Le gouvernement libéral du Canada accueille une conférence antirusse sur l'Ukraine

Par Roger Jordan
16 juillet 2019

Plus tôt ce mois-ci, le Canada a accueilli la troisième Conférence sur la réforme de l'Ukraine, un rassemblement visant à favoriser l'intégration de Kiev dans une alliance dirigée par les impérialistes contre la Russie. Les trois jours de discussion à Toronto ont été dirigés par le premier ministre Justin Trudeau et son gouvernement libéral. Les discussions ont porté aussi bien sur l'élargissement du soutien militaire pour combattre «l'agression russe» que sur les perspectives d'approfondir les liens de libre-échange entre le Canada et l'Ukraine.

La conférence a réuni plus de 30 pays, dont des délégations des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Allemagne, du Japon et de l'Ukraine, coorganisateurs officiels de la rencontre. Dans un communiqué publié sur le site web du ministère canadien des Affaires étrangères, Affaires mondiales Canada, les organisateurs n'ont pas caché l'objectif de l'événement, qui en est déjà à sa troisième année. Ils l'ont présenté comme l'«affirmation de la souveraineté et de la sécurité de l'Ukraine face à l'agression russe» et en démonstration de «solidarité et de soutien», alors que Kiev se dirige vers l'adhésion à «la communauté euroatlantique de valeurs et principes».

Trudeau s'est également entretenu avec le président ukrainien récemment élu Volodymyr Zelensky, après quoi il a déclaré: «Après l'agression russe et les tentatives de saper la souveraineté de l'Ukraine, y compris l'annexion illégale de la Crimée, il est d'autant plus important pour des pays comme le Canada de soutenir son partenaire. Les actions de la Russie ne sont pas seulement une menace pour l'Ukraine, mais aussi pour le droit international.»

Ces remarques sont manifestement absurdes. La vérité est que l'impérialisme américain et son allié canadien violent le droit international chaque fois que cela leur convient, y compris leur encerclement militaire de la Russie et leurs préparatifs de guerre contre elle.

Le Canada joue un rôle important dans la campagne de guerre menée par les États-Unis contre la Russie qui, en plus d'appuyer Kiev, comprend le déploiement de milliers de troupes de l'OTAN en Pologne et dans les républiques baltes le long de la frontière occidentale de la Russie. Le Canada a actuellement 250 soldats déployés en Ukraine pour former les forces armées afin, selon les mots de Trudeau, de «libérer» le territoire ukrainien du contrôle russe. Une unité militaire canadienne composée d'environ 450 soldats dirige également un bataillon de l'OTAN stationné en Lettonie.

Au Canada, Trudeau se sert de la prétendue menace posée par «l'agression russe» et «l'ingérence étrangère» de façon plus générale pour justifier la censure des médias sociaux et d'autres mesures antidémocratiques en vue des élections fédérales de cet automne. Le vote aura lieu dans un contexte d'opposition croissante des travailleurs et des jeunes de l'Ontario et du Québec aux mesures d'austérité de droite.

Avec les États-Unis et l'Allemagne, le Canada a été profondément impliqué dans le coup d'État fasciste de février 2014 à Kiev qui a renversé le président ukrainien élu Viktor Ianoukovitch après qu'il eut refusé de signer un accord de coopération avec l'Union européenne. Ce n'est qu'à la suite de cette provocation parrainée par l'Occident que la Russie a annexé la Crimée.

La Conférence sur la réforme de l'Ukraine s'est tenue à la suite de la décision du Sénat américain de fournir une aide militaire supplémentaire de 350 millions de dollars à Kiev. Cette aide fait partie d'un projet de loi qui alloue un montant record de 750 milliards de dollars au budget du Pentagone.

Alors que les États-Unis ont ouvert la voie au renforcement de l'arsenal militaire antirusse en Europe de l'Est, Kiev considère le Canada comme un allié international clé. En plus de son soutien militaire et diplomatique indéfectible à l'Ukraine, qui comprend l'imposition de sanctions contre la Russie, le Canada a conclu un accord de libre-échange avec Kiev en 2016. Trudeau et la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland ont promis lors de la Conférence sur la réforme de l’Ukraine que des négociations sur l'élargissement de l'accord seraient lancées, bien qu'aucune date n'ait encore été fixée pour les négociations.

Freeland, qui est l'une des plus ardentes partisanes de Kiev au sein du gouvernement Trudeau, a annoncé de façon provocante que le Canada rejetterait tous les passeports russes délivrés aux résidents de Crimée, qu'elle a décrit comme «une autre forme d'occupation russe». Elle a également dévoilé une aide supplémentaire de 45 millions de dollars à l'Ukraine, y compris des fonds pour appuyer la formation des policiers.

