Les manifestations à Hong Kong se poursuivent malgré l’escalade de la violence policière

Par Ben McGrath
30 juillet 2019

Les manifestants ont manifesté pour la huitième fin de semaine consécutive à Hong Kong pour dénoncer la violence policière et continuer d’exiger des réformes démocratiques. Notamment ils exigent le retrait complet du projet de loi controversé sur l’extradition vers la Chine. Aussi, ils demandent la démission de la Directrice de l’Administration de Hong Kong, Carrie Lam, et le suffrage universel. Des rassemblements ont eu lieu à différents endroits dans la ville.

Vendredi, environ 15.000 personnes ont organisé une manifestation avec sit-in à l’aéroport international de Hong Kong, intensifiant ainsi leurs efforts pour atteindre un public international plus large. Ils ont occupé deux halls d’arrivée, distribuant des tracts et tenant des banderoles. Les manifestants ont également recueilli plus de 14.600 signatures pour une pétition qui demande aux autorités gouvernementales d’arrêter les gangsters impliqués dans une attaque contre des manifestants. L’attaque a eu lieu dans une gare à Yuen Long lors que des manifestants rentraient chez eux, dimanche dernier.

Manifestants à Hong Kong[Source : Twitter-Denise Ho (@hoccgoomusic)]]

«Nous voulons partager cette nouvelle avec les touristes, pour faire connaître Hong Kong au monde entier», a déclaré une hôtesse de l’air et l’un des organisateurs du rallye au South China Morning Post. «Nous avons besoin de la communauté internationale. Nous avons besoin que les gens s’expriment pour nous. Peut-être qu’à la télévision, vous ne connaissez pas toute l’histoire. Mais, ici, nous avons des vidéos et plus d’informations et nous sommes prêts à parler aux gens pour leur expliquer ce qui se passe,» dit-elle.

Margarita Duco, une touriste chilienne de 24 ans, a exprimé sa solidarité avec les manifestants: «L’usage excessif de la violence quand il y a des manifestations pacifiques, c’est très courant dans mon pays pour que je puisse comprendre ce qu’ils vivent.»

Les agents de bord et le personnel de l’aéroport, y compris ceux qui sortent du travail, se sont joints à la manifestation. La Syndicat des agents de bord de Cathay Pacific, la plus grande compagnie aérienne de Hong Kong, a déclaré qu’elle encourageait ses membres à participer. Le syndicat est membre de la Confédération des syndicats de Hong Kong, qui soutient les Pandémocrates de la ville. La Confédération n’a pas organisé d’action populaire plus large contre les attaques contre les droits démocratiques ou la violence policière.

Meryl Yeung, une hôtesse de l’air de 29 ans, a déclaré que c’était important de dissiper l’idée que les gens se faisaient des manifestants qu’ils n’étaient que violents. «Les gens n’ont aucune idée du tout, ils n’obtiennent des informations que d’un côté. Ils pensent que tous ceux qui viennent à une manifestation, à un rassemblement, sont tous des émeutiers ou des promoteurs de l’indépendance de Hong Kong.»

Un groupe de contrôleurs aériens a émis un communiqué qui déclaré qu’ils pourraient prendre des mesures si les demandes des manifestants n’étaient pas satisfaites. «L’aéroport (de Hong Kong) est le portail de fret le plus grand du monde et l’un des aéroports passagers les plus fréquentés du monde», peut-on lire dans le communiqué. Il a averti qu’il y aurait une «énorme perte économique» si les contrôleurs décidaient de faire grève.

D’autres manifestations ont eu lieu samedi à Yuen Long. Les organisateurs du rassemblement ont déplacé une marche prévue à Kowloon vers la ville, mais la police n’avait pas donné son autorisation. Les manifestants se sont élevés contre l’attaque perpétrée la semaine précédente par des gangsters affiliés au législateur pro-Pékinois, Junius Ho.

Le rassemblement a commencé vers 14 h 30 et a atteint 300.000 participants. Vers 17 h 30, la police est intervenue pour disperser les manifestants et a tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc dans la foule. Les autorités ont tenté de dépeindre les manifestants comme violents, brandissant des poteaux ou d’autres armes de fortune, pour justifier l’escalade brutale de la violence policière. À la fin de la soirée, la police a lancé une charge à coups de matraque contre les manifestants qui partaient pour la soirée.

