous inquiéter. On nous disait que le magasin du Pont-neuf était la vitrine de Conforama: on nous a menti.»

Le magasin du Pont-neuf est resté fermé, les salariés se rassemblant spontanément pour montrer leur opposition à la fermeture du magasin refusant de travailler, comme ce fut le cas dans d’autres magasins.

Plus largement la crise économique amène les classes dirigeantes et les entreprises a mené une attaque contre la classe ouvrière dans tous les secteurs avec la complicité des syndicats. La grande distribution est touchée mais des dizaines de milliers d’emplois dans l’automobile à Ford, GM et Volkswagen sont menacés rien qu’en Europe et autant en Amérique du Nord.

Dans un communiqué du 2 juillet, Conforama justifie la saignée dans ses effectifs: «Depuis 2013, Conforama en France a cumulé des pertes qui s'élèvent à près de 500 millions d'euros. Ensuite, l'enseigne a dû faire face aux "mutations profondes du secteur de la distribution et plus particulièrement celui de la distribution spécialisée. Dans ce contexte, notre enseigne ne s'est pas suffisamment adaptée et subit une forte baisse de rentabilité de son réseau de magasins.»

Et poursuit: «Les difficultés financières de Steinhoff mettent en exergue une situation qui n'est pas viable», d'où la nécessité de prendre «des mesures fortes et rapides afin d'assurer la pérennité de Conforama et de sauvegarder le plus d'emplois possible sur le long terme".

L'objectif est «un retour à l'équilibre dans les deux ans», selon une source proche de la direction, sachant que le groupe Conforama a réalisé un chiffre d'affaires hors taxes de 3,4 milliards d'euros en 2018. Au mois d’avril la direction avait établi un plan de financement de plus de 300 millions d’euros. A présent des milliers de travailleurs risquent de perdre leurs emplois alors que des dizaines de magasins ferment.

Les syndicats sont complices des attaques que préparent la direction contre les travailleurs. Un comité central d'entreprise (CCE) prévu mardi matin, à l'occasion duquel ce plan de restructuration devait être détaillé, n'a pu se tenir mais finalement annulé faute de la présence des participants. Un autre CCE est déjà programmé pour le jeudi 11 juillet prochain, a précisé Abdelaziz Boucherit de la CGT.

Sur LCI, Laurent Berger, secrétaire de la CFDT a affirmé que «La direction a commis des erreurs de stratégie énormes, avec des investissements par exemple dans le foot là il aurait mieux fallu [les] faire dans la modernisation des produits et des magasins».

Berger se faisait l’écho des commentaires dans les grands médias visant à justifier les licenciements. Pour Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution, ce défaut de modernité de l'enseigne peut expliquer son décrochage: «Il y a aussi une insuffisante rénovation des magasins, c'est un peu une corvée d'aller dans un Conforama quand vous êtes consommateur, ce n'est pas le magasin qui vous fait le plus rêver sur le marché du meuble.»

La concurrence sur Internet a aussi absorbé une part du marché importante dans le commerce. Plus encore que dans ses magasins physiques, c'est sur les ventes en ligne que Conforama a décroché. L'e-commerce, qui représente près de 15 pour cent du marché, n'a constitué que 8 pour cent des ventes de l'enseigne. Mais surtout la politique du groupe sud-africain avait caché un «trou» de six milliards dans ses comptes qui menace Steinhoff de banqueroute, entrainant Conforama.

Cependant, les critiques de Berger sont hypocrites puisque le plan de restructuration de 2020 avait été annoncé au mois d’avril; celle-ci a été précédée de discussions avec les syndicats, parfaitement informés que des licenciements de masse étaient en préparation. Alors que la grande distribution est en pleine restructuration avec des licenciements de masse, les syndicats sont restés silencieux. Ils ne mobilisent pas les travailleurs de la grande distribution avec ceux d’autres branches industrielles dans le même cas que les travailleurs de Carrefour ou Conforama.

A Carrefour, les syndicats s’étaient sentis obligés d’appeler à la grève craignant la colère des travailleurs en France, mais ils les ont démoralisés en les isolant des autres travailleurs de Carrefour en Amérique latine, en Chine et au-delà qui étaient aussi attaqués par la direction du groupe.

Pour défendre les travailleurs de Conforama, il faudra ôter le contrôle des luttes aux syndicats. Les travailleurs ont besoin de leurs propres organisations, des comités d’action formés indépendamment des syndicats et des partis établis, pour coordonner une lutte internationale. Alors que le mouvement des «gilets jaunes» continue, ayant démontré la puissance d’une mobilisation menée indépendamment des appareils syndicaux sur les réseaux sociaux, la question décisive est de mobiliser des couches bien plus larges de travailleurs à l’international pour défendre l’emploi et les conditions sociales et lutter contre le système capitaliste.