La position antirusse du gouvernement Trudeau, qui est appuyée par l'écrasante majorité de l'élite dirigeante du Canada, s'inscrit dans la résurgence du militarisme canadien. En alliance avec l'impérialisme américain, son plus proche partenaire depuis plus de trois quarts de siècle, le Canada a participé à presque toutes les guerres d'agression menées par Washington au cours des deux dernières décennies, du bombardement de la Serbie en 1999 à l'invasion et à l'occupation de l'Afghanistan, à la guerre aérienne contre la Libye en 2011 et aux conflits en cours en Syrie et en Irak.

Alors que Zelensky rencontrait Trudeau et Freeland à Toronto, des navires de guerre et du personnel militaire canadiens, américains et européens se rassemblaient en mer Noire pour la 19e édition de l'exercice Sea Breeze, qui a été lancé à Odessa le 1er juillet. La participation canadienne à l'exercice, qui s'est terminé vendredi, était dirigée par la frégate HMCS Toronto. L'exercice comprenait un entraînement aux opérations d'interdiction maritime, à la défense aérienne, à la guerre amphibie et à la guerre anti-sous-marine.

En révélant peut-être plus qu'il n'en avait l'intention, Zelensky a déclaré lors d'une conférence de presse que le Canada avait accepté de vendre à son pays des véhicules blindés. Interrogé plus tard dans la journée sur cette remarque, Freeland a refusé de la commenter.

Au cours des cinq dernières années, le Canada a déjà versé quelque 785 millions de dollars en aide militaire, financière, politique et de développement à l'Ukraine. Soulignant le soutien quasi unanime des cercles dirigeants à l'égard de cette ligne de conduite antirusse, le soutien financier n'a cessé d'affluer sous les gouvernements du Parti libéral et du Parti conservateur.

Bien qu'Ottawa se soit officiellement abstenu de vendre des armes à l'Ukraine, les gouvernements successifs ont offert un soutien explicite à des groupes de donateurs volontaires, comme Army SOS, qui ont fourni du matériel militaire aux forces ukrainiennes combattant des séparatistes prorusses dans l'Est du pays.

Le Canada compte l'une des plus importantes diasporas ukrainiennes au monde: quelque 1,3 million de Canadiens disent être d’origine ukrainienne. Une minorité très bruyante et extrêmement influente d'entre eux sont les descendants des combattants de l'Organisation pronazie des nationalistes ukrainiens Bandera (OUN-B), qui ont été amenés en Amérique du Nord au début de la guerre froide grâce à l'intervention des services secrets américains et canadiens.

Lors de sa première visite en Ukraine en tant que premier ministre canadien, Trudeau était accompagné d'organisateurs de l’Army SOS, qui se vantaient de fournir des pièces pour des fusils et des uniformes militaires aux bataillons volontaires qui combattaient dans l'est de l'Ukraine. Beaucoup de ces unités, comme le fameux bataillon Azov, épousent l'extrême droite et la politique fascisante.

La collaboration étroite du Canada avec les forces d'extrême droite dans sa politique étrangère ne se limite pas à l'Ukraine. Au Venezuela, où les États-Unis ont menacé d'intervenir militairement pour soutenir les tentatives de l'opposition de droite dirigée par Juan Guaidó de renverser le président Nicolás Maduro, le Canada joue un rôle crucial servant de couverture l'agression de Washington par sa position dominante dans le groupe de Lima.

Le 29 juin, le Canada a dirigé la rédaction d'une déclaration du Groupe de Lima adoptée en marge du sommet du G20 qui dénonçait le régime Maduro comme étant «illégitime» et s'engageait à travailler avec «tous les partenaires internationaux volontaires en vue d'une transition démocratique et pacifique au Venezuela».

La fausse référence à la démocratie et à la paix vise uniquement à tromper la population. Lorsque Guaidó et ses alliés de droite ont lancé un coup d'État militaire avorté à la fin d'avril, le Canada et le reste du Groupe de Lima se sont empressés de déclarer leur appui à l'initiative conspiratrice. Le groupe a travaillé main dans la main avec Washington, notamment en offrant au secrétaire d'État américain Mike Pompeo et à d'autres hauts responsables de l'administration Trump une plate-forme pour proférer des menaces militaires envers Caracas.

Afin d'assurer et d'approfondir son partenariat avec Washington dans le domaine de la sécurité militaire, le gouvernement Trudeau a également collaboré avec le fascisant président Trump sur plusieurs initiatives stratégiques clés. Celles-ci ont notamment inclus la répression de Trump contre les immigrants et les réfugiés, que le Canada a appuyée en partageant de l'information avec les autorités américaines et en expulsant en masse les réfugiés qui ont fui les États-Unis vers le Canada.

De plus, le gouvernement Trudeau appuie le nationalisme économique agressif de Trump en acceptant la renégociation l'Accord de libre-échange nord-américain qui vise à consolider un bloc commercial protectionniste nord-américain pour défier la Chine et tous les autres concurrents économiques et géopolitiques.

(Article paru en anglais le 13 juillet 2019)