Matthew Lam, un manifestant de 18 ans, a décrit la scène en ces termes: «La police s’est précipitée sans avertissement. Ils frappaient et frappaient, ils battaient les manifestants et les gens ordinaires sans arrêt pendant au moins 20 secondes.» Au total, 24 personnes se trouvent hospitalisées, les blessés ayant entre 15 et 60 ans. Treize autres personnes d’entre 18 et 68 ans se sont fait arrêter.

Amnesty International a condamné les violences policières, réfutant les allégations selon lesquelles les manifestants étaient responsables de ces violences. Man-kei Tam, directeur d’Amnesty International Hong Kong, a déclaré: «Il y a eu des cas répétés aujourd’hui où des policiers ont été les agresseurs. Ils battaient des manifestants en retraite. Ils attaquaient des civils dans la gare et visaient des journalistes». Il a ajouté: «Une réponse aussi brutale semble maintenant être le modus operandi de la police de Hong Kong. Nous l’exhortons à changer rapidement de cap.»

Dimanche, une scène similaire s’est produite lors d’une manifestation plus petite de dizaines de milliers de personnes, qui a commencé à Chater Garden dans le district du centre pour dénoncer la violence policière aussi. La police avait rejeté une demande d’une deuxième manifestation à Sheung Wan, près du bureau de liaison avec Pékin. La semaine dernière, quelques centaines de manifestants ont entouré ce bâtiment et ont aspergé des graffitis sur les murs. La police avait répondu avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc, ce qui était complètement disproportionné par rapport au nombre de manifestants.

Après le rassemblement du Chater Garden hier, environ 200 manifestants ont commencé à marcher vers le bureau de liaison avant que la police les arrête. Un groupe plus important s’est dirigé vers le quartier commerçant de Causeway Bay. La police a de nouveau utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Certains des participants au rassemblement ont crié des slogans, dont «Réclamez Hong Kong, la révolution de notre époque», une phrase utilisée par Edward Leung lors des élections de 2016. Leung appartient à l’organisation chauvine de droite Hong Kong Indigenous (les indigènes de Hong Kong) qui, avec des groupes de droite similaires comme Civic Passion, prône l’indépendance de Hong Kong. Ces formations utilisent comme boucs émissaires les Chinois de la Chine continentale de la ville. Cela comprend même les enfants. Ils les accusent de détruire la culture de Hong Kong. Ils les blâment pour la crise économique dont les travailleurs et les jeunes font face dans toute la ville.

Civic Passion et Hong Kong Indigenous ne sont qu’un courant politique relativement mineur. Le vaste mouvement de jeunes et de travailleurs est politiquement amorphe, mais les participants sont déterminés à défendre les droits démocratiques menacés par le régime du Parti communiste chinois (PCC) et l’Administration pro-Beijing de Hong Kong. La menace d’une action syndicale des contrôleurs aériens met en évidence l’implication de la classe ouvrière. Notamment, cela implique des préoccupations sociales plus profondes concernant la pauvreté, l’absence de protection sociale et de logement, et le coût élevé de la vie.

Le mouvement de Hong Kong s’inscrit dans le cadre d’une recrudescence beaucoup plus large de la classe ouvrière à l’échelle internationale contre le programme d’austérité des gouvernements et les attaques contre les droits démocratiques. Les manifestations à Hong Kong persistent et touchent une proportion non négligeable de la population de la ville. Elles s’accompagnent des manifestations de longue date en France et de grands rassemblements à Porto Rico qui ont évincé le gouverneur Ricardo Rosselló.

Malgré leur taille et leur militantisme, les protestations à Hong Kong manquent une perspective politique claire. La plupart des manifestants rejettent le chauvinisme anti-chinois de groupes d’extrême droite tels que Civic Passion et Hong Kong Indigenous. Ils rejettent aussi la prédominance du prétendu localisme de Hong Kong est une impasse politique visant à préserver la culture de Hong Kong en opposition à la Chine continentale.

La semaine dernière, la menace à peine voilée de Pékin d’utiliser l’armée pour réprimer les manifestations de Hong Kong souligne la nécessité d’une lutte politique pour unifier la classe ouvrière chinoise. Cette unité doit être réalisée ensemble — à Hong Kong et sur le continent — où les travailleurs font face également à des conditions sociales oppressives et à la suppression sans merci de leurs droits démocratiques. Une telle lutte contre l’impact de l’aggravation de la crise du capitalisme doit être basée sur le programme de l’internationalisme socialiste. Elle doit s’inspirer des leçons des luttes historiques du mouvement trotskyste — celles du Comité international de la Quatrième Internationale contre le stalinisme, le maoïsme et l’impérialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 29 juillet 2019)