Trudeau prétend être un opposant à Trump après les propos fascistes du président américain

Par Roger Jordan
27 juillet 2019

Dans un élan d’hypocrisie cynique, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a réagi à la diatribe fasciste de Donald Trump en se faisant passer pour un fervent critique du président des États-Unis. Trudeau a combiné des critiques creuses à l'encontre de Trump, qu’il présente souvent comme le chef du «plus proche allié» du Canada, avec un nationalisme canadien complaisant.

«Ce n'est pas la façon dont nous faisons les choses au Canada», a déclaré Trudeau lors d'une conférence de presse conjointe lundi avec le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg. «Un Canadien est un Canadien est un Canadien.»

Trudeau répondait à l'attaque de Trump dimanche contre quatre femmes au Congrès, Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Ayanna Pressley. Trump a tweeté qu'elles devraient «retourner chez elles et aider à réparer les lieux totalement dévastés et infestés par le crime d'où elles viennent», et les a dénoncées en tant que socialistes et communistes subversives.

Les déclarations de Trump étaient ouvertement fascistes, attaquant des opposants en raison de leurs origines raciales et nationales, dénonçant le socialisme comme une menace mortelle et qualifiant dans les faits tous les opposants à la politique de son administration de déloyaux envers les États-Unis et antiaméricains.

Bien que les quatre femmes du Congrès aient été la cible initiale de la violente diatribe de Trump, sa véritable cible est la classe ouvrière, qui est en train de se radicaliser en raison de la crise capitaliste et d'entrer de plus en plus ouvertement dans une lutte militante et révolutionnaire.

Lors d'un rassemblement de campagne mercredi, Trump a lancé une nouvelle attaque contre Omar, poussant ses partisans à scander «Renvoyez-la». Omar est une citoyenne américaine née en Somalie et arrivée en Amérique du Nord en tant que réfugiée.

Trudeau a également commenté les événements de mercredi, après que des opposants politiques et des médias se soient plaints que ses remarques précédentes fussent sans enthousiasme. Le premier ministre a déclaré lors d'une conférence de presse à Montréal jeudi: «Je pense que les propos tenus étaient blessants, faux et totalement inacceptables. Je veux que tout le monde au Canada sache que ces commentaires sont complètement inacceptables et ne devraient pas être autorisés ni encouragés au Canada.»

Les commentaires de Trudeau sont un pur théâtre politique. L’approche des élections fédérales cet automne au Canada est un facteur important qui les motive. Alors que sa campagne est commencée officieusement, Trudeau s’efforce de rénover ses lettres de créance «progressistes» après quatre années au cours desquelles il a dirigé l’austérité, les hausses des dépenses militaires et les attaques contre le droit de grève des travailleurs, le droit à l’asile des réfugiés et contre les droits démocratiques fondamentaux.

Cependant, aucune posture verbale ne peut dissimuler le fait que le gouvernement libéral de Trudeau a développé une relation de travail étroite avec Trump et se comporte comme un complice enthousiaste dans la mise en œuvre de certaines des politiques les plus provocantes, réactionnaires et belligérantes de son administration.

Même si Trudeau peut affirmer que la menace de «la renvoyer» de Trump est inacceptable, les autorités canadiennes de l'immigration ont renvoyé chaque année des milliers de réfugiés pauvres des Caraïbes, d'Amérique latine et d'Afrique dans leur pays d'origine, y compris de nombreux réfugiés au Canada qui adhéraient à la fausse croyance selon laquelle Ottawa leur offrirait une protection contre les escadrons fascistes de Trump composés d'agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et de la patrouille frontalière.

En avril, le gouvernement libéral a introduit clandestinement une disposition dans son projet de loi omnibus sur le budget visant à dépenser un milliard de dollars supplémentaires pour des mesures de sécurité le long de la frontière canado-américaine au cours des cinq prochaines années.

De plus, le gouvernement Trudeau a réécrit la loi afin de refuser aux demandeurs d'asile le droit à une audience complète s'ils ont déjà présenté une demande dans un pays avec lequel le Canada a conclu un accord d'échange de renseignements. Les pays en question sont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Comme le World Socialist Web Site l’a noté lorsque cet amendement réactionnaire a été introduit, «étant donné que les États-Unis sont les seuls de ces quatre partenaires avec lesquels le Canada partage une frontière, l'effet pratique de la législation est de permettre aux autorités d'expulser sommairement les demandeurs d'asile traversant la frontière canado-américaine pour échapper à la chasse aux sorcières anti-immigrée de Trump».

La bourgeoisie canadienne profite même financièrement de la répression contre les réfugiés menée par Trump. En octobre dernier, il avait été révélé que l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada, qui gère le plus important fonds de pension du Canada, avait investi près de 6 millions de dollars dans Geo Group et CoreCivic. Ces deux sociétés sont les principaux administrateurs des camps de concentration que l’administration Trump a mis en place pour emprisonner les immigrants, y compris les enfants, qui franchissent la frontière mexicaine.

Le gouvernement Trudeau est également un partenaire clé de la politique économique et commerciale protectionniste de Trump, qui vise avant tout la Chine. Le gouvernement libéral, avec le soutien de la bureaucratie syndicale, a négocié un accord de libre-échange nord-américain révisé visant à consolider l'Amérique du Nord en tant que bloc commercial protectionniste placé sous la domination des États-Unis afin de lutter contre l'ascension économique de la Chine et de se préparer à un conflit militaire total avec Beijing.

En décembre dernier, les autorités canadiennes ont agi comme un prolongement du département de la Justice de Trump en arrêtant Meng Wanzhou, directrice financière du géant chinois de la technologie Huawei, sous de fausses accusations de ne pas avoir respecté les sanctions américaines contre l'Iran. Trudeau avait été informé plusieurs jours à l’avance que l'opération de police allait avoir lieu, qui a eu lieu le même jour où Trump a rencontré le président chinois Xi Jinping au sommet du G-20 dans le but de contraindre le dirigeant chinois à se plier aux exigences commerciales des États-Unis.

L'engagement du gouvernement Trudeau d’augmenter les dépenses militaires canadiennes de plus de 70% d'ici 2026 repose sur une intégration encore plus étroite des Forces armées canadiennes avec l'appareil de renseignement et de l'armée américaine. Les plans des libéraux en matière de réarmement et d'élargissement de la coopération entre l'armée et la sécurité aux États-Unis bénéficient d'un soutien quasi unanime au sein de la classe dirigeante, car l'impérialisme canadien s'appuie sur son partenariat avec Washington pour défendre ses intérêts prédateurs géopolitiques et économiques dans le monde entier.

Trudeau n'hésite pas à collaborer avec Trump à la poursuite d'un programme impérialiste commun et à collaborer étroitement avec les forces politiques d'extrême droite. Par le biais du groupe de Lima, le Canada apporte son soutien à la tentative de coup d'État menée par Juan Guaido au Venezuela et parrainée par les États-Unis contre le président élu Nicolás Maduro.

Les troupes canadiennes et américaines sont déployées côte à côte en Ukraine pour soutenir le gouvernement nationaliste de droite à Kiev et affronter la Russie. Trudeau a ouvertement soutenu les revendications territoriales de l'Ukraine sur la Crimée, affirmant que le personnel militaire canadien forme des soldats ukrainiens à la «libération» de la péninsule à majorité russophone, et que son gouvernement soutient les activités des nationalistes d'extrême droite pour armer les milices volontaires du pays, qui vénèrent Stepan Bandera et d'autres collaborateurs nazis.

Les efforts de Trudeau pour présenter l'élite dirigeante du Canada en tant que protagonistes de la «paix» et de la «démocratie» contraires aux propos racistes de Trump, résumés dans sa remarque insidieuse que «Ce n'est pas ainsi que nous faisons les choses au Canada» ne sont pas moins crédibles.

La marche de la bourgeoisie vers la droite, résumée par la montée au pouvoir de Trump, est un processus mondial enraciné dans la faillite du capitalisme et la résurgence de la lutte de masse de la classe ouvrière.

Le président français Emmanuel Macron a salué le président du régime nazi de Vichy, le maréchal Philippe Pétain, en tant que héros national, et a ordonné à la police et à l’armée de réprimer violemment les manifestations des gilets jaunes. Pendant ce temps en Allemagne, l'élite dirigeante promeut la néo-fasciste Alternative pour l'Allemagne (AfD) et permet la formation d'organisations terroristes d'extrême droite au sein de l'appareil d'État.

Les politiques anti-ouvrières et militaristes du gouvernement Trudeau viennent en aide aux forces les plus réactionnaires et à droite. Au Québec, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ), populiste et xénophobe de droite, victimise les musulmans, interdit le port du foulard et d'autres symboles religieux non chrétiens et menace d'expulser les immigrants qui échouent aux tests de langue française et aux «valeurs québécoises».

En Ontario, Doug Ford, aspirant à être le Trump canadien, sabre les dépenses publiques et offre d’énormes sommes d’argent aux grandes entreprises, tout en diabolisant les réfugiés pour les services sociaux délabrés produits par des décennies de compressions. Alors que les protestations de la classe ouvrière s'intensifient, le gouvernement Ford a tenté de qualifier les manifestants d'extrémistes violents qui représentent une menace pour la sécurité de l'État, rappelant les propos fascisants de Trump.

Les travailleurs au Canada et à l'étranger doivent comprendre que les tentatives de l'administration Trump de créer un mouvement fasciste et le tournant associé des élites dirigeantes dans le monde entier vers des méthodes de gouvernement autoritaires ne peuvent être arrêtés en appuyant un quelconque élément de l'establishment politique pro-entreprises, proguerre comme Trudeau et Macron ou Angela Merkel de l'Allemagne.

Au contraire, le danger bien réel posé par la réémergence de l'extrême droite fasciste doit être surmonté par la mobilisation de la classe ouvrière sur la base d'un programme socialiste et internationaliste et par l'unification de ses luttes au-delà des frontières nationales et des continents.

(Article paru en anglais le 20 juillet 2019)